‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 42 sur 196 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Oeax maaiéret de considérer la volontë de Dieu rcomne règle de nos acUoiur, comme c&iue de toQs les événements. Explication de la première manière. On possède quelquefois Ja charité sans le savoir, et Ton ne Ta pas quand on le croit.

L'Écriture sainte et la doctrine de PÉglise nous obligent de regarder la volonté de Dieu en deux manières: Premièrement, comme la règle de nos devoirs qui nous prescrit ce que nous devons faire, qui nous montre les dispositions où nous devons être, qui nous découvre ce que nous devons désirer, ce que nous devons fuir, où nous devons tendre, qui condamne tout le mal et commande tout le bien. Secondement, comme la cause de tout ce qui se fait dans le monde, à Pexception du péché ; qui produit efficacement tout ce qui est bon, et ne permet le mal que pour en tirer du bien.

Selon la première manière, PÉcriture lui donne divers noms qui ne marquent tous que la même chose. C'est cette loi étemelU, dont parle si souvent saint Augustin, qui défend de troubler Tordre de la nature, qui commande de le conserver, et qui, plaçant l'homme entre Dieu et les créatures corporelles et inanimées, lui défend d'attacher son amour à aucune autre chose qu^au souverain Être, puisqu'il ne le peut faire sans sortir de son ordre et sans s'abaisser au-dessous des choses qui lui sont inférieures ou égales. C'est cette justice divine qui brille dans, nos esprits, comme dit le même saint Augustin ; qui nous rend aimable tout ce qui y est conforme, quand même nous n'y trouverions rien' d'ailleurs qui attirât notre amour. Ce n'est qu'en aimant et en suivant cette justice que les hommes sont justes, et qu'en s'en éloignant qu'ils sont injustes et pécheurs.

Ce sont ces jugements et ces justifications dont David parle si souvent, c'est-à-dire les règles et les ordonnances justes et saintes qui instruisent l'homme de ce qu'il doit faire et qui sont écrites dans Dieu même, pdrce qu'elles ne sont autre chose que sa volpnté toute juste et toute équitable. C'est cette sagesse dont parle le Sage dans tous ses livres, qu'il faut sans cesse désirer, qu'il faut chercher comme Vargent, qui nous sert de guide dans notre chemin, et qui habite en Dieu et avec Dieu. Omnis sapienlia à Domino Deo est, et cum itto fuit semper^ et eèt ante CBVum '•

ifl) EççUê.f 1, 1.

Ce sont ces préceptes que l'Écriture appdle éCerneiSt et qu'elle nous commande d'avoir toujours devant les yeux et de conserver dans notre cœur, qui doivent marcher avec nous, qui ne nous doivent point quitter dans le sommeil même, et qui doivent être la premier objet de nos pensées à notre réveil. Liga ea in corde iuo jugiter^ cùm ambulaveris gradiatUur tecum^ eùm dormieris custo» diant te, et evigHans loquere ewn eu"*.

C'est cette lumière qui fait que nous sommes enfants de lumière^ et qui fait que les uns marchent dans les ténèbres, et les autres dans la lumière, selon qu'ifs Tabandonnent ou qu'ils la suivent. Qwa mandittum lucema est, et lex lux *.

C'est cette vérité selon laquelle il est dit des justes qu'ils marchent dans la vérité, qu'ils sont dans la vérité et qu^ils font la vé' rUé. Enfin, c'est Dieu môme, puisque tous ces noms ne signifient que la volonté de Dieu, et que la volonté de Dieu est Dieu même. Cette justice, cette loi, cette vérité divine nous est manifestée par l'Écriture sainte et principalement par l'Évangile. Et c'est un des sens de ce verset de saint Paul <" : « La justice de Dieu nous y est révélée, la justice qui vient de la foi et se perfectionne dans la foi : 'Justitia enim Dei in eo revelatur exfide in fidem^ Mais la révélatimi extérieure ne sert de rien si Dieu n'éclaire intérieurement nos esprits, s'il ne luit en eux comme vérité et comme lumière, et s'il ne leur découvre l$i beauté de sa justice. Et c'est pourquoi il est dit m qu'il y a une véritable lumière qui éclaire tout homme qui vient au monde ; erat lux vera quœ illuminai omnem kominem venientem in hune mundum^; c'est-à-dire que les hommes ne sont éclairés qu'autant qu'il plaît à cette lumière divine et incréée de Inire dans leurs esprits.

C'est en suivant cette justice, en s'y conformant, en l'aimant et en la désirant, que les hommes justes croissent en justice^ c'est en s'en éloignant qu'ils sont injustes, méchants, corrompus, déréglés, parce que cette justice est l'ordre essentiel, la vertu essentielle, la sainteté essentielle. Et comme cette justice est Dieu même, il est clair que l'amour de cette justice est l'amour de Dieu, que c'est la même chose que la charité, et qu'agir par l'amour de la justice, c'est agir par charité et par principe d'amour de Dieu^.

Et par là on peut voir qu'on possède quelquefois la charité et qu'on agit par principe de chanté sans le savoir, et qu'on est quelquefois sans charité, et que l'on agit sans charité quand on

(tt) Vrw.t y^^ *^1 et 22. (6) Prov.^ vi,93. (e) Hum., 1» 17. {d) Joan., \, 9*

t D£ LA SOUMISSION '

croit en èite viveinent touché; car il y a des personnes qui, ne sentant point de dévotion sensible envers l'humanité de Jésus- Christ, et lisant quelquefois sa passion sans attendrissaoïent et sans ferveiu*, s'imaginent qu'elles n'aiment pas Jésus-Christ, paice leur amour n'est pas accompagné de cette dévotion sensible ; mais si ces personnes ont une grande horreur de l'injustice et du péché, si elles aiment la justice et la loi de Dieu, si elle^la trouvent juste et sainte, si elles y obéissent avec amour, et qu'elles ne voulussent pas mémo pécher quand Dieu leur promettrait l'impunité, elles aiment véritablement Jésus-Christ comme Dieu, parce qu'il est cette justice, cette sagesse, cette loi éternelle qu'elles aiment. Il y en a, au contraire, qui ressentent quelquefois des mouvements sensibles pour Jésus-Christ, qui versent des larmes en lisant ce quHl a souffert pour nous, et qui néanmoins n'ont aucun véritable amour de Dieu, parce qu'ils n'aiment point la justice et le juge* ment, comme parle l'Écriture; qu'ils ne sont point pénétrés d^in certain sentiment qui fait trouver la loi de Dieu tout aimable et toute juste, et qui nous y soumet aveC amour.

Page 1