DEUXIEME PARTIE. — CHAP. XXV
quelque chose de positif) et il ne formerait aucun sens, comme si l'on disait : Le rien ou le néant a précédé l'existence des créatures: car pour précéder il faut être, et le uéant n’est point et n'a jamais été. Ceux qui emploient ces expressions veulent donc dire simplement : Les créatures ont commencé d'exister , ou l'existence des créatures a commencé dans un temps que je me figuré précédé de la seule éternité de Dieu. On peut faire l'application de ceci à tout ce qui peut se présenter à notre imagination revêtu du mot rien ou néant: comme quand on dit : Rien n'est digne de Dieu que Dieu même, c’est-à-dire tout ce qui est digne de Dieu , .ou plus brièvement , la seule chose digne de Dieu est Dieu même.
361 . Nous sommes accoutumés à nous servir du mot rien ou néant, pour exprimer cette sorte de séparation que l’on appelle négation; il était à propos d'en expliquer l’usage, qui est très-étendu dans les vérités de conséquence ou la logique. Conlentons-nûus de démêler ici comment ce qui est un pur néant ne saurait jamais former d’idée; et que si ce mot néant ou rien, qui est si souvent dans le discours ordinaire, ne se réduit à quelque idée positive, il n'y produit aucun sens.
362. Par ces réflexions se doit résoudre la question si le fini est le négatif de l'infini , ou si l 'infini est le .négatif du fini : la négation n’étant qu’une réparation, l’infini et le fini sont également le négatif l’un de l’autre, c’est-à-dire que l'un est uutre chose que l’autre ; par là on pourrait trés*bien définir l’infini autre chose que ce qui est terminé et fini, rivais où notre esprit se perd , et le fini quelque chose de ch-terminé et de non infini. Or, on ne peut, sans.une erreur manifeste, s'imaginer que ce qui est déterminé ne soit pas en soi quelque chose de positif, puisque c'est telle mesure simple ou redoublée tant de fois , ou telle proportion avec telle mesure.
363. Pour dire un mot présentement du privatif ou de la priwtion, c’est une véritable, négation, avec cette seule différence que la négation sépare une chose ou une idée d’avec
uno autre chose ou idée, sans égard à la nature des objets ainsi séparés ; au lieu que la privation sépare des idées ou des choses, en indiquant qu’elles pourraient ou devraient être ensemble. Ainsi, qu’on sépare la blancheur d'avec le charbon , c’est une simpje négation ; mais qu’on sépare la blancheur d’avec une pierre ou d'avec l'albâtre , c’est une privation; parce qu'on suppose que la blancheur pourrait se trouver dans une pierre et devrait se trouver dans l'albâtre.