DEUXIEME PARTIE. — CHAP. XXVIII
des Européens, n’est plus hlanr , H est plutôt noir. Ainsi nous n’ap|(elons rien de blanc que ce qui l’est par rapport à un certain degré de blancheur (pie nous avons dans l'esprit , et que nous jugeons qui convient ou ne convient pas à l’objet que nous appelons blanc. Tous les jours il nous arrive ainsi de trouver blanc du papier; niais si on nous le fait voir auprès d’un autre papier beaucoup plus blanc, le premier commence à devenir gris polir nous ; marque évidente que nous n’avons aucune idée entièrement absolue sur ce terme blanc; si elle l'était, nous trouverions toujours blanche en toutes circonstances une chose où il se trouve toujours un même degré de blancheur.
385. Il faut dire un mot des relations appelées dénominations extrinsèques. Ce sont des qualités attribuées à un être , seulement par rapport à la disposition d’un autre être à V égard du premier : par exemple, d’ètre vu, connu, admiré, précédé, etc., ce qui suppose manifestement la disposition de quelque autre être- qui le voit, qui le connaît , qui l 'admire , qui le précède , etc. De même , en disant qu’une chose est la première , qu’elle est pareille , égale, etc. , on suppose nécessairement te disposition ou situation de quelque autre chose.
Ainsi , qui dit premier dit un autre objet qui est le second ; qui dit semblable ou égal, dit quelque autre objet auquel il est égal ou semblable : en sorte que si l’on supposait tous les êtres détruits , excepté un seul , bien qu’alors il demeurât toujours en soi ce qu’il était auparavant, cependant il cesserait d’ètre vu, connu, loué, admiré, estimé, le premier, lo troisième , suivi , accompagné , etc.; car, s’il était seul , de qui serait-il vu, de qui serait-il le premier ou le dernier, à qui serait-il égal ou semblable? etc.
386. J'ai appelé ces dénominations purement extrinsèques, car d’ètre bqtlu , par exemple, pourrait passer |>our une dénomination extrinsèque,’ puisque cela suppose la disposition d’un autre être; mais il est -clair que celui qui est battu est changé en hji-méme , et, par là, d'être battu n’est pas
une dénomination purement extrinsèque : par la même raison, d’être remué, d’être échauffé , divisé , agrandi, etc.
387. Finissons cet article en indiquant l'embarras frivole qu’on se fait quelquefois pour décider si les relations subsistent dans les choses indépendamment de notre pensée; par exemple , si les nombres (qui au fond ne sont que des relations) sont quelque chose qui subsiste en soi et hors’ de notre pensée. Pour résoudre la question , il ne faut que démêler les ternies ou les idées.
388. Entend-on par nombre les êtres qui subsistent hors de nous, chacun dans leur unité, mais qui donnent occasion à l’esprit de concevoir un amas d’unités sous une seule idée , laquelle prend le nom de nombre ? Alors il existe quelque nombre indépendamment de la pensée et de notre esprit, c'est-à-dire qu’il existe des choses nombrales et différentes unités, conçues par nous sous une seule idée. Entend-on par nombre cette pensée de notre esprit qui unit sous une seule idée différentes unités? ou bien entend-on le rapport de ces unités , en sorte que la seconde unité suppose dans notre esprit l’idée de la première , et la troisième l’idée de la seconde? ou bien enfin entend-on la faculté qu’a l'esprit de multiplier à son gré et de combiner ces idées abstraites d’unités les unes avec les autres; les unes par rapport aux autres,, ou les, unes séparément des autres, sans égard à rien quisoit hors de notre esprit? Alors le nombre n’est pas indépendant de la pensée et de l'esprit , puisqu'alors il en est le pur exercice. D’ailleurs, d’être nombrés , est une dénomination extrinsèque, laquelle suppose une intelligence qui les nombre., et qui voit le rapport d'une unité à une autre ou à plusieurs autres unités; rapport qui s’appelle second , troisième , etc. , considérant les unités l’une après l'autre, et qui s’appelle deux, trois , quatre, etc., considérant les unités prises ensemble dans leur totalité.