‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 193 sur 196 · XVI. La solitude désagréable, et pourquoi · texte numérisé non relu

XVI. La solitude désagréable, et pourquoi

Les hommes aiment à penser et à penser à eux d'une certaine manière, en jugeant qu'on les estime, qu'on les honore, qu'ils sont grands , puissants. C'est pourquoi la conversation et la vue du monde est si agréable ; car cela vient de ce qu'elle excite des pensées de cette nature.

Au contraire, la solitude est désagréable à la plupart des gens, parce qu'elle ne leur fournit pas assez de pensées qui leur plaisent. La nature est déplaisante à beaucoup de monde, parce que les images qu'elle fournit, n'étant pas aidées de la voix et de mille autres circonstances qui accompagnent la parole, elles sont trop sombres et trop obscures.

Pour se plaire donc dans les forêts, il faut entendre le langage des forêts ; car toutes les créatures ont un langage, c'est-à-dire qu'elles peuvent exciter des pensées. Ceux en qui elles en excitent suffisamment peuvent se plaire dans la solitude, et ils s'y plaisent d'autant plus innocemment, que ces images qu'elle leur fournit leur représentent plutôt la grandeur de Dieu que leur propre grandeur, et qu'elles leur parlent peu d'eux-mêmes et beaucoup de Dieu : c'est l'avantage de la solitude.

XVIL La mauvaise manière de reprendre les écrits.

Ceux qui disent en général qu'il y a des fautes dans des écrits

(a) Matlh., x, 34.

de certaine;} personnes sans les particulariser, ont trop bonne et trop mauvaise opinion des auteurs de ces écrits. Ils Pont trop bonne, s'ils croient qu'ils ne soient point un peu blessés de ces répréhensions vagues , et trop mauvaise, s'ils les jugent incapables de souffrir qu'on les avertisse de leurs fautes en particulier.

XYIII. Peu de vertu à souffrir les avertissements de bonne grâce.

. Il faut une assez grande vertu pour souffrir en patience les avertissements et les répréhensions , quand on les fait de mauvaise grâce, devant le monde, et sans nous y avoir préparés ; mais il ne faut qu'une vertu fort commune, ou plutôt il n'en faut point du tout, et il suffit d'être raisonnable pour souffrir que l'on nous avertisse en secret, avec charité, avec préparation, de quelques défauts, principalement si ce ne sont pas des défauts de mœurs, mais des défauts d'écrits qui dépendent du jugement public.

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