PHYSIQUE, ET DE SES SIGNES DANS LE MORAL
COMMENT NOUS GONGEYONS UNE SIMPLE CAPACITÉ d'affections SANS PERSONNALITE.
Gette espèce de mode élémentaire, que je désignerai ici SOUS le titre à' affection simple , se trouve •hors des limites de la faculté aperceptwe^ reconnue par Locke pour la seule caractéristique de ce qui appartient en propre au sujet pensant. Ce n'est pas la sensation g^/î^ra^nce que Condillac suppose complète dès l'origine ; ni celle qui se trouve essentiellement revêtue des formes du temps ou de tespacCy attribuées par Kant à la sensibilité pure.
Ce qui distingue au contraire l'espèce de mode simple dont il s'agit ici , c'est précisément l'absence complète de toute forme personnelle de temps ^ comme de relation à V espace; d'où il résulte que Y affection, élevée d'un degré au-dessus de l'impi'ession purement organique , demeure encore au-dessous de la sensation et de Videe^ et ne saurait s'élever d'dlé-méme à cette hauteur.
En employant le terme commun affectibilité ^
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nous ne voulons pas seulement exprimer par là un mode partiel pris en abstrajction , mais de plus une manière d'exister positive et complète dans son genre, dont une multitude d'êtres organisés vivants peut nous fçurnir le modèle.
Pour concevoir un pareil modèle , ou en retrouver l'empreinte , peut-être ne serait-il pas nécessaire de sortir entièrement de soi^ ou de se transporter à l'entrée de la vie , en rétrogradant vers cette forme simple d'existence d'où tout souvenir se trouve exclu. Il suffirait sans doute de faire quelque retour sur cette partie de nous-mêmes, qui, demeurant encore presque tout entière sous la loi de l'instinct, présente l'image d'une sorte de simplicité native ^ dont nous nous trouvons si loin dans l'exercice et le développement complet des facultés d'un autre ordre. Il pourrait suffire de considérer ces états ou modes divers d'une sensibilité intérieure, qui, soit obscure et latente, soit violemment irritée, exclut encore toute perception directe..
Nous pourrions retrouver enfin le type réel d'un tel mode d'existence, si, nous plaçant dans le point de vue de Condillac (i), nous parvenions à nous dépouiller complètement du sentiment actuel de noire personnalité, pour nous mettre à la place d'un être purement sensitif , devenant toutes ses modifications, et absolument identifié avec elles; si nous
r (1) Voyez le premier chapitre du Traité des sensations.
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pouvions, dis-je, nous rabaisser à la place d'un tel être, par \ affection immédiate^ sans l'élever jusqu'à la nôtre par la pensée.
Mais si nous ne pouvons ainsi nous dépouiller de nous-mêmes, ni transporter hors de nous aucune nuance de vie ou de sensibilité, sans y transporter aussi notre moiy sans animer de notre âme l'être individuel conçu comme sujet ^attribution de quelque mode semblable à l'un des plus obscurs que nous puissions éprouver, nous n'en sommes pas' moins fondés à induire de notre expérience même la plus intime, que cette conscience de moi^ actuellement inhérente à diverses impressions ou modifications de notre sensibilité, ne s'y joint pas toujours de la même manière, ne s'y combine pas dans tous les cas aussi étroitement, mais y adhère, pour ainsi dire, avec différents degrés d'intimité. Or, la notation seule de ces différences, et la recherche des causes ou des circonstances qui peuvent s'y rapporter, suffiraient peut-être pour signaler une sorte de modes encore phis^simples qu'aucun de ceux qui se trouvent ordinairement compris sous le titre général sensation j en reculant ainsi le point de départ actuel de \ analyse des sensations et des idées.
Dans des temps très^loignés de nous , et qui précédèrent de beaucoup l'époque de la réformatipn des sciences naturelles, des observateurs de l'homme, commençant à embrasser déjà le système général de ses facultés, et voulant différencier les rapports