CHAPITRE PREMIER
Que la Tie païenne, c'est de mdm sa propre volonté; et la vie ehrétienne, de
suivre celle de Dieu.
La différence la plus générale que rÉcrilure mette entre les justes et les pécheurs, est que les uns marchent dans les voies de Dieu, et que les autres marchent dans leurs propres voies. C^est pourquoi elle renferme tous les désordres auxquels les païens ont été abandonnés par la justice de Dieu dans ce seul mot qui les comprend tous : Dimisit omnes génies ingredi vias suas ' ; « il a laissé toutes les nations marcher dans leurs voies. » Et le prophète, au contraire, renferme toutes les instructions que Jésus-Christ devait donner au monde dans cette seule parole : qu'il nous enseignerait ses voies ; et docebit nos vias suas *.
Or, pour savoir ce que c'est que marcher dans ses propres voies, il ne faut que considérer ce que dit saint Paul en un autre lieu, où, parlant de Tétat des hommes avant la foi, il dit qu'ils marchaient dans la vanité de leurs sens et qu'ils suivaient les volontés de la chair et de leurs pensées: Ambtdantes in vanitate sensûs, facientes voluntatem^carnis et œgitationum'' ; et, pour sala) Act.^ XIV, 15. (6) Isaïe, IJ« 3. (c) Ephcs., iv, 17 \ iùid.j ix, 8.
DE LA SOUMISSION A LA VOLONTÉ DE DIEU. tOS
voir, au contraire, ce que c'est que de marcher dans les Toies de Dieu, il ne faut que considérer ce passage de saint Pierre, où, parlant de ce que se doivent proposer les fîdèles convertis, il dit qu'ils doivent se résoudre de passer tout le reste de leur vie à suivre la volonté de Dieu et non les désirs des -hommes : Ut jam non desxderiis hominum, sed voluntati Dei quod reliquum est in camcy vivat temporis". Ainsi, suivre sa volonté propre, c'est marcher dans sa voie et vivre en païen ; et suivre la volonté de Dieu,c'est marcher dans la voie de Dieu et vivre en chrétien.
C'est pourquoi le premier mouvement que la grâce inspira à saint Paul, parfaitement converti, fut de lui faire dire à Jésus- Christ : « Seigneur, que vous platt-il que je fasse? » Domine^ quid me vis facereh? Et Ce mouvement renferma un renoncement à toute sa vie passée dans laquelle il n'avait suivi que ses inclinations, une r^olution ferme de suivre la volonté de Dieu dans le reste de toute sa vie, et un désir sincère de la connaître. De sorte qu'elle comprenait en quelque manière toutes les vertus que saint Paul a depuis pratiquées, comme la semence et la racine contiennent les fruits que l'arbre doit produire en son temps.
Or ce que l'esprit de Dieu fit dire à saint Paul doit être dit par chaque chrétien, et il n'y en a aucun qui ne soit obligé d'imiter i'apôtre en disant à Dieu : « Seigneur, que vous plali-il que je fasse? • Il ne suffit pas de le dire au commencement de sa conversion ; il faut même renouveler sans cesse cette protestation dans la suite de sa vie, parce que la volonté propre, qui n'est pas morte en nous, tâche toujours de reprendre son empire et de bannir le règne de celle de Dieu.
Il faut toujours désirer de connaître la volonté de Dieu, parce que notre ignorance nous la cache à tout moment ; il faut toujours désirer de la suivre, parce que notre concupiscence ne cesse point de nous en éloigner pour nous porter à ce qu'elle aime ; mais, afin que ce désir et cette protestation de vouloir obéir à Dieu ne soient pas stériles, et ne demeurent pas dans une simple idée sans effet, il est utile de méditer sérieusement ce que c'est que de suivre la volonté de Dieu, et de quelle sorte il faut pratiquer ce devoir essentiel de la vie chrétienne dans toutes les rencontres de la vie. Bt pour cela, il faut premièrement savoir ce que c'est que la volonté de Difeu, que nous voulons suivre.
(n) 1, Petr., 1? , a. (») AsL, u, ^