PREMIÈRE PARTIE. — CHAP. VII
ri** deux louis ri'or elle pronri l'un plutôt qup l'autre, sans rion apercevoir rip meilleur dans l'un plutôt que dans l'autre. Ensuite l'esprit sera embarrassé à discerner un meilleur qui est présent et plus court , d’avec un meilleur qui est à venir et plus long ; un meilleur selon les sens , d’avec un meilleur selon la raison ; un meilleur indépendant de l'action de la volonté libre d'avec un meilleur qui se trouve toujours dans l'action même de la volonté, laquelleexerce actuellement sa liberté.
60. Quelque chose donc qu’on puisse opposer à ce que juge le genre humain sur la liberté de l’homme, ce ne sera point un principe plus clair, plus plausible, plus immédiat, plus intime à l’esprit humain que le sentiment de la liberté ; 2°. Celui-ci, d’ailleurs, se trouve répandu dans tous les esprits , dans tous les temps et dans tous les lieux ; 3°. Tous dans la conduite de la vie agissent conformément à ce sentiment; c’est donc une première vérité, puisqu'elle en a les trois caractères essentiels.
Touchant la sorte de première vérité, qui nous fait juger que le pur hasard ne saurait former un ourraqe tel que le. monde en généra! ou le corps humain en particulier, ou même une simple horloge qui marque régulièrement les heures, quelques-uns ont prétendu que ce jugement n’est pas une vérité incontestable. Voici leur pensée.
6t. C’est la nature, disent-ils, qui nous instruit que dans une infinité de combinaisons possibles, est renfermée la combinaison particulière des parties d'où résulte la formation du monde, ou du corps humain, ou d’une horloge : il n’est donc pas impossible que cette combinaison ait été causée par le hasard, puisqu’elle est autant possible que toute autre combinaison que le hasard aurait effectivement produite.
Je réponds qu'il n’est nullement vrai que la nature nous fasse juger que, sans le secours d’aucune intelligence, et par un pur hasard , une des combinaisons précédentes soit possible ; ce n’est point , dis-je , la nature qui fait porter un jugement pareil, c’est plutôt l’effort d’une imagination quis'ajam-
bique mal à propos en des objets où notre esprit se perd , et' où , tomé comme il est, il doit manifestement se perdre. En effet 1°. quelle idée nette a-t-on sous le mot de hasard? Nulle; sinon que le hasard est une cause inconnue : or, juger des effets que peut produire une cause inconnue telle que le hasard, c’est juger de ce qu’on ne connaît point, et par conséquent d’une chimère. 2° De plus , juger de ce qui est ou n’est pas possible dans une combinaison infinie (laquelle par son infinité même surpasse la portée de notre intelligence }, c’est une nouvelle chimère ; comme nous le ferons sentir davantage dans le chapitre de l’ Infinité ou dans celui de la Possibilité fies êtres. Mais qu’est-ce qui est manifestement à la portée de notre esprit? C’est ce que la nature a mis dans celui de tous les hommes qui ne se sont point étudiés à en démentir les sentiments : savoir, qu’une machine comme celle de l'univers en général, ou du corps humain en particulier, ou seulement d’une horloge à pendule, est une combinaison qu’il est impossible d’attribuer sérieusement à d'autre cause qu’à une intelligence ; en sorte qu’il m’est impossible de juger qu’un homme sensé pense là-dessus autrement que moi.
62. Si l’on prétend que c'est l’état de la question , et que tej philosophe juge sérieusement possible ce que je trouve impossible; je prétends qu’en ce point-là môme -il est hors de l’enceinte de la raison. Dans cette contrariété, qui sera le juge pour décider lequel du philosophe ou de moi est l’homme sensé ? Je suis bien sùr d’avoir pour moi le sentiment du genre humain, à quelques-uns près qui se creusent et se tourmentent l’esprit pour trouver de la possibilité, là où les autres hommes n’en aperçoivent point. C’est donc au philosophe à me prouver que la nature raisonnable réside uniquement dans lui et dans une poignée de ses semblables , tandis qu’elle manque à tout le reste du genre humain. Il oppose des subtilités : mais ces subtilités , quand on les a pénétrées aussi bien que lui , n'arrètent point les autres hommes ; elles servent uniquement à nous convaincre davantage ,