CHAPITRE III
Deuxième raison, tirée du danger de la passion de rameur qui règne dans
toutes les comédies.
Comme la passion de l'amour est la plus forte impression que le ♦ péché ait faite sur nos âmes, ce qui parait assez par les désordres horribles qu'elle produit dans le monde, il n'y a rien de plus dangereux que de l'exciter, de la nourrir et de détruire ce qui la tient en bride et qui en arrête le cours.
Or ce qui y sert le plus est une certaine horreur que la coutume et la bonne éducation en impriment*, et rien ne diminue davantage cette horreur que la comédie et les romans, parce que cette passion y paraît avec honneur et d'une manière qui, au lieu de la rendre horrible, est capable au contraire de la faire aimer. Elle y parait sans honte et sans infamie. On y fait gloire d'en être touché. Ainsi l'esprit s'y apprivoise peu à peu ; on apprend à la souflfrir et à en parler, et l'âme s'y laisse ensuite doucement aller en suivant la • pente de la nature.
Il est inutile de dire, pour justifier les comédies et les romans, qu'on n'y représente que des passions légitimes et qui ont pour fin le mariage ; car, encore que le mariage fasse un bon usage de la concupiscence, elle est néanmoins en soi toujours mauvaise et déréglée, et il n'est pas permis de l'exciter, ni dans soi-même, ni dans les autres. On doit toujours la regarder comme le honteux effet du péché, comme une source de poison capable de nous infecter à tous moments, si Dieu n'en arrêtait les mauvais effets. Ainsi, de quelque honnêteté apparente dont les comédies et les romans tâchent de la revêtir, on ne peut nier qu'en cela môme ils ne soient contraires aux bonnes mœurs, puisqu'ils impriment une
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idée agréable d'une passion vicieuse, et qu'ils en font même une qualité héroïque, n'y en ayant point qui paraisse avec plus d'éclat que celle-là dans ces héros de théâtre et de roman.
Le naariage règle la concupiscence, mais il ne la rend pas réglée. Elle retient toujours quelque chose du dérèglement qui lui est propre : et ce n'est que par force qu'elle se contient dans les bornes que la raison lui prescrit. Or, en excitant cette passion par les comédies, on n'imprime pas en même temps l'amour de ce qui la règle. Les spectateurs ne reçoivent que l'impression de la passion, et peu ou point de la règle de la passion. L'auteur l'arrête où il veut dans ses personnages par un trait de plume ; mais il ne l'arrête pas de même en ceux en qui il l'excite. La représentation d'un amour légitime et celle d'un amour qui ne Test pas font presque le même effet et n'excitent qu'un même mouvement qui agit ensuite diversement, selon les différentes dispositions qu'il rencontre : et souvent même la représentation d'une passion couverte de ce voile d'honneur est plus dangereuse, parce que l'esprit la regarde avec moins de précaution , qu'elle y est reçue avec moins d'horreur, et que le cœur s'y laisse aller avec moins de ré^ sistance ^;