CHAPITRE IF
De ceux qui n'admettenl pour régie de vérité que le sentiment de ce que nous éprouvons en nous-mêmes.
1 f . Bien que ce que j’ai avancé au chapitre précédent contre les sceptiques se réduise à peu de lignes, peut-être aura-t-il encore semblé superflu; tant leur folie est reconnue et méprisée universellement. Mais si l'on n’y donne pas de nos jours , on peut dire au moins que jamais on ne s'est plus approché de leur opinion, puisque, à la réserve de cette première règle ou source de vérité qui se tire de notre sentiment intime, certains philosophes de ce temps n'ont pas daigné reconnaître ni admettre d’autres genres de vérité et d'évidence.
13. Ainsi , quand on leur demande s’il est évidemment certain qu’il y ait des corps et que nous en recevions les impressions, ils répondent nettement que non, et que nous n’avons là-dessus aucune certitude évidente, puisque nous n’avons point ces connaissances par un sentiment intime de notre propre expérience, ni par aucune conséquence nécessaire qui en soit tirée : c’est ce qu'un philosophe anglais n’a point fait difficulté de publier.
doute même enferme la vérité inébranlable de leur pensée et de leur existence, H déprécie par une véritable contradiction I c je pense, donc je ■suis, dont il vient lui-même de faire usage et de démontrer la valeur.
46. D ailleurs on ne peut soupçonner quelle autre certitude évidente admettraient ces philosophes. Serait-ce le témoignage des sens, la révélation divine, l’autorité humaine1? Serait-ce enfin 1 impression immédiate de Dieu sur nous ?
47. Le témoignage des sens étant corporel, il ne saurait être admis parmi ceux qui, par avance, n'admettent pas 1 existence des corps. La révélation divine et l’autorité humaine ne font encore impression sur nous „ que par le témoignage des sens; c’est-à-dire, ou de nos yeux qui ont vu les miracles du Tout-Puissant, ou de nos oreilles qui ont entendu les discours des hommes qui nous parlent de la part de Dieu.
48. Enfin, 1 impression immédiate de Dieu suppose un Dieu , et un être différent de moi. Mais si le sentiment intime de ce (fui se passe en moi est la seule chose évidente, tout ce qui ne sera pas formellement ce sentiment intime ne sera point évident pour moi.