DOUTES SUR L'AN£TS£ PHYSIOLOGIQUE DE LA SENSATION
Dans les expériences tentées sur différents êtres vivants , pour déterminer physiologiquement les degrés relatifs Ôl irritabilité et de sensibilité de leurs divers organes, on a observé tantôt que la partie irritée répond seule à l'action du stimulus ^ sans que l'a/iima/ semble y participer ; tantôt, au contraire, que la plus légère impression faite sur une extrémité nerveuse, provoque une agitation générale, et
PE LA PBNS]éE. l5l
tous ks signes apparents de la plus vive sensibilité.
Dans le premier cas, on dit que c'est l'organe même qui sent l'impression : aussi cette espèce de sensation est-elle appelée organique (i), titre tout hypothétique, fondé sur des signes étrangers, et souvent illusoires.
Quant au second cas, la sensation est très-bien caractérisée sous le nom à^ animale , titre réel, qui, fondé à son tour sur plusieurs signes sympathiques immédiats, l'est plus particulièrement, dans le point de vue physiologique , sur des mouvements coordonnés, qui supposent la participation complète des systèmes sensitif et moteur, et l'influence directe du centre commun où ils se rattachent. •
On conclut des expériences physiologiques répétées et variées de plusieurs manières, que toute impression ainsi transmise jusqu'au centre cérébral, par les ner& qui y aboutissent , revêt , pour ainsi dire, ce caractère individuel qui la constitue sensation animale^ identique par Thypothèse avec la perception , et inséparable de la conscience.
Mais comme la même impression , qui est à présent élevée au rang d'animale, eût pu demeurer organique, si elle n'avait pas eu le degré de force, ou, comme on dit, la dose nécessaire pour être transmise au centre, il s'ensuit que les deux espèces de sensations ne se réfèrent point, comme on le
(1) Voyez le Traité sur la vie et la mort
iSa DE LA DECOMPOSITION
suppose 9 à deux sortes de propriétés différentes , mais bien à une seule fonction nécessairement or^anique dans tous ses degrés. D'où l'on pourrait induire que la participation de conscience individuelle qui devait fonder le titre propre d'une division , et le caractère très-distinctif d'une classe de sensations, est elle-même susceptible d'autant de nuabces qu'il peut y en avoir dans une même impression élevée progressivement du degré qui la constituait organique^ à celui où elle devient animale : si bien qu'il est tout à fait impossible d'assigner le point où l'une commence et où l'antre finit; et qu'il n'y a pas de raison pour priver de quelques degrés obscurs de sensation quelconque la plus simple fibre vivante , le dernier atome de matière organique... Mais ne renverse-t-on pas ainsi dans \efond toutes les divisions artificielles qu'on établit dans Informe?
D'ailleurs, l'hypothèse d'une transmission au centre, prise pour condition unique de la sensation animale, identifiée avec la perception, est-elle un résultat bien avéré de l'expérience et suffisamment justifiée par les faits physiologiques les plus constants ? Peut-elle se concilier surtout avec les faits d'observation intérieure ? Car il faut bien aussi la soumettre à cette sorte de critère, puisqu'il s'agit du phénomène complet de la perception, tel qu'il se réalise en nous-mêmes dans re:^ercice complet de nos sens les plus divers.
i"" Sans vouloir trop invSÎster §ur une discussion
DE LA P£IISB£. l53
purement physiologique, et qui d'ailleurs passerait mSt portée, j'observerai, d'après des maîtres dont l'autorité est ici d'un grand poids, qu'il n'est point prouvé que la communication directe avec le cerveau, par la continuité des nerfs, soit une condition nécessaire et exclusive, pour que les impressions faites sur un organe deviennent affectives dans ce degré qui les constitue animales. On ne peut induire autre chose de ce qui se j^asse dans la section ou la ligatupe des nerfs cérébraux, sinon la nécessité de correspondance sympathique , ou d'intégrité de toutes les parties du même système, pom* que l'impression faite sur Tune s'étende , par consensus ^ à toutes les autres , et affecte réellement toute la combinaison vivante, \ animal. On sait, d'ailleurs, qu'une multitude d'êtres organisés, privés de cerveau ou d'un centre unique de sensation, donnent pourtant des signes non équivoques de susceptibilité aux impressions. Enfin, il est certain que nos affections les plus vives, et celles que l'on pourrait le plus justement caratîtériser animales y ont leur siège dans des organes internes qui n'ont point de communication directe avec le cerveau (i). D'où je croirais pouvoir conclure que la sensibilité animale , considérée comme une simple capacité qu'a l'être vivant pour recevoir des impressions et en être affecté immédia-
(1) Voyez encore, dansFouvrage de Bichat, la note sur les ganglions et sur le système nerveux de la vie organique»
l54 I>£ L^ J)i€OHPaSITION
tement, c'est-à-dire pâtir^ douleur ou plaisir ^ ne dépend point, comme condition exclusive y de la transmission à up centre unique. Si Fcm reconnaît donc une fonction perceptive où ce centre joue un rôle âfc^essentiely il faudra aussi admettre quelque chose de plus dans la perception que dans la sen^ saiion animale , au lieu de les confondre Tune et l'autre sous le même titre , et de les prendre seulement pour des degrés différents d'une seule et même propriété organique (i).
a* L'observation intérieure nous apprend, que percevoir une impression en la rapportant à un siège ou à un objet, et surtout en l'attribuant à cette force ou puissance de moi, qui peut concourir à la produire; et d une autre part, en être vivement affecté, au point de \a det^enir suivant l'expression ingénieuse de Condillac, sont deux manières d'être ou de sentir, qui ne diffèrent pas seulement du plus au
(1) J'ai pris à dessein la division de Bichat pour exemple des difûcultés qui me paraissent pouvoir être élevées contre la plupart des systèmes physiologiques , parce que cette première division se trouve plus près d'un point de vue où je m'étais placé moi-même, lorsque je commençai à m'occuper de l'influence de Vhàbitude, sujet proposé en l'an viii , par la seconde classe de l'Institut na- . tional, et qui , remis en l'an ix, donna lieu au mémoire qui fut couronné en l'an x , et publié la même année. J'étais parvenu dèslors de mon côté , et par un autre ordre de considérations ^ à des résultats très-analogues à ceux que je trouvai ensuite avec plaisir consignés dans le Traité mr la vie et sur la mort. J'observerai maintenant que Bichat semblait être conduit , par la manière même dont il envisageait les phénomènes des deux vies , à scinder , pour ainsi dire y la classe unique de sensation animale en deux parties ,
moins j ou par le degré, mais qui de plus sont op« posées y et quelquefois exclusives l'une de l'autre. Souvent une sensation/?erfttedans tel degré modéré, n'a qu'à s'accroître ou s'aviver un peu plus pour cesser de l'être, en absorbant, pour ainsi dire, tout sentiment de moi. Ainsi, plus elle est éminemment animale dans ses conditioi» supposées , moins elle est perceptible dans son caractère réel. Plusieurs impressions peuvent passer de cette manière par divers degrés de vivacité ou de faiblesse, et se trans^former, suivant les titres convenus, d* organiques. en animales, sans être jamais liées à aucune aperception intérieure ; d'autres, au contraire, ne sauraient avoir lieu à aucun degré , sans être perçues ou accompagnées d'une conscience actuelle ou toujours possible. L'observation prouve que les premières ayant leur s^ége dans des organes purement impres-» sionnables , placés hors de toute influence du c^
dont l'une pouvait se rapporter encore à une vie organique ou intérieure; tandis que l'autre aurait eu tout son fondement dans la vie de relation ou de conscience. S'il eût voulu alors conserver le titre générique sensations y il eût fallu, je crois, en reconnaître trois espèces analogues aux trois sortes de contractilité : la première aurait compris les sensations organiques ; la seconde , les sensations animtdes> Là eût fini le domaine propre de la physiologie, et commencé celui d'une analyse philosophique et réfléchie, qui aurait signalé dans cette source les premiers éléments , et comme la matière d'un troisième ordre plus élevé de sensations ou de perceptions proprement dites. Il me semble qu'il pouvait ressorthr de là un moyen de fixer les limites de deux sciences qui sont faites pour s'entendre , mais non pour se confondre.
l56 DE lA DéCOMPOSmON
tre tf où, irradie Faction d'une volonté motrice, se rapportent surtout à l'appétit ou aux fonctions nutritives, pendant que les autres, essentiellement activées par la volonté , mettent l'individu en rapport de connaissance et avec les objets étrangers , et avec une force intérieure qui devient consciente ou se réfléchit dans ses actes propres. Ces dernières sensationsj si l'on veut leur conserver ce titre, n'ont-elles donc pas quelque chose d' hyper-organique dans leur caractère, ou de sur^animal dans leurs effets? Peut-on les ranger avec' les autres dans une même classe , les rapporter aux mêmes conditions ou propriétés ? ,
Ici^ je crois voir une lacune importante dans les divisions physiologiques le plus généralement adoptées, et un premier fait, qui, échappant par sa nature à toutes les explications, pourrait du moins, ce me semble , être circonscrit dans ses conditions instrumentales propres, s'il n'était trop souvent identifié avec des phénomènes d'un autre ordre : c'est ce que nous tacherons de vérifier par la suite.
Concluons, en attendant, de ce qui précède, que le caractère principal sous lequel on nous représente la sensation animale^ depuis son degré le plus bas jusqu'au plus élevé ; l'analyse que l'on fait des circonstances , des produits , des instruments et des signes , qui manifestent également le résultat d'une capacité affective dans les différents êtres organisés soumis aux expériences , concourent à prouver que
DE LA PENSÉS. l57
la distinction annoncée entre \ affection simple, et la sensation jointe à la conscience individuelle, peut se fonder sur quelque chose de plus réel qu'une précision métaphysique. L'expérience et l'observation physiologique semblent se joindre au sentiment intime immédiat, pour circonscrire à noâ yeux les limites d'un de ces éléments : leur insufBsance pour atteindre l'autre nous apprendra qu'il doit être observé et conçu sous un autre point de vue. Mais cherchons encore d'autres moyens de signaler le premier élément dans sa simplicité , et, autaùt qu'il nous sera possible, dans son isolation. En marquant les contours de l'ombre, préparons-nous à distin-' guer le point où commence la lumière.
BIVEBS SIGNBS AUXQUBIS NOUS POUVONS HECONNÂITBB UN BTAT PUBBMENT AFFBGÏIF.
( I. Affections immédiates constitutlYes du tempérament organique.)
Nous l'avons déjà dit : l'homme peut commencer à sentir j assez longtemps avant d'apercevoir et de connaître^ il vit dans les premiers temps en ignorant sa vie (yiç^it et est vitœ nescius ipse suce). Cette existence toute sensitive , ces appétits , ces penchants , qu'on observe dans l'individu naissant, toutes ces déterminations que nous rapportons vaguement à
l68 VE hÂ. 0«OOli(PO|UTION
Yinstmct (ne poaTant las attribuar à la M>urce de toute éi^idenc€ immédiate » au seutiment intime de ce qui est ai nous ou de nom)\ ces premières déter«^ mînatioDf ^ dis-je, effectuées et conçues hors du vouloir e^à^ la prisée , ne peuvent avoir reçu leur empreinte, ni se reproduire, par suite, sous la forme intellectuelle de souvenirs ou de réminis^ cence.
. Cette nullité de souvenir, attachée, dans notre expérience même, aux affectons les plus vives de la sensibiUté interne ou externe , est une des marques caractéristiques de tout mode affectif parfaitement simple {smiplex in vitalitate); et d'une sorte de matière affective, séparée ou séparahle, de toute forme personnelle ^e temps ^ aussi bien que d'e^paçe.
L'ensemble des déterminations que Ton est fondé à com{u*endre ainsi sous le uom d* instinct, ne se borne point au premier âge de la vie humaine. La sphère dans laquelle cette puissance aveugle continue à s'exercer , loin de se circonscrire , peut prendre au contraire plus d'extension en se rejoignant , dans plusieurs points , à celle de nos habitudes ; mais au-delà, il y a encore ime sphère à! activité propre à l'homme devenu double ( duplex in hwmanitate) (i). Ce n'est point une seule force, une
(1) La sphère de l'instinct et celle des habitudes paraissent bien réellement envelopper l'animal tout entier. L'homme seul est doué
DE LA PfiirSÉE. 169
seule vertu sentante, qui peut produire de^ effets si souvent contraires et opposés. Elles sont deux qui, sans se transformer Tune dans l'autre , agissait an* semble; chacune (kns son domaiii», conspirent ^
d'une puissance qui tend nécessairement à le faire sortir de ce cercle à mesure qu'il s'agrandit, pour envelopper aussi toutes ses facultés acquises. Cet attrSkit , qui est le fondement de toute perfectibilité, est assez important pour qu'on doive en chercher les condijtiops» et le rapporter à sa source.
Quant à la distinction établie ici entre la force d'organisation vivante qui «st le principe des déterminations de Yitistincl , et une autre force (consciente) de locomotion volontaire ; s'il m'était permis de recourir à des comparaisons propres à rendre cette distinction un peu plus probable , je la rappvœharais de celle que les physiciens admettent entre les deux forces d'attraction et dHmpvisipn iangenlieUe dont le concours, réglé suivant des lois éternelles, détermine la forme constante des orbites , et Tordre harmonique des mouvements planétaires : je 1^ comparerais encore à celle que les phénomènes établissent entre Fattraction qui agite les masses , et la force d'affinité qui , agissant sourdement sur les éléments de la matière , en transforme sans œsse les composés , et amène tant de révolutions successives sur la surface ou dans la profondeur du globe. La diversité de ces phénomènes physiques ou celle des lois auxquelles ils obéissent, ne permet pas de les rapporter à une seule cause ou force. Les phénomènes de la vie , du sentiment et de la pensée, seraient-ils plus susceptibles d'une telle réduction ? et si la dynamique des corps bruts n'a pu se plier encore à l'unité systématique de force mouvante , la dynamique des êtres sensibles et intelligents s'y ploierait-elle davantage? Les distinctions positives qu'indiquent dans le premier cas l'éxpërienoe et le calcul , ne res- SMtiraient-eHes pas également de l'observation intérieure , ou de la réflexion? Au surplus , if s'agira moms pour nous de l'identité ou de la diversité des causes premières ( a: , y ), que de cette distinction réelle que le sens intime établit entre nos actions etnos passions , entre les modes où la volonté est cause , et ceux où la sensation est effet ; puisque c'est ce même sentiment de causalité ou de force propre individuelle qui devient selon nous le type de toutes cont)^ioii8 de forces étrangères.
l6o DE LA. DÉCOMPOSITION
s'opposent, luttent et triomphent, tour à tour. Qui de nous n'est pas , à chaque instant, acteur et témoin de telles scènes intérieures?
<c II n'est pas ime seule des partiesde notre corps (dit Montaigne, spectateur si assidu et si judicieux de pareilles scènes), qui souvent ne s'exerce contre notre volonté ; elles ont chacune leurs passions propres y qui les éveillent ou les endorment sans notre congé. »
Nou)5 pouvons reconnaître le caractère des affections simples, ou les résultats les plus immédiats d'une propriété sensitive, dans ces passions partielles dont parle si énergiquement l'auteur des Essais ; dans ces appétits brusques d'un organe particulier, tel que YestomaCj \t sixième sens, etc., dont l'influence, croissant quelquefois par degrés , finit par absorber tout sentiment de moi, et entraîner, à son insu, tous les mouvements ou actes devenus alors comme automatiques. C'est là qu'on pourrait reconnaître des sensations vraiment animales.
Du concours plus modéré de ces impressions immédiates, produites dans des organes qui s'afifectent réciproquement par consensus, ressort le mode fondamental et absolu d'une existence sensitive, qui ne peut être dit ou conçu simple qu*k Yinstar d'une résultante de forces multiples et variables à chaque instant (i). Il n'est point la conscience, car il ne se
(1) Leibnitz reproche à Locke d'avoir regardé coaime simples les premières idées de la sensation ; elles ne nous paraissent sim-
i>e LA PBirSBB. l6l
sait pas y ne s'éckire p^ lui-inésie ; et pendant qu'il change bu meurt incessamment , pour ne plus re* naître 9 il y a quelque chose qui reste , et qui le sait. Les modes fugitifs d'une telle existence^ tantèt heureuse, tantôt funeste, se succèdent, se poussent comme des ondes mobiles dans le torrent d^e la vie. Ainsi nous <few/io/w, sant^ autre cause étrangère à de simples dispositions affectives sur lesquelles tout retour nous est interdit, alternativement tristes oh enjoués, agités ou calmes, froids ou ardents, timides ou courageux, craintifs ou pleins d'espérances. Chaque âge de la vie, chaque saison dé l'année^ quelr quefois chacune des heures du jour (i) voient contraster ces modes intimes de notre être sensitif : ils ressortent pour l'observateur qui les saisit à certains signes sympathiques; mais placés, par leur nature et leur intimité méme^ hors du champ de la perception, ils échappent au sujet pensant, par l'effort
pies, dtt*il, que parce qu'elles sont eof^uses , et plus noos pénétrerions dans une de. nos sensations, plus nous y découvririons d'éléments. La sensation dont parle ici Leibhit2 , n'est point ce que Iiocke entendait pm* idée de sensation : le premier considère la sensatipn hors du sujet pensant, le second ne l'envisage que dans son rapport actuel, à Tapperception du moi, comme l'exprime assez le mot idée. Le reprodie n'est donc point foâdé ; et le mesentendu ne tient qu'à Texpression. Rien die plus coQimun que eu sortes de mésentendus parmi les métaphysiciens, surtout lorsqu'ils emploient le même signe pour exprimer la cause extérieure de l'impression , le jeu de Torgane , ou son résultat affectif immédiat, et l'apperception du moi.
(1) Quod cixU muiaiur in horas iemperies ^ hominwin simul quoque pectora miitant
ïïén DE &4 iMfceoifPOdmoN
méne'qiiHl fevait poor les ^ér. Ausai kr psir^e de iioiw«ii^Mes mv laqudle ikhis sentmaS' le plus^Meii^ ^ég^ e6t>alle l'emmaUe de c€» affections* iiamédiates qoi i^alteiit dit tempéreuneiU j dmit ce que nous ACMraMNis noiS'e' oa^acêèm n'^st que la phyêifh' momie (i)f eel^ phy^onomie n'a point de mir^r qui la réfléduisse à ses propres yeux* . .
De telles dispositions af^tives, associant leurs produits inaperçus à Tex^fx^ice des s^is et de la pensée, ifnprègfiieiit toujours les choses ou les images de couleurs qui semblent leur être propres. C'est la réfrckction morale qui nous montre la nature, tantôt soucf un aspect riant et gracieux, tantôt couverte d'un voile funèbre qui nous fait trouver dans les mêmes objets^, tantôt dîes motifs d'espérance et d'a^ mour, tantôt des sujets de haïr et de craindre. Ainsi se trouve cachée, dans des dispositions secrètes, la source de presque tout le charme ou le dégoût attaché aux divers instants de notre vie : nous la porf»ns on iM>Ms«mémes cette scMirc^ la plus réelle de* biens et de maux, et nous accusons le sort, ou nous élevons de» autels à la fortune ! ..* £t qu'importe en effet que cette puissance inconnue soit en nous ou hors de noua? n'est-ce pas toujours le fatum qui nous poursuit?... Osons le dire-, il n'est point au pouvoir de la philosophie, de la vertu même, toute
(1) JU m^mUre^ dit h t aroM i eBi eBt Biohi^ ^ êsi la ph^mwmie du tempérament
pois^Aiîte 4^9'^ 6fit Mr les «oiidm et les paniées lie rbomme da iiieo^ é% nnéer auom^ 4e42as a£ftet tiom 9,m9hk$ qui Feiicl^^4ii dotmle ^lyëmeiit imi médiat de rrattfeenee, ni de dianger o«b dlipaat» tiona funestôSy qui la rendant pàiibk et f^eliqpiât fois i»flttpfM>t4able (i)« Six 1 la v#rtu même »'âitr«Uâ pas daufi cet hdureux et ineffable aentimqit de l'exiflh t^ice, aperçu, dmiblê pa? la réflaucm, et le «chiiv venir de toutes les acftîoM gr^fides ^ gém^Nmses 4X^ faÎQp«eilkiita8|/doiit il ert rûfttanisahle sonroe^ Aiit mons 9 félicitons l'homme de bien ; mais défdomfMl le sort du tnéchant, malheureux par les impressions direotes^uHl souÉre, malheureux pftp le «euvtnir et par la prévoyance (2) !...
cfis imjpres^ipps heprepse^, ou l'état prgfi^î^e q^\ liij poïrps^p4^ comiQe à guérir ces sensations funestes qui sont bien de véritables maladies , les herames qui posséderaient cet ^ pré«ieiix serafoat )6« pr^BÛEr/B biepiaiteurs.de l'espèce, l^^ ^kdble^ ciiffffM^tWVf du souverain iien , de la sagesse , et , je le répète , de la vertu même» si l'on 'pouvait appeler vertueux celui qui seraft toujours bon ganâ e£fort,pai6ipi'il semit toujours 09lme et bearewE.^i'Ml. cette «é-< rite sentie, que J.-J. Epusseau avait puisée daas rQbçeryatipn.âe lui-même , et à laquelle il revient souvent avec une si grande force de persuasion. G^«8t bien aussi une vérité de sentmqent pour IM|I Ifis bopimes qui , doués d'uue organis^tioa'assçf àgiie^^v^ i\^ toujours près de ces affections immédiates, opt en même temps assez de fQree pour se mettre en quelque sorte bon» d'elles. Il y ii wii&t% pQiyr auK, d^ai eet.état, un certain ç))2M?ne Q^^$pU|{eiiY ^ les étudier , à suivre leur marche jusque dans les afflictions et les chagrins ; tantôt à se mettre à la place d'un témoin compatissant à 868 mmsi , taotât à «Qvi^ag^ de sàagt&oid l'eoii^^^i (ill^^iâwr, ^ k 86 pteer^ hai4 ipa fi«3 ^qp m paiiMM.pta^ «itaMaet,..,. (2) Nous verrons, dans la suite , comment ces simples diWNi'
l64 DE LA l>éGOMPOSmON
Sous la loi de rin^inct, dams les appétits siniples, les penchants et les besoins primili& de l'organisme^ rétre sensitif âfa^/ia/i^ toutes ses affections ou iden* tifié avec elles, pâtit donc immédiatement le bon* heur ou le malheur d'être; si l'intdligence déve^ loppée assiste comme témoin ^ ces scènes intérieures^ elle est trop souvent impuissante pour en distraire ou en arrêter le cours; ce n'est point là non plus qoe la volonté exerce un empire , qui ne saurait s'étendre au-delà de certaines Umites -que lui assigna la nature.
(H. Des sign^ d'oD état affectif pris dans le sommeil.)
Dans le sommeil ou l'inaction complète des sens externes , et même de l'organe central de l'imagination , les organes intérieurs prennent souvent ce surcroît d'activité qui fait prédominer les impressions immédiates dont ils sont les sièges, et convertit ces impressions organiques dans de véritables sensations animales. L'être sensitif peut alors être déterminé à divers actes ou mouvements très-coordonnés, qui se proportionnent nécessairement à la nature des affections qu'il éprouve, et sont pour l'observateur étranger des signes de ces dernières ; peadant que le moiy ou la personne absente, ignore complè-
tloffls affectives peuvent modifier Texerctee des facultés intellectuelles , ei ecNMiposer le fonds 4e toutes les passkms mirées de l'agent moral.
0E LA PBUSÉE. l65
tement ce que Torganisation éprouve : un tel état ne diffère guère sans doute de la simplicité natii^e^
Lors même que le sens interne de l'imagination , excité par ces impressions qui lui parviennent durant le sommeil y entre sympathiquement en action, les images qu'il produit se succédant, se combinant de mille manières bizarres, demeurent étrangères à la pensée. Le sentiment de personnalité identique, et par suite la forme du temps j la réminiscence y ne se joignent point à ces productions spontanées et irrégulières du cerveau,. et les images sont dans ce centre comme les affections immédiates dans les organes qui correspondent avec lui : ce sont )à des éléments de même nature. •
C'est cette absence de sentiment personnel et aussi la suspension momentanée des conditions particulières auxquelles il se lie, qui fait le véritable sommeil de \ être pensant; car il n'y a de sommeil complet pour l'être sensitifqae dans la mort ab^ salue. Le principe qui entretient la vie et Faffectibilité dans les organes, veille sans cesse {activé excuhias agit ) ; il parcourt ensemble ou successivement et dans un ordre déterminé par la nature ou les habitudes, toutes les parties de son domaine qui s'éveillent ainsi , ou s'endprment tour à tour. Mais X animal peut être assoupi, paidant que plusieurs organes sont éveillés ; l'animal peut s'éveiller aussi, pendant que la pensée et le moi sommeillent encore. Il ne serait pas impossible d'observer ces
105 DE LA. BiôOM^OilTlON
gt^àdatioiîB , til pcttt-éti^, ett 1^ rappôflaftl à teut^ éatises organiques, d'expliquer ainsi une partie de« effets si surprenants du somnambulisme.
Les phéhomène^ du soiutneil, étudiés dans la ma* ïàètè successive dont ils s'enchatuent : l'etagourdto- ^thent t)à touibent diters sens les uns après tes autres, depuis l'ittstîsint où la volonté cessant d'agir, l'aperception et la conscience cessent avec elle, jusqu'à celui où tous les organes extérieurs sont com»plètement endormis ; et dans un ordre inverse , de* puis le réveil commencé- dans chaque s»s en particulier, jusqu'à ce que le moi redevienne prient à iui^néttie par la plénitude des fonctions qui le constituent; la nature des songes qui surviennent dtoft un sommeil plus ou moins profond ; les véritables produits de l'intelligence qui, perçant quelquefois dans ce vague obscur des images, leur iMpriment le caractère d'une réminiscence impars £aâte (t)^»... Tous ces phtoomènes, dis^je, jmnis à
fl) flbos IM« stiE!q^MiOQSi|^lq4]«foi8, peoiktit la veille , dbas certàÎDsétats^rtieulierSy qui nous semblent se rap|;K)rter confusément à quelque mode d'une existence antérieure ,' quoique nous àe laissions les j lier pat un acte exprès de réminiscence : <e soat p e i rt éfc ro d'aneisns smt^ê reproduits dans la veiUe par suite d'un état organique semblable à celui qui les détermina en premfet lieu.
lM«m |0B feis<^ iâ fiDMa a^issaiile et ptnmn^VL'tL pris auoiwia pifft à uoe modification ou ime image, ceUe-ci se trouve bien perdue à jamais peur le mun^ et hors du sùuveiinr proprement dit , qM^u'elle ptiitee revivre , dans le centre organiq^ die rknagîini-
9£ lA WmSÉM, iG^.
l'obeervalicm de ce qui se passe d'iuae manière sa» kign» léMM dîver» élats ner^enx^ léthai^iq^es, cata* kptMfiiefi, leift extatiques, lorsque leor invasion est aussi graduelle |ou successive, u^ fiaraiMent très* ^(ipres à &ire ressortir k caractère simple de ces alfoctic»8 ou ima^ que Bu£bn appdk maténkiies^ et à faire pressentir mi€Omposé daas la percepci<m^ qui doitaënietlre u» ètéaueiit de (dus*
(ill. Àatmioitoesd^D état yvpenent affitfoitf dans ifes cas 4'âMénation mentale.)
Quelle que soit la cause qui suspende îa fonction perceptive dans ses conditions, ou son mobile propre, les impressions peuvent être reçues, Fanimal peut être affecté et se mouvoir en conséquence; mais le moî n'y est pas, la conscience est envelop-
ramené dans le cercle des mêmes images ; et c'est ainsi que Texistenee sansîlive ou physique se compose d'une suite de œsdes transitoires eu d'états, dont Tun quelconque a sa mson suffisanii dans celui qui le précède , en remontant par cette chaîne d'effets passUs jusqu'aux premiers développements du ferme «i^anisé' Mas k sens k^kae nous permet-il de crdii^e qu# les aete» éelairétf de la volenté et de rintelligeaee soient toujours aiosi e&traiaés ftr ' ce fnHml... C'est, au suipkis , un phénomène ps^ckoio^q^ne hten remarquable ^ue cette pânodidté de cMtaîii^ wodes affeetiii ; Il en est que le ]^rmiemps ramène înMlHbleiQeot, d'autres refieMn&tkt avec l'été; à chaque saison, et peintre à chaque iMure du jour peuvent se trouver ainsi liées t^les modiieMioi»i ou ioiages qui renaissent pértodiquement ies nàses , sans q«e nous p«issioas souvent nous en rendre oempte. Grèirf^ dans ses Eaais mr Jm mmiqm, rappelle des oivservatkms assez curieMes sur ee iQJal, que j^H éjpdeofwnt «endiédffiisflMi Tmm'dti'àmMtiêe.
l68 DE LA DÉCOMPOSITION
péCj et tant qu'un pareil état dure, il est-impossible d'y signaler aucun de ces caractères qui constituent poi^r nous l'être intelligent, doué d'ap^rception^ de volonté, de pensée.
L'état ^ idiotisme j par exemple, correspond à celui où le moi sommeille, pendant que les organes impressionnables ou affectibles sont éveillés, et prennent même ainsi quelquefois, par la concentration de leur vie propre , un degré supérieur d'énergie (i). L'état de démence coTresi^onà encore à celui où le cerveau produit spontanément des images tantôt liées, plus souvent décousues, pendant que la pensée sommeille ou jette de temps en temps quelques éclairs passagers.
V idiot vit et sent; sa vie se compose d'impressions nombreuses qu'il reçoit du dedans et du dehors, et des mouvements qui se proportionnent à
(1) M. Barthez observe , et chacun peut avoir confirmé par luimême , qu'un bruit qui nous éveille tout à coup retentit à nos oreilles avec beaucoup plus de force qu'il n'en a quand nous sommes éveillés, même dans une situation très -calme. « Les sons qui interrompent violemment le sommeil , dit ce médecin philosophe, frappent; singulièrement le sens de Touïe; parce qu'il est alors plus concentré dans son organe propre , et pluç isolé des autres sens. » Cet exemple est propre à faire concevoir comment il peut y avoir affection dans un organe particulier , quoique ses communications sympathiques avec le cerveau soient en partie suspendues. Il fait voir aussi la différence de caractère des sensations animales , qui s'opèrent par le jeu des esprUs diffus , ou par une propriété nerveuM j et des perceptions qui dépendent du jeu des esprits cellvlès ou des modifications particulières imprimées aux organes par la volonté , comme nous aurons oeeamn de le faÉre voir aiHeurs.
DE LA PISSÉE. 169
la nature de ces impressions; ii parcourt , en un mot, le cercle entier de l'existence sensit^e; mais au-delà de ce cercle, il n'y a plus rien : cet être, dégénéré devient toutes ses modifieations plutôt qu'il ne les perçoit ; il n'y a pas de temps pour lui : la maiière de la pensée existe, hi forme manque.
Dans le maniaque avec délire^ l'instrument principal des opérations intdleetueiles se trouve complètepient soustrait à cette force agissante et réflexive qui Êiit la personne. Les images y prennent d'elles-mêmes les divers camctères de persistance, de vivacité, de profondeur, que prennent les affections immédiates dans leurs sièges particuliers, par le seul effet des dispositions organiques. C'est là qu'on peut signaler les effets d'une correspondance sympathique entre les organes internes et le cerveau, considéré comme siège de l'imagination passive : correspondance si clairement démontrée, et si bien décrite dans ses signes par de grands observateurs.
Mais irons-nous chercher les signes et les caractères propres d'une divi^on des phénomènes intellectuels, dans un état qui exclut précisément la condition première et fondamentale de l'iutelligence; je veux dire l'aperception , le conscium^ et compas sut (i)? Peut-on supposer l'exercice des facultés ^attention^ de mémoire, de companaisonj
(1) Voyez le Traité sur VsMèmitwn mentale, per M. Pinei.
i*^o DE LA i^ieoiiposiTioi»
de méditoimn^ etc. , dans im élre qui s'ignore ao fiuellemdiit hii^méme, et qui est privé de la puî»^ sauce tétW^^ÉVHêndre des idées, comme de inmioér des ftctes* le sais bien qu'on peut transportera l'état oom^t méttie d'aliésMition mentale , certaœes /âK cultes définies et caractérisées (en d&dams de la sensation)) sous les titres ccmvemdonnels ^d! attention , jugement^ etc., comme Ta fisiit CondiUac dans le fantôme hypothétique, qu'il a pris pour terme de seaamdyses; mais il rest^iait à savoir si ce sont là ks opérations dont noii» re^MiYons le modèle inté* rieur, ou dont nous obtenoi» les idées singulières , en réfléchissant sur nous-mêmes. Ne seraîen(<e pas pkitèt des idées très«dii6^ratites sous les mêmes titres cofirenftkmnele ?
le cron qu'au Ken de cherchai dans les divers csa d'al^éMtioii aœalate, les signai d'uae dvvision àe siégiÊ de» liseultés intellec^x^les, qui n'existent que ^t^m im ê i etti^mtj ou par supposition dans la plupart de ces cas, il serait plus utile de bien observw toules lès circonslances de l'invasion, des intervalles et de k «ereMaaison des paroxysmes de <lémence, pour y bien dwtingiier les produits aveugles de l'organlsme, les satires passau^es d'un cerveau déréglé, de ce qm peut partir réettement d'une volonté, <f une intelHgence. Les deux élémaits epÀ constituent Vhommt double^ sont si intimement unis dans son état naturel, que la réflexion â bien de la peine à les ^oiicevoir sépiipés f «sais dans ies cas dont no^
Ou les Vott se âuccéd^er , B'exchire, se joindra , prédômiliér tour à tour, et forûier , Mm fo toém« «nvéteppe, deux étrés qui n'oart pf^ésqtre poiwt êe côVreijWMidâtîce, où sont aussi étrangers Fun à fatt^ twè, qu^ Test rhomme éveiilé aux actes tjii'il a faits dans le somnambulisme.
Pbui^ essayer de oi!*conscrlïe les limites et k rtatiire du premier élément de la sensation , j'ai ehoisi Mes exemples dans certains états généraux tels, (jue IWcctibilitè seule ou prédominante ^mehppt réeîlettiettt toutes les fecuités propres de la pensée, satts leur permettre de se dégager. ïl m*eût été facile de prendre ees-exemples dans des modifications plus particulières des sens exterftes , où nous avons la preuve que l'impression peut affecter l'animal sans être perçue par le moi. Je poutrais citer etteore les cas où l'habitude fait d'elle*nïême, pour aifisi dire , la séparation ou V analyse des éeux été»menls du composé perceptif; en obscurcissant gra* duettement l'un , justfu'à ce qu'il soit coinpiètettiew eÉfaeé , pendattt qtt eHe conserve à Tàutre une clarté inaltérable. Mais ces faits se trouvent exposés ailleurs (i) avec assez de détails; et ils pourront trou* ver leur jAàce lorsque nous ferons dans la sinte PâAàtyse expresse des fonctions de chaque sens ^ particulier.
<4) YtUf^Ê, \t mmè«if*e4>Êf V^imêé^ I^Mbiifttéi..
îja DE LA DÉCOMPOSITION
Hâtons-nous de conclure de ces premières recherchesy qu^il y a dans chaque partie de Forganisation et dans son ensemble ime disposition affective générale ou particulière qui^ mise en jeu par des causes quelconques ^ peut donner lieu à toute sensation y soit organique^ soit animale {différentes par le de^ gré seulement)*^
Que la sensation considérée sous ce rapport unique de pass limité y ne saurait être identifiée avec la perception^ mais peut constituer hors de celle-ci un mode d'existence poiu* ainsi dire impersonnel ^ où sont probablement réduits plusieurs êtres organisés;
Que la sensation complète^ telle que la prennent les métaphysiciens, est déjà un composé du premier ordre, dont les deux éléments ne se rallient point à la même source, ne sont point en rapport de dépendance d'une mêmecoe^e. Ainsi il peut d'abord y avoir affection sans idée ni aperceptionj ce qui n'a pas été reconnu par Locke : en second lieu, * la sensibilité n'a point de formes pures y qui lui soient essentiellement inhérentes , puisque l'on peut y concevoir une sorte de matière séparée de la forme; ce qui attaque, dans sa base fondamentale, le système de Kant.
Enfin, et en troisième lieu , Ton ne saurait regarder, avec Condillac , la sensation simple comme l'origine unique de nos idées , ou le principe commun * de dérivation de nos facultés intellectuelles. Car ainsi bornée à la partie affective ^ aucune idée , au-
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cune, opération de Fintelligence ne peut être dite en dériver; et si Ton a égard au fait total de conscience^ comme il n'est pas entièrement, ni également compris dans toufe impression qui affecte y il faut lui chercher une autre origine plus particulière.
En supposant, sous ce rapport originaire, une égalité absolue entre tous les modes renfermés sous le même terme générique sensation ^ on a donc laissé jusqu'ici l'analyse imparfaite. Voyons s'il est pk>ssible de la porter plus loin.
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