CINQUIÈME PARTIE
l'autorité d’un Dieu qui ne peut ni tromper ni être trompé; d’une autre part, sa sainteté qui ne peut rien exiger que de juste, portent avec elles la conviction où nous devons être là-dessus.
522. Ce n’est donc point un prétexte qui puisse arrêter un esprit raisonnable, que l’incompréhensibilité des mystères que la religion propose de croire. Dieu peut faire et a fait des choses incompréhensibles à un esprit aussi borné que le nôtre. C’est un point qui doit passer pour première vérité au sens marqué (N. 90); en voici qui devraient être également admises.
523. C’est la religion chrétienne et catholique qui nous enseigne ce que Dieu nous propose de croire et de pratiquer. Cette religion n’est autre que l’Église qui nous rend témoignage de ce que Dieu a dit et ordonné. Ainsi la vraie théologie consiste uniquement à prouver : 1°. que le témoignage de l’Église est irréprochable; 2°. que l’Église nous a enseigné, comme ordonnés de Dieu , les articles (pii font l’objet de notre cro\ ance et de notre culte. Toute autre chose paraît do surérogation à la théologie.
52i. Quand on aurait démontré que les dogmes de la religion sont conformes à la raison humaine la plus épurée, ce pourrait être un exercice ingénieux et utile, si l’on veut, mais qui appartiendrait plutôt à la philosophie qu’à la théologie, celle-cijie devant qu’établir les points de la religion. Or, ce n’est pas un point de religion , que cette conformité de la parole de Dieu avec la raison. La religion nous propose ses dogmes pour les croire , et non pour les justifier au tribunal de notre raison. Ce n’est pas que plusieurs ne s’y accordent très-bien ; mais aussi tous ne s’y accordant pas également, et étant au-dessus de la portée do nos lumières, il parait que la théologie ne doit point entreprendre de prouver » ses dogmes; sinon en tant qu’elle prouve que l’Église nous les propose à croire , comme enseignés de Dieu , sans nul
egard à ce que la raison humaine en peut approuver ou ou n’approuver pas.
525. Il est plusieurs de nos dogmes, dont la raison pure- • nient humaine ne saurait s’accommoder, étant au-dessus de
la portée naturelle de notre esprit. Ne serait ce donc pas se combattre soi-méme que de prétendre prouver à la raison une chose à qui l’on avoue que la raison ne peut parvenir?
526. Quelques-uns disent que nos dogmes sont au-dessus de la raison , sans être contre la raison. Je ne sais si l’on a une idée bien nette sous ces expressions. Si l’on avoue qu'un objet est au-dessus de la raison et de sa portée; comment prouver que cet objet n’v est point contraire? Pour le montrer, il faudrait entièrement connaître cet objet dans tout ce qu’il est , sans quoi , il y aurait dans cet objet quelque endroit que nous ne connaîtrions pas : et si nous ne le connaissons pas, comment pouvons-nous prouver que cet endroit à nous inconnu n’a rien d’opposé à la raison? C’est comme si l’on voulait prouver ou affirmer qu’un remède à nous inconnu par certains endroits, n’est en rien contraire à la santé par ces endroits-là mêmes.
527. On prouve très-bien que nos dogmes ne sont pas contraires à la raison, en tant que nous ne pouvons raisonnablement en disconvenir, quand nous reconnaissons d’ailleurs que Dieu les déclare vrais. En ce sens-là, loin d’être contraires à la raison, ils y sont positivement conformes; puisqu’elle dicte positivement qu’ils méritent d’être jugés vrais, d’après le jugement et la vérité de Dieu.
528. Mais dans ce qui est au-dessus de la raison , en tant qu’il est au-dessus de la raison, on ne peut sagement entreprendre d’en prouver rien directement, ni pour ni contre, puisqu’il est déraisonnable de vouloir exercer notre raison sur un objet où nous avouons quelle ne saurait atteindre.
- 529. Ainsi , quand un adversaire de nos dogmes préten-