DEUXIÈME PARTIE. — VI. CCXlîj
livrer do la persécution , \mo porto honnête et chrétienne. Quis mihi dahit ftennas sicut columbœ, et volabo, et requieê^ cam. Mais j'ai fait des vœux qui m'arrêtent; il me faudroit la protection do quelque prince ou de quelque cardinal poar en obtenir la dispense totale ; et où le trouver? Car, apr^s tout ce qui s'est passé, je ne voudrois pas me rengager dans la plus sainte communayté du monde. Le diable se fourre partout et surtout parmi les gens de parti et de cabale. J'ai beau aimer la paix ; le moyen d'en jouir au milieu des gens de guerre qui m'environnent? Notre -Seigneur a bien eu raison de dire : non vent pacem mitiere sed gladium; quoiqu'il nous ait donné la paix, nous ne trouvons partout que le glaive de la division. J'oubllois de vous dire qu'un de nos pères m'ayant fait compliment sur la grâce prétendue qu'on m'avoit faite de terminer si promptement mon affaire, je lui répondis que c'étoit là justement ce qu'on appelle beneficium latronum. Ètes-vous content. Monsieur? Vous voilà instruit; vous n'êtes point impliqué dans les défenses que j'ai reçues, ni dans les promesses ({ue j'ai données. J'ai cependant eu raison de ne vous point écrire dans ces commencements de liberté. Vous en voyez la raison. Je suis avec respect , en Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« Â Amiens, ce 23 avril 1732. »
« La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit toujours avec vous. Discrétion dans vos lettres et secret pour les nnlennes.
« Il est juste. Monsieur *, de vous tirer de votre obligeante inquiétude. J'ai reçu vos deux lettres, et j'y vais répondre.
■ Le nooà de la personne à laquelle cette lettre du P. André est adressée n'est point indiqué. Ce ne peut être ni M. Tabbé de Marbeuf , auquel il lui était interdit d'écrire, ni M. Larchevéque, à qui il vient de raconter en abrégé les mêmes choses qui sont ici développées. Ce doit élrc quelqu'un de ses confrères.
CCXiv INTRODUCTION,
J6 suis bien obligé au P. de T* de son amitié; il me fait beaucoup d'honneur, mais il me semble qu'il ne me fait pas justice lorsqu'il désapprouve si fort ma conduite. Car enfin , Monsieur, quelle est donc cette conduite scandaleuse qui a si fort déplu à certaines gens , qu'ils l'ont jugée digne des dernières violences? La voici avec toutes ses horreurs.
« 4®. Lorsque je faisois ma théojogie à Paris, je voyois le P. Malebranche fort souvent. J'allois à ce qu'on appeloit les conférences de M. Tabbé de Gordemoi; je m'opposois, ou plutôt je témoignois assez publiquement que je ne me rendois pas aux médisances et aux calomnies que l'on débitoit contre M. Descartes et le P. Malebranche, en 4706 : voilà pourquoi je fus envoyé à la Fléché pour finir mes études.
tt 2®. En 4709, on me nomma pour régenter la philosophie à Amiens. Je déclarai à mes supérieurs que , ne trouvant aucun ancien cours philosophique qui fût à mon gré, j'en ferois un tout nouveau, en évitant néanmoins de rien enseigner qui choquât leur dernier Elenchus. Ils approuvèrent mon dessein,, et je gardai ma parole. J'évitai avec soin toutes les matières sur lesquelles j'avois des sentiments particuliers, ou plutôt cartésiens ou malebranchistes. Mon cours se passa fort tranquillement; mais, à la iîn, on ne laissa point de vouloir trouver dans ma thèse générale des traces de malebranchisme , non pas tant, néanmoins, en ce que je disois, qu'en ce que je ne disois pas. Pourquoi , disoit-on , n'a-t-il pas parlé ni d'accidents absolus, ni de formes substantielles, ni d'état de pure nature? Voilà pourquoi ma thèse générale de philosophie fut ceijsurée, en 4744, par deux ou trois de nos savants de Paris , dont il y en eut un assez pénétrant pour y trouver le monothéisme. On en rira sans doute, mais la chose n'en est pas moins vraie.
« 3°. J'étois nommé pour le cours de Rouen. On me demanda une promesse par écrit que je réformerois ma philo-
' Sorail-re le P. de Tournemine?