DEUXIÈME PARTIE. — V. CXCix
si connu par son zèle contre le jansénisme, écrivit à André pour se plaindre de sa conduite et lui déclarer que s*il n'en change , il Tôtera d'Alençon. Il reproche même an père provincial Martineau une trop grande indulgence , comme on le voit dans la réponse latine d'André, que nous supprimons. Celui-ci désirait vivement de rester à Alençon, car il y était fort aimé pour son esprit, sa douceur et sa tolérance. Dès qu*on y sut qu'on était menacé de le perdre, les habitants les plus notables écrivirent en sa faveur au père général. Cependant l'affaire s'envenimait ; toutes les démarches d'André étaient surveillées , tontes ses paroles malignement commentées. Excité par les reproches du père général, le père provincial Martineau donne ordre au P. Chomel, recteur, défaire subira André un interrogatoire sur un certain nombre de questions envoyées de Rome. Nous avons ces questions et les réponses d'André, le tout en latin. Vdci quelques-unes de ces questions qui nous paraissent aujourd'hui bien puériles et qui étaient alors fort redoutables : 1^ S'il pense et s'il a jamais dit qu'il n'y a pas de jansénistes ; 2^ S'il a dit qu'on faisait bien de s'opposer à la bulle Unigenitus; 3^ S'il a dit qu'on aurait mieux fait de réfuter que de condamner le livre de Quesnel ; U"". S'il n'a pas dit à une dame dont il est le confesseur que son opinion ne diffère pas de celle des jansénistes et qu'il désire leur triomphe.
31 janvier 1706, général de la compagnie. Il la gouverna vingt-quatre ans et un moiSf étant mort à l'âge de quatre-vingt-deux ans, le dernier jour de février 1730, à Rome, dans la maison professe. Il a signalé son généralat par la béalilication de François Régis et la canonisation de Louis de Gonzagoe et de Stanislas Kotska, par son zélé pour' les missions étrangères et contre le jansénisme.
ce INTRODUCTION.
Toutes les autres accusations étaient également fondées sur des bavardages de petite ville , de collège et de couvent Un père Urquart, sur lequel nous ne trouvons nulle part aucun renseignement, s*était insinué dans la confiance d* André par l'apparence d*une franchise semblable à la irïenne. André lui avait écrit une lettre où il lui raconte son intern^atoire et où, tout en se prononçant avec force contre le jansénisme , il déclare aussi qu'il ne veut pas s'écarter de la charité qu'il doit aux personnes , quelles que puissent être leurs erreurs... « Détestant, comme j'ai toujours fait , la grâce invincible des jansénistes et même la grâce prédéterminante des thomistes les plus catholiques , je suis certain que je n'ai pu dire que ma pensée n'étoit pas éloignée de celle de ces messieurs, c'est-à-dire des jansénistes. Mais veut-on que j'aille brusquer tout l'univers pour acquérir chez nous la sotte réputation de bien intentionné, et dans le monde raisonnable celle d'étourdi et de brouillon ? Non , c'est à quoi je ne puis me résoudre. Je condamne et j'espère que Dieu me fera toujours la grâce de condamner toutes les erreurs que l'Église condamne ; mais, pour ce qui est des personnes qui les soutiennent, je leur ferai toujours des honnêtetés pour les gagner par là, si je puis, à la vérité catholique. Si nos zélés désapprouvent ma conduite, peut-être que le Seigneur, qui nous commande la charité sur toutes choses, leur donnera son approbation. » Sur ces entrefaites, un P. de Couvrigny, qui nous est d'ailleurs aussi inconnu que le P. Urquart, écrit à André pour l'avertir que ce P. Urquart est un fourbe ; qu'il lui a écrit par le conseil de son ennemi » le P. Martelet ^ pour le faire parler.
' Egalement inconnu.
DEUXlfeMK PARTIE. — V. CCJ
« On croyoit d'abord en ?ille, lui dit-il, que votre lettre an P. Urquart , dont les copies couroient partout, ne se di- Tulguoit que par le conseildes PP. d'Avrigny et BoismondS Tos amis , et on les en blâmoit fort ; mais ensuite tout est retombé sur le P. Urquart et sur le P. Martelel, soo mobile, les autres ayant déclaré qu'ils n*a?oient seulement pas TU la lettre. On nous a dit qu'elle avoit été envoyée an père général et au père provincial , et je crains qu'ellt n'ait pas un trop bon effet auprès d'eux. » Le P. de Goa*vrigny apprend encore à André une foule de détails , au* jourd'hui sans intérêt, sur les manœuvres de plusieurs de ses ennemis ; que le P. Martelet a arraché au confessionnal, d'une ancienne pénitente du P. André , sous peine de damnation éternelle, Taveu des sentiments que lui aurait exprimé André, avec la permission d'en informer les supérieurs. Le P. L^rquart prétendait au contraire que c'est ce P. de (^ouvrigny qui trahissait André. Le fait est que nous trouvons dans nos papiers une lettre de Rome du général des jésuites (14 juin 1718) , blâmant André, félicitant le P. Martelet et le P. de Gouvrigny.
Ainsi , ce P. de Gouvrigny , qui accusait le P. Urquart de trahir André , le trahissait réellement : il s'entendait avec le P. Martelet et il écrivait à Rome contre celui qu'A appelait son ami. Dans la persécution contre le cartésianisme, nous avons trouvé un lâche dans la personne du P. Dutertre ; voici maintenant dans l'affaire du jansénisme un espion et un traître. On est au moins un peu consolé en trouvant un honnête homme et un honnête homme courageux dans le P. Urquart. Un ami anonyme d'André, en lui envoyant une copie de la lettre précédente du
' Inconnus.
CCij INTRODUCTION.
père général au P. Martelet, ajoute ceci : « C'est le P. Urquart qui Fa rendue publique à Alençon pour convaincre le P. de Couvrigny qui vouloit y passer pour votre ami. Le pauvre P. Urquart a été mis en pénitence et pour première punition on lui a ôté sa perruque. Le père recteur a même voulu renvoyer ailleurs; il a répondu qu'il ne sortiroit que par ordre du père général ; qu*il lui avoit écrit pour la justification de votre doctrine et de votre personne , et que rien ne seroit capable de Tempêdier de rendre témoignage à la justice et à la vérité. » Enfin, le U février 1718 , arriva de Paris à André , de la part du nouveau provincial de la Granville% la lettre suivante :