TROISIÈME PARTIE. — CHAP. VII
447. Comment se font ces traces pour l'exercice de la mémoire*?. En quel espace sont-elles contenues pour retenir des idées si nombreuses et si diverses*? Pourquoi, se croisant des millions de fbis, ne se confondent-elles pas mutuellement ? Quel ordre peuvent-elles observer pour se rappeler si juste l'une après l’autre, dans un discours récité par cœur? Chacun de ces points n'est-il pas en soi aussi incompréhensible que la mémoire même? L’explication est donc aussi impénétrable (pie la chose à expliquer.
448. I)e même pussi, comment avons-nous des idées? Viennent-ejles des objets du dehors , ou du fond de notre âme; ou bien sont-elles en nous, de manière qu’elles viennent aussi de quelque chose hors de nous? Écoutons là-dessus ce qu'a fait dire à de grands génies la détermination à parler sans bien entendre ce qu'on dit; c'en sera assez pour nous faire abstenir de vouloir les imiter. Les uns «ni imaginé que les idées viennent des objets du dehors; que ce sont des espèces impresses qui, par le canal des sens , arrivent à l'entendement; que quand elles y sont arrivées, il les aperçoit, les spiritualise , et en produit une espèce expresse , qui est l’acte même de l’esprit. Quand on a entendn celte explication, n’est-on pas fort instruit , et ne doit-on pas demeurer satisfait sur le sujet des idées! En voici une autre qui satisfera également.
419. C’est que Dieu crée des idées à chaque occasion qu’il le faut pour pense;- : l’exposition est courte; une création d’idées: il n'v a d’inconvénient, sinon que la nature des idées est justement ce que l’on cherche; qu’on ne dit point ici ce que c’est; et que la création, quelle qu’elle soit, passe encore plus la portée de notre intelligence que la nature même des idées.
4.50. Un autre avance , comme un point qui ne fait nulle difficulté à concevoir, que les idées de tout ce que nous voyons sont dans Dieu; que notre esprit est joint immédiatement à Dieu : en sorte qu’il voit immédiatement la substance de
Dieu, laquelle contient tout ce que nous connaissons ou pouvons connaître. Je laisse à qui en aura le loisir ou le goût, d’examiner en détail chacun des mots de cette explication ; ils pourront fournir chacun d’amples volumes à discuter. Je laisse, dis-je, à demander si mon idée, que l’expérience me fait sentir dans moi , et qui , selon l’auteur , est aussi dans la substance de Dieu , est tellement dans la substance de Dieu , et dans la substance de mon âme , que ces deux substances n’en fassent qu’une? Ou bien (si elles sont deux) , 'comment mon idée est-elle présente à mon esprit , dès là qu’elle est dans la substance de Dieu , qui n’est pas la substance de mon esprit? De plus, je demande ce que c’est que de voir Dieu immédiatement , et si c’est le voir de la vision intuitive et béatifique? Je laisse à examiner encore comment, voyant Dieu immédiatement , nous ne voyons dans une idée particulière qu’une partio de ce qui est dans Dieu ; comment nos idées étant bornées, nous trouvons leurs bornes dans Dieu, qui n'a point de l>ornes; ou, si nos idées ne sont point bornées dans Dieu , que nous voyons immédiatement , comment le sont-elles dans ce que nous voyons? C’est là , dis-je, un fond de discussion que je n’ai point la curiosité d’approfondir. Celle que j'ai depuis longtemps est de savoir si l’auteur croyait sérieusement avoir dit quelque chose de plus clair , sur la nature des idées , que ce qui en avait été dit avant lui, et qui avait toujours été très-obscur.
451. Quand donc, pour expliquer la nature des idées, on a dit que c’est (pie nous voyons nos idées en Dieu , je demande qu’on daigne m’expliquer l’explication, et qu’on m’apprenne ce que c’est que île voir mes idées en Dieu; car je proteste , à la face de l’univers philosophique , que pour moi je suis encore plus embarrassé à comprendre comment je vois mes idées en Dieu , qu’à comprendre la nature même et l’origine de ces idées. On aura beau m'exhorter à rentrer en moi-même , à faire plus d’attention sur moi-même et à consulter l’Être universel, c’est pour être longtemps sur ce