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Sophie , et surtout que je parlerais do Tétat de pure nature , des accidents absolus et de nos chères formes substantielles. Je la donnai sincèrement , je la gardai fidèlement. On fut content de mes formes substantielles ; mes accidents absolus ne déplurent pas ; mon état de nature quoad viam satisfit tout le monde. Je crus avoir paré tous les coups de mes adversaires. Point du tout ; ils trouvèrent à redire à la manière dontj'expliquois la béatitude de l'état dépure nature, ou, comme on parle ordinairement , Fétat de pure nature quoad terminum. J'y admettois une vision intuitive, à la vérité, beaucoup plus imparfaite que celle de notre état , mais toujours immédiate. Par là , Monsieur, me voilà malebranchistc ipso facto. Me voilà donc encore censuré : on me traite d'hétérodoxe et même d'athée , et , parce que nos gens sont fort zélés pour la conversion des pauvres errants, me voilà condamné à rétracter des opinions que je n*avois pas, ou que je n'avoiâ point avancées. On m'envoya une espèce de formulaire pour dicter en classe ; on m'y faisoit dire : profUeor me vera credere sur des choses qui me paroissent fausses. Je déclarai que je mourrois plutôt que de faire un mensonge. On réforma le formulaire; mais, comme il étoit toujours énoncé en mon nom, je tins encore ferme. On me dit alors , c'est-à-dire trois ou quatre de nos théologiens , que je pouvois , en conscience , le dicter. Voyant tout le monde contre moi , je ne résistai plus; mais je fis entendre à tous ces bons casuistes que je ne le dicteroîs que comme un écrit de la société et non pas de moi. En effet, avant que de le faire écrire à mes écoliers , je leur déclarai que c'étoit un écrit qu'on m'avoit envoyé de Paris pour leur dicter, et, dans les endroits où l'auteur parloit en première personne , je disois , de peur qu'ils ne s'y trompassent , auctor scripU, non ego. Ce fut alors que je reçus de ces pauvres enfants une marque d'amitié dont je ne perdrai jamais le souvenir. Je les vis consternés pendant toute la classe , gardant un silence morne, et, après la messe, ils m'escortèrent presque tous jusqu'à la
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porte du collège, disant entre eux ces paroles de l'apôtre saint Thomas : Eamus et nos et moriamur cum eo. Nos pères parurent satisfaits de ma docilité : ce qui n'empêcha pas N. P. provincial de m'ôter de la philosophie à la fin de mon cours , et de s'en vanter auprès de notre P. général comme d'une belle action. Voilà ma troisième aventure , puisqu'on veut appeler ainsi ies affaires qu'on a bien voulu me susciter. /
« 4°. Sur la fin de 4713 , je fus nommé pour être, à Alençon, père spirituel, c'est-à-dire confesseur de nos pères, emploi fort mal assorti au caractère de l'employé, mais qui vaut encore mieux que d'être inutile. Je l'acceptai. La constitution vint. Voilà les deux partis en fureur. Je me trouvois heureusement dans le plus favorable, mais qui n'étoit peut-être pas le moins violent. Tout le monde sait combien de ravages fit alors dans l'Église le démon de la calomnie et de la discorde. J'ai toujours cru que l'on pou voit se damner aussi bien en défendant la foi qu'en la combattant. L'Écriture y est ex« presse. Je m'allai donc mettre dans l'esprit qu'il falloit être chrétien et catholique tout ensemble : catholique , en me soumettant à la constitution dans le sens que nos prélats y avoient donné ; et chrétien , en ne me laissant pas trop prévenir contre ceux qui suspendoient encore leur acceptation. Je parlai , j'agis conséquemment ; je ne prodiguai à personne les noms ni d'hérétique ni de schismatique. Je ne me fis point le colporteur de ces libelles scandaleux qui couroient toute la France : je les condamnois tous sans distinction , persuadé qu'une médisance ou une calomnie moliniste n'étoit pas plus agréable à Dieu qu'une médisance ou une calomnie janséniste. Enfin , ni M. le cardinal , ni M. d'Aguesseau, ni le parlement, ni M. le duc régent, tel qu'il étoit alors, ni aucun autre que je sache , ne fut la matière de mes déclamations ni de mes anathèmes. J'attendois en silence que le Dieu de la paix réunît les cœurs que le démon do la discorde uvuit divisés. Que n'ai-jo pomt souffert jour garder
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cette modération ! Il m en a coûté mon repos et mon honneur. On me rendit à Rome siis[>ect de jansénisme : voilà |)Ourquoi on me lira d'Alençon pour m'envoycr à Arras.
« 5®. Au commencement de 1718 je fus destiné pour y ôtre ministre des i)ensionnaires. J'y trouvai les esprits furieusement envenimés contre M. Tévôque d'Arras. On faisolt parottre actuellement un petit libelle assez mal fait, mais cruel y contre ses maximes sur la médisance et sur le jamé^ nisme. Je lus ces maximes, que je trouvai infiniment mei^ leures que tout ce qu on disoit contre ; car Fauteur du libelle est fort ignorant , quoique d'une hardiesse a étourdir les sols. Les messieurs d'Arras , dit-on, admiroient ces fades satires, qui étoient à leur portée. On me sollicita d'en faire aussi quelqu'une. Je répondis que je respectois trop le caractère des évoques pour écrire contre eux ; que je combattrois les erreurs tant qu'on voudroit, mais jamais les personnes, surtout des prélats qui nous tiennent la place de Jésus-Christ ; que ces sortes d'ouvrages scandalisoient les peuples et ne servoient qu'à irriter nos adversaires; quec'étoit leur domiar des armes contre nous , etc. Deux ans après ce dialogue vint le mandement de M. d'Arras au sujet d'une farce très-bouffonne jouée en carême dans notre collège, nos appels satiriques et furieux de ce mandement, plusieurs autres libelles, chansons, aUeluias impies. Je condamnai publiquement toutes ces fureurs et toutes ces impiétés. Nos amis , même séculiers, les condamnèrent. On craignit apparemment que je n'en découvrisse les auteurs ; mais la vérité est que les coupables furent mes accusateurs : ils avoient fait les crimes, et je fus mis à la Bastille. Voilà toutes mes aventures. Je défierois volontiers ou «plutôt je prierois mes adversaires de me faire voir les faussetés d'un seul de ces articles. Adieu, Monsieur.
» A Amiens, ce 13 teptembre 1933. »
ÇCXViJj INTRODUCTION.
VIL André à Caen, de "i729 à 1764.
L*abbé Gayot , dans Téloge historique du P. André , nous apprend qu'il .fut envoyé, en 1726 , au collège de Caen pour y régenter les mathématiques et qu'il remplit cette place jusqu'à l'année 1759 où, parvenu à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, il prit sa retraite et survécut même à sa compagnie. Depuis son arrivée à Caen, éclairé par l'expérience , André , sans renoncer à ses deux études 4e prédilection, la philosophie et la théologie, s'y livra avec plus de réserve et partagea son temps entre les mathématiques et la belle littérature. Nous avons vu que , parmi ses manuscrits retrouvés, il y en a plusieurs qui se rapportent aux mathématiques, et l'abbé Guyot nous apprend qu'il avait traduit Ëuclide en français sur le texte grec, en y ajoutant de nouvelles vues pour l'éclaircir et de nouvelles propositions pour le compléter. Celui de tous ses ouvrages scientifiques qu'André préférait était son traité d'Arithmétique , composé sur un plan nouveau et diaprés la méthode de saint Augustin *. L'abbé Guyot avait promis de pubher ces écrits, mais il n'a pas donné suite à ce dessein. Autrefois André avait songé à la carrière de la prédication ; étant à ,Caen, il prononça avec succès plusieurs panégyriques , des exhortations en présence de ses confrères , des sermons d'avent et de carême ; il acquit même dans celte carrière, dit l'abbé Guyot, une célébrité qui le flt connaître jusque dans la capitale. Cependant,, si on en croit son biographe, ses moyens extérieurs ne répondaient point à son talent. « Si une physionomie heureuse
' \ ojez IKlogc historique du P. André, page xij, et, dans les œuvres poslbumes, l. IV, le discours surrArilbniélique.