CHAPITRE VI
Qu'il n'y a point d'exercice du matin plus naturel que de demander à Dlca qa'il nous fasae connaître et suivre sa volonté, et de régler par avance ses actions par ce que l'on en connaîtra. Que l'attention à cette volonté est le vrai exercice de la présence de Dieu.
Plusieurs personnes demandent des exercices de piété pour le matin , et plusieurs personnes en prescrivent , chacun suivant en cela ses lumières et les mouvements de sa piété. Mais il semble qu'il n'y en ait point de plus naturel ni de plus utile que de s'offrir à Dieu, comme saint Paul, pour accomplir sa volonté pendant le jour; de lui demander la grâce de la connaître ; de prévoir ses actions ; de les régler suivant les lumières qu'il nous donne, et de le prier de nous donner la force d'accomplir ce qu'il nous fait connaître de sa volonté ; car il ne faut pas se contenter de demander à Dieu en général qu'il nous éclaire sur nos devoirs, il le faut consulter sur chaque action particulière, et non-seulement sur l'extérieur des actions, mais aussi sur les dispositions intérieures, afin de tâcher, dans la suite du jour, de les pratiquer avec cet esprit et dans ces dispositions. C'est en cette manière que l'on observerait cet avis du Sage, de s'entretenir avec les préceptes de Dieu dèi son réveil : Et evigUans loquere cum eis '•
(a) Beele., m, 28. (b) Ps cxvïîi, 2, [e) /^,, 10, {d} Pnw.^ 3Si, 3, (*) f&.,vi,.82.
C'est proprement là Vidée que saint Augustin avait de la véritable piété. Et c'est pourquoi, nous voulant former celle d'un sage, c'est à-dire d'un vrai chrétien , il le représente par ces paroles : « Concevons, dit-il, dans notre esprit un homme sage , dont l'esprit est éclairé par la vérité étemelle et inmiuable, qui la œnsulte swr toutes ses actions , et qui n'en fait aucune qu'il ne voie dans cette vérité qu^U la doit faire, afin qu'en lui obéissant, et s'y soumettant, il agisse justement ". > Mais il ne faut pas s'imaginer qae ceox qui ne sont pas sages, c'est-à-dire ceux qui ne sont pas dans ce degré de perfection , ^ient dispensés par là de consulter cette loi; ils y sont aussi obligés que les plus sages ; et ce qui fait même qu'ils ne le sont pas, est qu'ils né la consultent point , et qu'ainsi il est impossible qu'ils agissent bien, puisque bien agir n'est autre chose qu'aimer cette loi , s'y soumettre et la suivre dans ses actions.
Mais il ne faut pas se contenter de consulter seulement la loi de Diea et sa justice au commencement du jour; il faut, autant qu'il est possible, ne la point perdre de vue; et surtout, dans toutes les nouvelles actions qui n'entrent pas dans l'ordre que l'on s'est prescrit, il est nécessaire de jeter un regard vers Dieu pour lui demander ce qu'il veut que nous fassions , et pour consulter sa loi snr la conduite (psi'il nous oblige d'y garder. C'est pourquoi il semble qu'on ne se puisse former une meilleure idée de la vie et de la piété chrétienne qu^en la considérant comme une vie d'attention continuelle à ce que Dieu demande de nous dans chaque état et dans chaque action, et extérieure et intérieure, et que c'est celte disposition que le prophète exprime , lorsqu'il dit : • Je regardais le Seigneur, et l'avais toujours présent devant mes yeux : ^ovidebam Dominum in conspectu meo semper *. Car ce regard vers Dieu est le regard d'un esclave vers son maître , et d'un fils vers son père, qui enferme un désir sincère de connaître tous ses ordres et une préparation de cœur à les suivre. C'est proprement cet exercice que l'on peut appeler l'exercice de la présence de Dieu, si recommandé dans les livres de dévotion. Enfin, c'est ce que Dieu même recommanda à Abraham en lui ordonnant de marcher en sa présienc^: Ambula coram me, et esto perfectus^; car marcher devant Dieu, et avoir Dieu présent, c'est consulter continuellement sa loi et se conduire par sa lumière , cette lumière et cette loi n'étant qu'une même chose.
(a) Ub. m, d€ Trin.t cap. ui^ q. a* (6) P«. vr. H, (c) Gfnètf, xm^ \
m DB LÀ SOUMISSION