‹ Œuvres philosophiques et morales de NicoleChapitre 94 sur 196 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Qu'il ftiut respecter les hcmimes, et ne regarder pas cbnune dure l*obligatioB qae Ton a de les ménager. Que c'est un Uea de n'avoir ai aatoritë ni créance.

Mais il ne suffît pas de ménager les hommes, il les faut encore respecter, n'y ayant rien qui nous puisse plus éloigner de les blesser que ce respect intérieur que nous aurons pour eux. Les serviteurs n'ont point de peine à ne pas contredire leurs maîtres, ni les courtisans à ne point choquer les rois, parce que la disposition intérieure d'assujettissement où ils sont apaise Taigreur de leurs sentiments et règle insensiblement leurs paroles. Nous serions au même état à l'égard de tous les chrétiens si nous les regardions tous comme nos supérieurs et copme nos maîtres^ ainsi

(a) Sceîes.f mi, 33.

que saint Paul nous l'ordonne; si nous considérions Jésus-Christ en eux*; si nous nous souvenions quMl les a mis en sa place, et si, au lieu d'appliquer notre esprit à leurs défauts, nous nous appliquions aux sujets que nous avons de les estimer et de les préférer à nous.

; Surtout il faut tâcher de ne pas regarder cette obligation au silence, à la retenue, à la modestie dans les paroles, comme tine nécessité dure et fâcheuse ; mais dé la considéi*er, au contraire, comme heureuse, favorable et avantageuse, parce qu'il n'y a rien de plus propre à nous tenir dans l'humilité, qui est le plus grand bonheur des chrétiens. C'est ce qui nou&doit rendre aimable tout ce qui nous y engage, comme, par exemple, le manque d'autorité et tous les défauts naturels qui l'attirent ; car il est vrai d'une part que ceux qui n'ont pas d'autorité ni de créance sont obligés de parler avec plus de modestie et plus d'égards que les autres, quelque science et quelque lumière qu'ils aient ; mais il vrai aussi qu'ils s'en doivent tenir beaucoup plus heureux.

Car ce n'est pas un petit danger que d'être maître des esprits et de leur donner le branle et les impressions que l'on veut, parce qu'il arrive de là qu'on leur communique toutes les faussetés*dont on est 'prévenu et tous les jugements téméraires que Ton forme. Au lieu que ceux qui ne sont pas en cet état sont exempts de ce péril, et que, s'ils se trompent, ils ne se trompent que pour eux et n'ont point à répondre pour les autres. Ils ne voient point de plus dans ceux qui les environnent ces jugements avantageux à leur égard, qui sont la plus grande nourriture de la vanité. Et comme les hommes s'attachent peu à eux, ils en sont moins portés . à s'attacher eux-mêmes aux hommes, et ils ont plus de facilité à ne regarder que Dieu dans leurs actions.

Ce n'est pas qu'il faille rechercher directement cette privation d'autorité et de créahce, et que nous n'ayons sujet de nous humilier quand c'est par nos- défauts que nous l'avons attirée. Mais de quelque sorte qu'elle arrive, si nous ne sommes pas obligés d'en aimer la cause, il faut pourtant reconnaître que les effets en sont favorables, puisque cet état nous retranche cette nourriture de l'orgueil, qu'il nous exempte de prendre part à beaucoup de choses dangereuses , et que, nous obligeant à une extrême modération dans les paroles, il nous met à couvert d'une infinité de périls. Il est vrai qu'il* nous prive aussi du bien d'édifier les autres.

{a) Philip,^ II, 3.

Mais, comme Dieu, nous a chargés plus particulièrement de notre salât que de celui de nos frères, il semble qu'il y ait plus de sujet de désirer cet état que de s'en affliger, et que ceux qui y sont réduiu, de quelque manière que cela soit arrivé, ont raison.de dire à Dieu avec confiance et avec, joie : « Il m'est bon que vous m'ayez humilié, afin que j'apprenne vos ordoidiances pleines de justice ; » bonum mihi quia hu/mûiasH me, uidiscamjustificationes tuas.

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