Je demande donc que chacun se rappelle ce qu’il
pense, quand il entend dire à d’autres, ou qu’il dit lui-même : Je suis libre sur tel point , et je ferai là-dessus ce qu'il me plaira; par exemple, sur le choix de deux louis d’or qu’on me présente, si l’on s'avise de me soutenir sérieusement que je suis nécessité à prendre l’un plutôt que l’autre, pour réponse je me mets à l ire : tant je suis intimement et nécessairement persuadé qu’il est en mon pouvoir de prendre le premier et non le second , ou de prendre le second et non le premier. Quelques-uns disent que cet exemple ne montre point un exercice de liberté ; parce qu’il ne se trouve pas des raisons d’un côté plutôt que de l’autre, pour prendre un des deux louis d'or plutôt que l’autre. Cette réflexion est hors de propos. 11 ne s'agit pas de savoir ici s’il faut une raison , et quelle raison il faut , pour l’exercice de la liberté ; mais il s’agit de savoir s’il n’est pas en mon pouvoir de prendre un des deux louis d’or préférablement à l’autre. Car enfin on ne saurait donner de la liberté une idée plus simple et plus nette que celle que tous éprouvent dans l’exemple quej’énonce : permis à chacun de se faire tant qu’il lui plaira un langage à part. C’est néanmoins à l’idée que j’ai dite, que les hommes commuqément attachent le mot de liberté ; et pour définir ce qu’il signifie, je dis que c’est la disposition qu’éprouve l’homme en lui-même , de pouvoir agir ou ne pas agir , choisir ou ne choisir pas une même chose, dans le même moment. #
417. Quelques-uns font encore l’objection suivante : Nous avons bien le sentiment que nous prenons un des deux louis d'or, et non pas l’autre, mais non pas que nous puissions nous abstenir de le prendre.