CHAPITRE XI
De l'identité et de la diversité des êtres.
242. L’identité d'une chose est ce qui fait dire qu'elle est la même et non une autre. Il paraît ainsi qu’ identité et unité ne diffèrent point, sinon par certain regard de temps et de lieu. Une chose considérée en divers lieux ou en divers temps, se retrouvant ce qu’elle était, est alors dite la même chose. Si vous la considériez sans nulle différence de temps et de lieu , vous la diriez simplement une chose : car par rapport au même temps et au même lieu , on dit voilà une chose , et non voilà la même chose.
243. Nous concevons différemment l’identité en différents êtres. Nous trouvons une substance intelligente , toujours précisément la même , à raison de son unité ou indivisibilité; quelques modifications qu’il y survienne, telles que ses pensées ou ses sentiments. Une même âme, pour éprouver des changements d’augmentation ou de diminution de pensées ou de sentiments, n’en est pas moins précisément la même: au lieu que dans les êtres corporels, une portion de matière n’est plus dite précisément la même , quand elle reçoit continuellement augmentation ou altération dans ses modifications, telles que sa ligure et son mouvement.
244. Observons que l’usage admet une identité de ressemsemblance qui se confond souvent avec la vraie identité. Par exemple, en versant d’une bouteille de vin en deux verres, on dit que dans l’un et l’autre verre, c’est le même vin; et en faisant deux habits d’une même pièce de drap , on dit que les deux habits sont de même drap. Cette identité n'est que dans la ressemblance , et non dans la substance ; puisque la substance de l’un peut se trouver détruite sans que la substance de l’autre se trouve altérée en rien. Far la res-