TROISIÈME PARTIE. — CHAP. III
dit, c’est lin fuit sur lequel chacun peut se rendre témoignage. Si le témoignage de quelqu’un ne se trouve pas conforme à celui des autres, et qu’il faille décider lequel de ces deux sentiments opposés est le véritable, c’est alors qu'il faudra avoir recours à ce que j'ai exposé , touchant la régie de vérité appelée du sens ou sentiment commun de tous les hommes.
il 9. De plus, vous dites que je ne suis pas libre, et qu'il n’est pas au pur choix et au gré de ma volonté dë remuer ma main ou de ne pas la remuer : s’il en est ainsi, il est donc déterminé nécessairement que, d’ici à un quart-d’heure, je . lèverai trois fois la main de suite, ou que je ne la lèverai pas ainsi trois fois. Je 11e puis donc rien changer à cette détermination nécessaire. Cela supposé , en cas que je gage plutôt pour un parti que pour l’autre, je ne puis gagner que d'un côté, c'est-à-dire, du côté où je gagerai que je lèverai trois fois la main, ou du côté où je gagerai que je ne la lèverai pas trois fois. Si c’est, sérieusement que vous prétendez que je ne suis pas libre, vous ne pourrez jamais sensément refuser une offre que je vais vous faire : c’est que je gage, mille pistolcs contre vous une,- que je ferai, au sujet du mouvement de ma main, tout le contraire de ce que vous gagerez, et je vous laisserai prendre à votre gré l’uh ou l’autre parti. Si vous gagez que je lèverai la main, je gage moi que je ne la lèverai pas; et si vous gagez que je ne la lèverai pas, je gage mille pistoles contre une que je la lèverai. Est-il offre plus avantageuse? Pourquoi donc n’accepterez- vous jamais la gageure, sans passer pour un fou et sans l’ètre en effet? Que si vous ne la jugez pas avantageuse, d’où peut venir ce jugement, sinon de celui que vous formez nécessairement et invinciblement que je suis libre; en sorte qu’il ne tiendrait qu’à moi de vous faire perdre à ce jeu , non-seulement mille pistoles la première fois que nous les gagerions,. mais encore autant de fois que, nous recommencerions la gageure? Voilà un raisonnement qui n’est point tiré de l’école; il n'est ni abstrait, ni
iVl TRAITÉ DES PREMIÈRES VÉRITÉS.
alambiqué; mais on peut défier ceux qui se sont mêlés de parler sur cette matière, de faire une réponse qu’on entende aussi clairement que l’objection , et qui soit une raison et non pas une obscurité.