‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 130 sur 174 · TROISIEME PARTIE. — CHAP. IV · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — CHAP. IV

mais sans que ni l'un ni l’autre en particulier soit nullement ce bon ou ce bien auquel la volonté se porte toujours et nécessairement.

435. Si la volonté, dit-on, se porte ainsi d’elle-mème, et sans aucun acte qui détermine l’entendement à un objet plutôt qu’à un autre, elle voudra seulement parce qu’elle veut, et cela sans aucun motif, ce qui parait incompréhensible; à quoi je réponds que rien n’est incompréhensible dans cette matière, sinon l’embarras qu’on s’y fait à plaisir. Estil incompréhensible que la volonté, pour se déterminer à un objet plutôt qu’à un autre , n’ait besoin que de la connaissance donnée par l’entendement, de ce qu’est. L’objet où elle se porte? Quel autre motif faut-il à la volonté, sinon celui qu’elle se fait à elle-même et par son propre mouvement , qui se porte actuellement à un parti, et qui, en des circonstances toutes pareilles , se portera peut-être une autre fois à un parti contraire?

436. Mais, en pareilles circonstances, pourquoi ne ferait-elle pas le même choix? Pourquoi ? parce qu’elle est libre, et que, par l’usage de sa liberté, elle fait la différence des circonstances, ce qui au même temps, à la vérité, suppose ou fait une différence de circonstances dans l’entendement; car tel est l’empire do la volonté, qu’appliquant à l’objet auquel elle se détermine l’entendement même , elle lui fait apercevoir des qualités qu’il; n’y découvrirait peutêtre pas sans elle, ou même qui n’y sont peut-être pas réellement. Mais cette vue de l’entendement ne fait pas un motif précédent , indépendant du mouvement libre et actuel de la volonté.

437. En effet, la volonté pourrait résister ou elle ne le’ pourrait pas; si elle ne le pouvait pas, dès là même la liberté serait détruite, la volonté se trouvant nécessairement assujettie à quelque chose qui ne serait pas son libre exercice. Si elle pouvait y résister, elle ne serait donc pas dé-> terminée à le suivre ; et alors je demande qu’est-ce qui la

déterminerait, sinon elle-même, de son pur choix et de son propre mouvement? Voilà donc la même difliculté touchant la détermination de la volonté à l'égard du motif, qu'à l’égard de l’objet, pour s’v |>orter ou ne s’y porter pas.

Il faut donc reconnaître dans la volonté libre une force et une vertu de se porter d'un côté plutôt que de l’autre, de suivre un motif ou de ne le suivre pas. Chercher hors d’elle un autre motif qui lui soit nécessaire, c’est chercher hors de la liberté l’exercice même de la liberté.

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