‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 187 sur 196 · VII. Punitions du péché nécessaires après le péché · texte numérisé non relu

VII. Punitions du péché nécessaires après le péché

Toutes les punitions du péché sont tellement utiles aux hommes qu'ils ne pourraient subsister sans ces punitions dans cet étal de corruption.

Que serait-ce du monde, si les hommes étaient immortels, el jusqu'à quel point porteraient-ils leur insolence et leur tyrannie? Si la mort était agréable, ils se feraient tous mourir. Si les maladies n'étaient douloureuses, ils se feraient tous malades. Si les vices n'étaient point suivis d'incommodités, ils s'y plongeraient sans mesure. S'ils ne s'incommodaient point en mangeant, ils mangeraient toujours. Si l'homme était impassible, il ne craindrait rien. Il faut donc qu'il meure, qu'il meure avec douleur, que les maladies le tourmentent, que ses vices soient punis, qu'il soit sujet à souffrir la douleur, qu'il ait sujet de craindre la douleur et la mort.

Il est donc vrai de dire que les hommes sont si déréglés qu'il* sont incapables de subsister dans l'état où Dieu les a formés, et que c'a été noa-seulement par un effet de sa justice, mais aussi de sa miséricorde, qu'il les a assujettis à toutes les misères qu'ils ressentent.

VIII. Difficile à juger de ce qui est ou possible ou impossible. . U semble que l'ignorance où les hpmines sont de la puissance

de la nature leur ôte tout droit de définir ce qui est possible ou impossible, puisque, pour le faire, il faut savoir toute retendue des causes et tous les ressorts qui composent les machines des corps.

Combien y a-t-il de choses qui nous eussent paru impossibles, si l'expérience ne nous avait fait voir qu'elles sont possibles?

Qui eût dit qu'avec un peu de poudre on ferait sauter des mon * tagnes? qu'en frottant une aiguille à une pierre, elle acquerrait la propriété de se tourner toujours ver»le pôle? que de raisons on aurait trouvées pour montrer que cela était impossible?

Qui n'aurait jamais vu l'opération que les chimistes appellent précipitation, n'appellerait-il pas impossible la promesse que ferait un chimiste de séparer ^n un moment toutes les parties du corail, des perles ou de l'or, répandues dans une quantité d'eau, et liées avec toutes les parties de cette eau ? De quel agent, dirail-il, se pourrait-on servir, et le moyen de trouver assez de couteaux pour séparer ce nombre infini de parties confuses? Mais nonobstant toutes ces belles raisons, une goutte d'une certaine matière en fera l'effet.

Qui sait de même s'il n'y a point quelque liqueur dans la nature capable de faire précipiter toutes les humeurs étrangères qui chargent le corps? La nature peut bien former un foie, une ratte, un poumon dans le ventre des mères, de je ne sais quelle matière ; pourquoi ne pourra-t-elle.pas, avec une autre matière, reformer ce qu'il y a de gâté dans ce foie, dans cette ratte, dans ce poumon?

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