CINQUIÈME PARTIE
plutôt que des autres. Par là aussi il pourrait arriver que la n édecine conjecturale et systématique no fût pas toujours fort salutaire ; u total du genre humain. Elle produit de bons effets, comme on n'en peut douter; elle en produit de mauvais, comme l'expérience le montre. Dans le pays où fleu- . rissent les plus célèbres médecins, on ne voit pas les habitants moins souvent malades ou mourir plus tôt (j’excepte toujours ce qui dépend de la chirurgie) que dans les pays où il ne s’exerce point un art particulier de la médecine , et où chacun se préserve , comme il peut et selon l’instinct de la nature, de la maladie et de la mort.
511. On aurait tort cependant d’estimer moins les médecins. Ce n’est point à eux qu’il faut s’en prendre, mais à nousmêmes, si nous y sommes trompés; ils agissent de leur mieux, ét selon les règles d’un art qui ne saurait pénétrer dans les principes de la nature. Quand ils ont employé toute leur élude et tout leur savoir, que feront-ils davantage? Peutêtre nous feront-ils du mal . mais il n’est aucune profession dont nous ayons plus à espérer. Après tout, disait un grand
- ministre, quand je serai malade, j'aurai encore plutôt recours à mon médecin qu’à mon avocat.
512. D’ailleurs on peut tirer un grand avantage d’un médecin qui , sachant très-bien la constitution du corps humain, • a un g§ond usage des maladies les plus communes et des remèdes les plus avérés, avec une connaissance exacte du tempérament de la personne qu’il traite, et une application particulière à observer jusqu’aux moindres symptômes de la maladie.
Il sera encore plus estimable s’il emploie moins des remèdes difficiles à pratiquer que ceux dont l’usage est simple et familier, et dont la partie la plus essentielle consiste souvent dans la diète, le repos et la patience.
Premières vérités dans la jurisprudence.
513. La jurisprudence est la connaissance des lois établies pour entretenir l'ordre et la paix dans la société civile. On peut donner pour première vérité à ce sujet que le principal usage des lois est de fixer lès esprits à un parti, afin de terminer les contestations. En effet , ce que prescrit une loi est tellement judicieux , qu’unejautre loi qui prescrit le contraire n’est pas moins conforme à la raison et au bon sens. Dans une province, ce sont les fils aînés qui héritent ; dans l’autre, les enfants partagent également; dans celle-ci les femmes peuvent être avantagées par leur mari , dans celles-là elles ne le j>euve»t.
• 5H. Si le sens commun était manifestement pour une loi, la plus grande partie du genre humain s’y serait rangée, au lieu que chaque nation ou province demeure constamment attachée à ses propres lois. Ce n’est pas qu’elles ne soient sujettes chacune à des inconvénients, mais c’est pour en éviter d’autres aussi grands.
515. C’en est un , sans doute , que de laisser dix ou douze enfants dépourvus de bien, pour donner, en Normandie, dix ou douze mille livres de rente au seul fils aîné ; mais c’est un autre inconvénient que de les partager tellement ij^dix ou douze enfants , qu’il ne se trouve plus aucun d’eux en état de soutenir le rang et la situation de la famille, ni de procurer de la protection , des amis , de la considération et du secours à ses frères. Il est donc clair qu’on ne peut convenir ainsi laquelle des lois usitées est préférable à une loi contraire.
516. En est-il ainsi des lois romaines, qui sont éminemment l’objet de la jurisprudence? Non, me disait un jurisconsulte; on n’y peut contrevenir sans contrarier la raison : témoin, ajoutait-il, la loi qui autorise les adoptions. Par une règle si sage , ce n’est point une nature aveugle qui donne