‹ Œuvres philosophiques du Père BuffierChapitre 146 sur 174 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De la forme des corps.

496. On définit ordinairement la forme, ce qu'il y a de moins commun et de plus particulier ’ ou de plus distingué dans un être. Bien que par celte définition la forme semble pouvoir convenir aux esprits aussi bien qu'aux corps, néanmoins, dans l’usage ordinaire, la forme aussi bien que la matière s'attribue aux seuls corps. Je définirais volontiers la forme des corps ( laquelle est à la portée de notre esprit et dont nous pouvons juger), ta mesure ou portion de mouvement et d'arrangement qui nous détermine à donner à certaine partie do la matière une dénomination particulière plutôt que toute autre dénomination.

497. Je ne parle pas ici de cette forme qu’on supposerait consister daus un germe ou un atome particulier, laquelle surpasserait la sagacité de nos sens ; puisque nous n'avons rien à dire de ce que nous ne pouvons connaître , et que nous ne connaissons rien dont l’idée primitive ne nous soit venue par la voie de l'expérience et de la sensation. Je parle cn-

traité des premières vérités.

core moins ici de la forme des bêtes, dont la nature nous est entièrement inconnue.

i98. Au reste, ce que nous avons dit de la forme ordinaire des corps sullit pour nous donner distinctement à entendre tout ce que nous comprenons sous le nom de forme purement corporelle ; non pas que par là nous puissons discerner toujours en quoi consiste précisément la forme de chaque corps, c’est-à-dire en quel degré de mouvement, d’arrangement, de situation et de configuration de ses parties les plus petites consiste la forme de Chaque corps : c’est à quoi travaille la physique, et le plus souvent avec assez peu de succès. Cependant l’analogie d’une forme à l’autre , et celle des corps que nous connaissons à ceux que nous ne connaissons pas, nous fournil en général, pour la forme des corps , une idée plausible qui satisfait l’esprit et à quoi il se rend volontiers.

499. Comme donc il arriverait a tout homme sensé qui n’aurait jamais vu de la farine et du pain , d y trouver a peu près la même différence de forme et même de substance qu’entre du cuivre et de l'or; quand nous lui aurons fait toucher au doigt et à l’œil que la substance du pain n est autre chose que de la farine, dont les parties se sont rapprochées par la conglutination de l’eau qui l’a rendue pâle et serrées encore mutuellement de près par l’a cuisson qui l’a fait devenir pain, il jugera bientôt que l’eau et le feu n’y ont apporté d’autre changement, sinon celui qui s est fait par les qualités que nous nommons couleur et dureté. Nous jugerons de même qu’avec un changement pareil , dans un degré plus ou moins considérable , et avec plus ou moins de temps, ce qui est aujourd’hui du plomb ou du cuivre pourrait bien devenir tout autre métal , et peut-être de 1 01 . Les autres réflexions générales qui regardent les formes, tiendront lieu de premières vérités dans la physique. Ce ^ont celles par où nous commencerons la cinquième partie de cet ouvrage.

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