‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 133 sur 174 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De ce qui nous est naturellement connu dans les autres propriétés de .

notre Ame.

4i’>. Rien ne donne une impression plus pernicieuse à l’esprit, que de lui faire prendre une pensée obscure pour une vérité réelle. C’est ce qui est arrivé à tous ceux qui, voulant parler des facultés et- des opérations de notre à me , en ont avancé plus que ce qui est connu par l'expérience ou par un raisonnement tiré de l’expérience.

•iifi. Il ne sert donc à rien de rechercher en quoi consiste la mémoire et les habitudes de l'Ame; tout ce qu’on a voulu dire à ce sujet n’étant qu’un jeu de l’imagination. En effet, quand on a beaucoup parlé de traces dans le cerveau, qui se forment et s’enfoncent par le cours des esprits animaux et qui se retracent par un nouveau cours des esprits dans un même canal, a-t-on rien éclairci? L’on a fait naître mille difficultés nouvelles, pour une qui se présentait d’abord. On a donc fait pis, en ce point, que les anciens philosophes, avec leurs termes et leurs qualités occultes ; car au moins ils ne disaient qu’un mot où l’on ne concevait rien, et qui ne signifiant guère autre chose que je n’y vois goutte , pouvait faire prendre tout d’un coup son parti. Mais ici Descartes et les siens ont donné des imaginations pour des preuves, et des faits supposés pour de véritables. Qui a jamais vérifié ces traces dans le cerveau? On les a admises, sous prétexte qu’on ne disait rien de meilleur. Du moins on pouvait faire quelque chose de meilleur : c’était de ne rien dire sur des sujets où l’on ne peut rien savoir. Fallait-il ajouter au désagrément de ne pouvoir être instruit, la peine d’ètre embarrassé?

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