DEUXIÈME PARTIE. — CHAP. X
aussi bien être deux ou trois, qu'un. Une partie de matière peut cesser d'être une, sans cesser d’être ce qu’elle est en sôi.
240. Une goutte d’eau est une : la même substance de cette goutte d’eau sans être altérée en rien , sera si je veux < leux gouttes. Toutes les autres unités ou pluralités à l’égard du corps et de la matière, sont de ce caractère. On appelle un dans la matière, ce qu’il nous plaît d’v regarder comme le terme d’une de nos idées: mais s’il nous plaît de regarderie même objet comme faisant divers termes de nos idées , ce qui était un, sera plusieurs. Ainsi une maison est une, parce qu’elle est l'objet ou le terme d’une idée totale , à laquelle on donne le nom de maison ; et cette même maison considérée comme terme de diverses idées , par lesquelles j’y distingue tantôt tel appartement , tantôt telle pierre , tantôt telle poutre, etc., n’est plus alors une unité , mais un amas d’unités, et se trouve multiplicité autant qu' unité ; parce qu'étant substantiellement divisible, elle peut se trouver divisée, sans cesser d’ètre ce qu’elle est dans sa substance.
241 . La substance d’une montagne est de la sorte une et plusieurs, selon qu’il plaît à l’imagination de la considérer et de la nommer. La regardant dans tout son amas , on l'appelle une ; mais la regardant dans les parties qui forment sa substance , elle devient plusieurs ; et l’on y trouvera autant d’unités, que l'on jugera à propos d’y trouver de parties : en sorte que la même portion de matière peut, sous divers regards, être jugée et nommée une , aussi légitimement que cent ; ce qu’on ne saurait imaginer d’une substance spirituelle.