TROISIÈME PARTIE. — CHAP. XI
d’un lieu à un autre? Rien du tout; puisque nous n’en savons rien. Mais tant de traités, tant de livres curieux, profonds et savants , ont été faits sur ces matières? Ces écrits et ces livres peuvent dire des choses vraies, en rapportant tout ce qui est de foi sur ce sujet. Dans tout le reste , que la religion ne nous enseigne point, ceux qui en disent plus que nous n’en savent pas pour cela davantage.
On demandera si c’est la peine de faire un traité des êtres spirituels, qui n’établisse rien sur les sujets les plus élevés et les plus amples des métaphysiques ordinaires. Je réponds do nouveau , que c’est apprendre beaucoup que de voir distinctement qu’on ne peut rien apprendre sur certaines matières; et que tout ce qu’on aurait appris là-dessus peut ou doit être oublié, comme incapable de satisfaire un esprit raisonnable.
C’est peut-être le fruit le plus solide de la métaphysique, de nous faire bien connaître les bornes do notre esprit, et la vanité de tant de philosophes anciens et modernes, qui aiment mieux tenir des discours incompréhensibles, que de réprimer la ridicule démangeaison et la dangereuse vanité de dire des choses où l’on n’entend rien et où l’on ne [peut rien entendre. Pour moi , je me suis proposé de mettre nettement à portée de l'esprit humain les premières vérités et les sources ou principes de nos jugements. J’ai tâché partout d’éviter ou de démêler les erreurs dans lesquelles donnent si communément, et le peuple, en ne pensant point, et plusieurs philosophes, en pensant trop. Dans cette vue, je me suis applique à n’admettre pour notions que les idées claires et précises; et pour principes que les jugements adoptés par le sens commun : c’est ce que je ferai encore , en ce qui nous reste à exposer dans la suite de ce traité.