‹ Œuvres philosophiques du père AndréChapitre 82 sur 136 · AU PÈRE ANDRÉ , A ARRAS · texte numérisé non relu

AU PÈRE ANDRÉ , A ARRAS

« De la Flèche, ce 17 février 1710.

a Un de ceux de qui j'attendois le plus pour

le bon service de la compagnie , c'étoit V. R. Voyant donc tout le contraire, j*ay ressenti tout ce que dit le sage d'une espérance trompée en chose de plus grande conséquence et qu'on désire le plus. Le petit mot qui se trouve pour moy dans la lettre de V. R. à notre cher père m'a rendu tout d'un coup la vie , réveillé toute mon espérance , guéri ma douleur de vous voir hors des emplois que vous pouvez si bien faire sans ce mauvais levain de cette nouvelle doctrine la plus bizarre , la plus contraire au bon sens , la plus dangereuse

CCIV INTHODUGTION.

pour la religion qui fut jamais. Je suis donc très-disposé à vous servir autant que je le pourray, soit ici ou à Rome. Hais, pour le faire prudemment et pour y réussir, je désire : 4*. que vousmç mandiez si, en effet, vous en voyez maintenant la fausseté, et .par quels principes vous la voyez; 2®. que vous en fassiez une réfutation courte et solide , pour l'envoyer à ceux que vous savez y être le plus attachez , surtout à un père que je crois préfet à Orléans; 3**. que vous m'envoyiez une rétractation en bonne forme , et la susdite réfutation, afin que je la montre aux supérieurs; par là j'espère tout. Que si peut-être vous n'êtes pas encore détrompé, mettez à part vos difficultés , je les verray , et les présenterai, sans vous nommer, à d'habiles gens , et sûrement on y répondra. Au reste , ayez confiance en moy, et sçachez que, quand vous m'avoueriez que vous êtes toujours dans les mêmes sentiments et que tout ce que vous pouvez gagner sur vous-même c'est de n'en parler jamais au dedans ni au dehors, à vos amis particuliers ni aux autres . cela seroit pour moy un secret inviolable. Si j'aime quelqu'un au monde, c*est le cher P. André dont je suis, dans l'union de ses

SS. SS. le très-humble, etc.

« Hervé Guymo.nd. »

L'espérance du P. Guymond fut encore une fois trompée. André demeura fidèle à ses opinions , et suspect à la fois de malebranchisme et de jansénisme. Il n'était pas le seul jésuite qui fût dans ce cas. Nous trouvons dans nos papiers de Gaea une lettre non datée, d'un P. Lebrun , qui, sous le feu de la double persécution philosophique et religieuse, enseignait une doctrine presque entièrement cartésienne. Il était professeur de philosophie à Amiens, et cette lettre peut bien avoir été écrite à André avant que celui-ci eût quitté Alençon.

« Vous me faites , dans votre dernière lettre , quelques re-

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