CHAPITRE IV
BéAexloss sur la prière de saint Paul : Seigneur, que wiutei-wm» guBjê/oeuf Première ré^exûm : Qa*il faut demander à Diea de connaître ses iwopres devoirs. Comment la connaissance des devoirs d*autmi nous peut devenir propre.
La répétition si fréquente que l'Église fait de la même prière, par laquelle on demande de connaître la volonté de Dieu , fait voir qu'il n'y en a point de plus importante. C'est pourquoi il est bon d'en bien, pénétrer le sens , et desavoir à quoi elle s'étend ; et c'est ce que nous pouvons apprendre de la manière dont saint Paul l'a exprimée, en disant: «Seigneur, que voulez-vous que je fasse?* Domine, quid me vis facere ? On y doit remarquer : 1® qu'il ne demande pas seulement à Dieu en général ce qu'il faut faire ; c'est ce qu'un chrétien est obligé de faire ; mais qu'il lui demande ce qu'il devait faire en particulier. Il ne désire pas seulement d'être instruit des devoirs communs, mais aussi de ses devoirs particuliers. Car il y a des lois de Dieu qui sont en quelque sorte générales, parce qu'elles doivent être observées par tout le monde, et il y en a de particulières qui dépendent de nos différentes dispositions. Chacun a son don de Dieu , et il faut prendre garde de ne pas vouloir le servir dans le don d'un autre. Dieu ne demande pas les mêmes choses à tous. Ce qui est vertu à l'un , peut être vice à un autre. Nous avons en quelque sorte chacun notre voie différente pour aller à Dieu , et il lui faut demander qu'il nous fasse connaître non seulement la voie commune, mais aussi cette voie qui nous est propre. Domine ^ quid me vis facere ?
Ainsi ces paroles prises en ce sens peuvent servir à nous préserver d'une illusion ordinaire aux personnes de piété,, qui est de méditer peu sur leurs propres obligations, et de s'appliquer beaucoup à celles des autres. Il y en a qui savent fort bien ce que doivent faire les rois, les grands, les maîtres, les serviteurs, les confesseurs, les pénitents, les riches, les pauvres, et qui ne savent pas ce cpi'ils doivent faire eui^-mémes. Ils appliquent tdut aux
autres, et rien à eux. Ils sont pleins de discours d'édification pour 'rinslruction d^autrui, et ils sont pauvres et stériles pour euxmêmes. C'est qu'ils ne demandent pas à Dieu sincèrement qu'il leur fasse connaître ce qu'il veut qu'ils fassent. Car une dos premières lumières que Dieu leur donnerait, ce serait qu'il veut qu'ils s'appliquent beau&up à eux , et peu aux autres : Quœ prœcepit tibi DeuSy cogita Ula semper'': • Pensez toujours à ce que Dieu vous commande, dit le Sage. Il ne nous reste donc point de temps pour penser à ce qu'il commande aux autres, à moins qu'il ne noas commande lui-même d'y penser, et que ces pensées mômes ne fassent une partie de nos devoirs, et ne nous servent à nous en acquitter plus fidèlement. Car il n'est pas absolument mauvais de méditer sur les obligations des difiPérentes conditions ; mais il n'en faut pas demeurer là, et il faut s'appliquer à soi-même ce que Ton aura découvert des devoirs des autres.
Pourvu que l'on ait cette vue, il n'y a presque point de réflexion sur les devoirs d'autrui qui nous soit interdite ; car il n'y a presque point de connaissance qui se rapporte tellement aux autres, qu'elle ne produise en nous quelque devoir et quelque obligation particulière, et que Ton ne pût réduire en pratique pour sa propre édification, si l'on avait le même soin de tirer du profit des richesses spirituelles qui passent par notre esprit, que les avares en ont de profiter des richesses temporelles qui leur passent par les mains.
Nous connaissons, par exemple, les dangers de l'état des grands, la multitude des devoirs dont ils sont chargés, les difficultés qu'ils ont à s'en acquitter : remercions Dieu de ne nous avoir pas fait nattre grands ; prions pour ceux qui le sont ; rendons grâces à I^ieu pour ceux qui s'acquittent de leurs devoirs ; admirons leur vertu; édifions-nous de leur ei^ple; humilions-nous en nous comparant à eux. Nous connailSons la difficulté de la vie des pi"^ : que cette pensée éteigne en nous tout désir d'un état si î^aut et si dangereux ; qu'elle nous porte à demander à Dieu qu'il donne des prêtres saints à son Église, et qu'il sanctifie ceux qui le sont. Nous avons quelque lumière pour reconnaître le relâchement de plusieurs monastères : que cela nous porte à en gémir devant I^ieu, et à entrer dans des sentiments de crainte , puisque ce sont autant de marques de la colère de Dieu sur i'Ëglise, dont nous devons craindre de ressentir les eflets, si nous n'avons soin de les prévenir par l'humiliation et la pénitence. Ainsi nous saurons
{B)Beek.,m,22,
Nnou, 7
pour nôUâ-fliétnôs tout ce que nous saurons pour les autres : et ces connaissances, au lieu de nous tirer hors de nous , serviront * au contraire à nous y rappeler.