CHAPITRE XXV
De ce qui est dit du positif, négatif et privatif.
336. Divers philosophes se sont échauffés l’imagination à rechercher si le fini était la négation deY infini , ou i' infini la négation du fini. Les uns disent que l’infini étant au delà ( du fini, le fini est la négation de l’infini qui le surpasse; les autres disent que le fini étant une grandeur déterminée, ce
i 5A TRAITÉ DES PREMIERES VÉRITÉS.
qui n'est point fini est In négation de ce qui est déterminé et fini : ceci s'expliquera par la notion des termes.
357. Par le mot positif, j’entends quelque chose que ce soit qui existe ou puisse exister, soit réellement ou dans la pensée : sur quoi il est bon d’éclaircir une difficulté qui se présente naturellement au sujet de cette définition même.
358. Si le positif est ce qui existe ou réellement ou dans la pensée, le négatif est ce qui n’existe ni réellement ni dans la pensée : comment donc -peut-on avoir l'idée de ce qui n'est pas même dans la pensée?'
359. Lorsque j’entends prononcer ce mot rien ou néant, qui est un terme négatif, j’entends et je conçois ce qu’on me dit ; il faut donc que j’aie alors quelque idée. Il est vrai, j’ai l’idée d’un mot, c’est-à-dire du mot néant ou rien, duquel je sépare toute idée d’être qui aurait pu me venir à l’esprit; et tel est le vrai caractère de tout ce qui s’appelle négatif et négation. Ce n’est pas, comme on se le figure’ quelquefois, le pur néant ou le rien, qui ne saurait être l’objet d’aucune idée; s’il l’était, il serait quelque chose : le négatif est donc la séparation que fait l’esprit d’une idée avec une autre idée, comme de l’idée d’une chose avec l’idée d’un mot. Or la séparation n’est pas un pur néant :> «est un acte de l’esprit qui disjoint, qui écarte, ou divise deux choses ou idées qui étaient ou pouvaient être jointes et unies; et c’est toujours la séparation d’un positif d’avec un autre positif.
Ainsi quand je dis : Un homme n’est pas une hé te, c'est-àdire un homme est autre chose qu’une bête; et quand je dis: La folie n’est jxis la sagesse, c’est-à-dire la folie est autre chose que la sat/esse. Il en est ainsi de toute négation et de tout négatif, et même du mot rien ou néant ; comme quqnd on dit: Rien ne parait, c’est comme si l’on disait: L'idée de ce moi rien est séjmrée de l'idée de tout ce, qui parait.
360. Si le mot rien ou néant n’exprimait pas quelque chose de positif, il ne formerait aucune idée (puisque toute idée est