CHAPITRE VIIL
Qu'il faut avoir égard à Tétat où Ton est dans Tesprit des autres pour les
contredire.
S'il faut avoir égard, comme je l'ai dit, à la qualité; à l'esprit et à Pétat des personnes quand il s'agit de les contredire, il eo faut encore plus avoir à soi-même et à Tétat où l'on est dans leur esprit ; car, puisqu'il ne faut combattre les opinions des autres que dans le dessein de leur procurer quelque avantage; il faut voir si l'on est en état d'y réussir, et comme ce ne peut être qu'en les persuadant, et qu'il n'y a que deux moyens de persuader, qui sont
(0) Scclet.^ I, 30.
Pautorité et la raison, il faut bien connaître ce que l'on peat par Pun et par l'autre.
Le plus faible est sans doute celui de la raison; et ceux qui n'ont que celui-là à employer n'en peuvent pas espérer un grand succès, la plupart des gens ne se conduisant que par autorité. C'est donc sur quoi il faut particulièrement s'examiner, et si nous sentons que nous n'ayons pas le crédit et l'estime nécessaire pour faire bien recevoir nos avertissements, nous devons croire ordinairement que Dieu nous dispense de dire ce que nous pensonç sur les choses qui nous paraissent blâmables, et que ce qu'il demande de nous en cette occasion c'est la retenue et le silence. En suivant une autre conduite, on ne fait que se décrier et se comniettre sans profiter à personne, et troubler la paix des autres et la sienne propre.
L'avis que Platon donne de ne prétendre réformer et établir, dans les républiques, que ce qu'on se sent en état de faire approuver à ceux qui les composent, tantum contendere in repubUca^ quantum prohare civibus tuis possis, ne regarde pas seulement les États, mais toutes les sociétés particulières ; et co n'est pas seulement la pensée d'un païen, mais une vérité et une règle chré' tienne qui a été enseignée par saint Augustin, comme absolupient nécessaire au gouvernement de l'Église ". « Le vrai pacifique, dit ce saint, est celui qui corrige ce qu'il peut des désordres, qu'il connaît, et qui, désapprouvant par une lumière équitable- ceux qu'il ne peut corriger, ne laisse pas de les' supporter avec une fermeté inébranlable. » Que si ce Père prescrit cette conduite à ceux mêmes qui sont chapgés du gouvernement de l'Église, et s'il veut que la paix soit leur principal objet et qu'ils tolèrent une infinité de choses de peur de la troubler, combien est-elle plus nécessaire à ceux qui ne sont chargés de rien et qui n'ont que l'obligation commune à tous les chrétiens de contribuer ce qu'ils peuvent au bien de leurs frères ?
Caricomme c'est une sédition dans un état politique d'en vouloir réformer les désordres, lorsqu'on n'y est pas dans un rang qui en donne le droit ; c'est aussi une sédition dans les sociétés, lorsque les particuliers qui n'y ont pas d'autorité s'élèvent contre les seiltiments qui y sont établis, et que par leur 'opposition ils troublent la paix de tout ce corps, ce qui ne se doit néanmoins entendre que des désordres qu'on doit tolérer, et qui ne sont pas
(a) De Sirm, Dom, in Mont,, 1. J, c. xx, n. 63.
tu DES MOTEMS Dfi OONSBRYSH
si tsoDsidéftUes que le trouble qn» Ton causerait en s'y o^yposatit ; car il y en a de tels, qu'il est absolument nécessaire aux .particuliers oiéiiies de s'y opposer ; mais ce n'est pas de ceux-là dont DOtts parions présontement.