PREMIÈRE PARTIE
DU SOMMEIL ET DE SES CAUSES ; DE L'ÉTAT DU CORPS DANS CETTE PONCTION, ET COMME ELLE S'ALLIB AVEC LA SUaPBNSOON DE LA VOLONTÉ.
Si nous pouvioBs nous ét<Hmer des phénomàies que rhabitude nous a r^idus les plus &imlii^« ^ comment n'éprouverions-nous pas une surprise mêlée d'efFroi, en rèfléchisssmt à cette dtfférepioe si ^H>digieuae entre deux modes alta^atife d'eaqs-» t^œe, dans l'un desquels nous vivons, sentcms «t a^ssons^avec k conscience <m le jMntioient inluBe de notre existeiuûe ^ de nos in^nreBsions et de nos actes; tandis que dans l'autre, nous vivons, sentons et agissons , souvent aussi par les mêmes organes , et^i appar^Miede la mémemamèpe^âaans oioBcience^ sans moi, sans souvenir, et en demeurant oqmme étrangers, dans l'un deces étatsoumodesd'etUteuGe,
212 NOUVELLES GONSIDiR ETIONS
à tout ce que nous avons éprouvé y senti , imaginé ou fait dans l'autre i^ Sans doute le phénomène du sommeil a dû faire naître de bonne heure dans l'esprit de l'homme , avec l'idée de la mort ou d'un sommeil éternel , celle d'une survivance ou d'une vie qui ne fait que changer de forme quand elle semble cesser d'être.
Dans un monologue , admirable par la sublimité de l'expression , autant que par la profondeur des pensées, Buffon fait dire au premier homme, quand il se rend compte à lui-même des effets, de ses nouvelles impressions , et au sujet du sommeil dont il goûte les douceurs pour la première fois : « Tout <c fut ef&cé f tout disparut : la trame de mes pence «âées fut interrompue; je perdis le sentiment de « mon existence. Ce sommeil fut profond ; mon réa veil ne fut qu'une seconde naissance , et je sentis « seulement que j'avais cessé d'être. Cet anéantisse- « ment que je venais d'éprouver me donna quelque <c idée de crainte , et me fit sentir que je ne devais oc pas exister toujours. J'essayais de nouveau mes ce sens; je cherchais à me reconnsutre.et à m'assu- <c rer que mon existence m'était demeurée tout en- « tière ; car je craignais d'avoir laissé dans le som- (c meil quelque partie de moi-même. »
Qu'il se rassure , cet homme naiss^t : il n'a rien perdu dans le sommeil , et il retrouve toute son existence, son moi tout entier, dès qu'il recommence à agir et vouloir.
SUR LE SOMMEIL, ETC. 2l3
Le sommeil n'est autre chose en effet que la suspension momentanée de la, volonté ou de la puissance d'effort; et tous ces phénomènes qui Faôcompagnent, peuvent s'expliquer par ce seul principe. Une telle généralisation , si elle est fondée, serait un pas de plus dans la science de l'homme, qui doit, comme toutes les autres, tendre toujours à remonter des faits de détail aux lois les plus générales.
Les physiologistes qui ont le plus approfondi les causes et les circonstances de l'état de sommeil , ne semblent pas avoir saisi ou suffisamment noté le caractère essentiel de cette fonction périodique.
Bichat , qui a porté le coup d'œil du génie dans presque tous les sujets qu'il a traités, a considéré celui-ci sous un point de vue trop particulier et trop exclusivement relatif à sa division des deux vies : « Le sommeil général , dit-il (i), est l'ensemble a des sommeils particuliers des organes ; il dérive <c de cette loi de la vie animale ^qui enchaîne cona stamment dans ses fonctions de$ temps d'interjcc mittence aux périodes d'activité; loi qui la discc tingue d'une manière spéciale de la vie organique, <€ qui ne s'interrompt jamais, et sur laquelle aussi le « sommeil n'exerce qu'une influence indirecte. De <c nombreuses variétés se remarquent d^s cet état a périodique ; tantôt toute la vie externe et l'ensem-
(1) Recherches physioloqiqws sur la vie et la morit V"" partie, art. 4% §3.
2l4 NOUVELLES CONSIDÉRATIONS
<c ble des facultés qui s'y rapportent , sont entîère- « ment suspendues , tantôt il n'y a qu'un organe ce isolé qui sommeille. Dans le sommeil agité par les <c rêves , qui ne sont qu'une portion de la vie anî- <c maie échappée à l'engourdissement oùTautre parte tie est plongée , l'imagination y la mémoire et le « jugement , la locomot:ion même et la voix, restent <c en exercice, les sensations et la perception sont « seules suspendues. Quelquefois même, comme «t dans le somnambulisme, il y a une partie des <c sens, tels que l'ouïe et le tact, qui conservent leurs a communications avec les objets extérieurs , pence dant que d'autres les ont perdues. Ainsi nous dor- « mons à peine deux fois de suite de la même ma- « nière, et une foule de causes modifient le sommeil, « en appliquant à une portion plus ou moins grande a de la vie animale la loi générale de l'intermittence tt d'action (i). »
L'ensemble dec8 Mémoire fera voir combien sont inexactes et dénuées de fondement la plupart de ces assertions^ contentons-nous pour l'instant de reprendre le vague et l'incertitude qu elles jettent sur le caractère et les causes réelles du sommeil proprement dit. Cet état n'est point caractérisé dans son rapport avec l'âme, ni même avec le corps, quand on le fait consister dans Fengourdissement
(1) Ceci est plutôt nii ex^ait qu'une dtaHea da passage de Bichat.
SUR liB SOMM£IL, ETC. 2l5
OÙ tombent tels organes partiels ^ isolément considérés. Les fonctions de la vie, tant intérieure qu'extérieure, ont chacune leur période d'activité et de rémission; quelqu'une ou plusieurs mêmes de ces fonctions peuvent être momentanément suspendues, sans que pour cela il y ait sommeil proprement dit, et dans le sens de l'idée que nous attachons ordinairement à ce mot. Au contraire , les organes des deux vies peuvent être dans l'état de pleine activité et sans lésion apparente , pendant qu'a lieu le' véritable sommeil.
Il est i mon avis très-inexact de distinguer les modes d'un sommeil général ou partiel, de dire que dans les derniers cas, où une portion de la vie animale échappe à l'engourdissement où l'autre est plongée, l'imagination, la mémoire, le jugement et une partie des sens peuvent rester en exercice, etc.; car , I** dans l'état dont il s'agit , ou il y a un moi qui a la conscience plus ou moins vive des impressions et des images ; ou bien il n'y a pas de conscience et de moi. Dans le premier cas , ce n'est pas un sommeil ordinaire, même incomplet; dans le deuxième, c'est un véritable sommeil complet, quand même tous les organes seraient etï exercice chacun de leur côté. J'emploie ici de préférence cette locution, sommeif complet et incomplet, au Keu de celle de général et partiel , qui, à mon avis, présente un contre-sens; car si la fonction du sommeil est caractérisée surtout par l'absence ou la suspen-
2l6 ' NOUVELLES GON&IDlBaATlONS
sion de la conscience du moi avec celte de Iulvo?* lonté y il ne peut y avoir de sommeil partiel, comme il n'y a point de moi partiel ;. et le sommeil général ou complet n'est pas plus la somn^e des sommais particuliers que le moi un et indivisible n'est la somme des parties sentantes, i^^ Il n'est pas plus exatt de dire que l'imagination , la mémoire et le jugement sont en exercice avec une partie des sens externes dans ce mode de sommeil qu'on appelle partiel. Il est bien vrai que l'imagination considérée comme la faculté de recevoir ou de produire spontanément des images ou 4es intuitions simples, subsiste dans l'absence complète du moi, ou dans cette suspension absolue de la volonté qui constitue le sommeil parfait; mais comment admettre un exercice quelconque des facultés actives, et proprement dites intellectuelles , exercice qui ^ se réfère uniquement à celui d'une volonté jouissant de sa pleine puissance, et au développement le plus complet de la conscience , de l'attention , de la réflexion ; comment, dis-je, a^ocier ces facultés supérieures de l'intelligence avec un état qui exclut par sa nature la condition première et fondamentale de toute intelligence , celle du conscium et du compos siu? En quoi les rêves ou les images du sommeil, les mou vements et les actes mêmes mieux déterminés du somnambulisme, peuvent-ils différer des idées, des actions de la veille, si ce n'est précisément pac cette absence de tout jugement, de toute réflexion ou
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at^entioB , qui, plaçant ces images et ces actes aveugles du somnambule hors de la portée de tous ses souvenirs , ne laisse aucune prise à la mémoire ou au retour sur le passé , et en fait une portion d'existence tout à fait détachée ou séparée de la personne? Ces contradictions et cette inexactitude dans la manière d'envisager la fonction propre du sommeil et ses priiïcipaux phénomènes, tient à ce que l'illustre auteur du livre sur la Vie et la Mort^ n'est pas remonté jusqu'au caractère essentiel qui constitue cet état particulier de l'âme et du corps; et avant tout, à ce que , prévenu pour sa division systématique des deux vies, il a prétendu faire rentrer la puissance de volonté, avec toutes les facultés qui lui sont subordonnées, dans les fonctions de la vie animale, en fractionnant pour ainsi dire l'unité du vouloir et du moi, en les disséminant dans les organes de cette vie ; point de vue que je regarde comme absolument opposé à celui qui doit servir de fondement à la science de l'homme intelligent et moral. Les phénomènes du sommeil, ses causes et ses circonstances principales, devaient entrer dans le vaste plan de l'auteur des Éléments de la science de rhommey et ne pouvaient échapper à sa sagacité. C'est en réunissant les vues générales de Barthez , exposées dans le style serré et concis qui caractérise ce profond écrivain, avec les considérations lumineurs et plus détaillées que mon honorable ami , feu M. Cabanis , a renfermées dans son livre
ai8 NOUVELLES CON^SIDÉRATIONS
immortel sur le PJtjrsique et le Moral de f homme (article du Sommeil et du Délire) , qu'on pourrait parvenir, je pense, à établir une théorie plus exacte et complète sur la partie puremait physiologique des phénomènes du sommeil. Je dois dire pourtant qu'en réunissant les aperçus de ces deux grands maîtres, il y manquerait encore l'unité de principe ou de cause à laquelle on peut enchaîner cet ensemble de phénomènes, de manière à rempKr à la fois l'objet du métaphysicien, qui s'occupe surtout à déterminer l'état de l'âme ou du principe pensant dans le sommai, et du physiologiste qui ne cherche qu'à déterminer l'état du corps ou les fonctions dq principe (^ la vie qui correspondent au sommeil ou qui peuvent le produire dans certains intervalles périodiques. Voyons s'il n'est pas possible de trouver un principe commun propre à réunir au moins en partie ces deux sortes de vues.
Je saisis d'abord iine idée principale dans la théorie de Barthez à ce sujet. L'état de sommeil est caractérisé , suivant cet auteur, par uiie concentration du principe -de la vie et de la sensibilité dans chacun des organes partiels que ce principe anime , et entre lesquels aussi il établit une véritable solidarité, une sympathie réciproque, plus ou moins intime dans l'état de veille. Or, cette sympatliie, cette solidarité doivent être suspendues, par l'effet de la concentration du principe vital, dans chaque organe séparé qui demeure ainsi livré à son mode particu-
SUR LB SOMIfïEIL, MC. 41 9
fer de Tie ou de sensibilité, satis commiHïiqner, du vtoiBs aussi intimemetit, avec les autres, sans s'aider de leur concours daiis les fonctions qui lui sont dévolues par sa nature propre. De là résulte aussi, suivant le même auteur, un affaiblissement ou un ralentiss^aent remarquable pendant le sommeil de toutes les fonctions même de la vie intérieure, telle» que la sanguificatîon, la circulation, la calorificatîon, la digestion , les sécrétions diverses, Tab- ' sorption et l'exhalation. On peut admettre aussi , en se servant du mênfie principe pour en tii'er une conséquence différente, que les forces radicales des organes de la vie intérieure peuvent bien prendre réellement un surcroît d'activité , par l'effet même de la concentration dont il s'agit, pendant que leurs forces effectives n'étant point aidées alors par le concours ou la synergie des autres organes, semblent être tombées au-dessous du ton naturel et relatif qu elles ont dans Tétat d'activité soutenue de toutes les parties qui sympathisent pendant la veille, de manière à se communiquer et à échanger pour ainsi dire les degrés d'activité et de force vitale dont chacune jouit en particulier. L'augmentation de cette force radicale dans l'organe où la concentration est déterminée, semble bien se manifester dans beaucoup de cas observés par les naturalistes et les médecins , et qui sans cela seraient inexpKcables; tels sont ceux où le sommeil pris aussitôt après le repas, facilite et accélère le travail de la digestion ;
220 HOUVELLES GOnSIDiRATIOlfS
et celui peut>etre où la conception paraît devenue plus facile et plus assurée dans certains temps par l'isolation ou la concentration des forces sensitives de l'organe générateur, qui conserve et élabore d'autant mieux le fluide séminal dont il vient d'être imprégné y qu'il est moins distrait par des impressions trop vives, faites dans d'autres organes sympathisants, qui attirent à eux une partie de la sensibilité. Comment expliquer autrement que par un accroissement de forces radicales des organes intérieurs , livrés à leur vie propre par le même effet de concentration , ces phénomènes si curieux cft encore si peu connus dans leurs causes , du long sommeil ou de l'engourdissement profond où demeurent plongées , pendant tout l'hiver, plusieurs espèces d'animaux qui restait enfouis sous la neige , ou au fond des marais, en conservant toujours une température égale et bien supérieure à celle de la surface? Avec quelle ténacité leur principe de vie ne doit-il pas adhérer à chacun des organes intérieurs , pour résister à tant de causes de destruction dont la sensibilité et la motilité extérieure ne peuvent plus les garantir! Mais j'abandonne des sujets si intéressants à la physiologie pure à laquelle ils appartien-^ nent, et je me hâte d'arriver à l'objet particulier de ce Mémoire.
Je crois avoir démontré ailleurs (i), que l'état de
(1) Mén^oire sur la décomposition de la pensée.
SUR LE SOMMEIL y ETC. 221
veille» rfest autre qu'un état d'effort exercé par la volonté ou force hyperorganique sur l'ensemble des organes qui lui sont directement soumis ; effort qui constitue aussi le moi, ou le rend présent à luimême, à ses sensations et à ses actes, tant qu'il persiste ou tant que la veille dure^
De là il me semble qu'on peut conclure :
i"" Que le sommeil ne peut consister que dans la suspension de l'état d'effort , c'est-à-dire dç l'action présente d'une volonté ou force motrice sur les organes qui lui sont soumis;
a** Que toutes les causes secondaires capables de produire le sommeil , ne sont autres que celles qui peuvent interrompre cet effort , empêcher ou suspendre l'action de la volonté en portant leur influence, soit sur l'instrument ou l'organe immédiat par lequel cette force s'exerce, soit sur les parties subordonnées à son action, en interrompant les communications qui lient la force motrice avec les organes mobiles;
3" Que toutes les circonstances accessoires du sommeil, tous les phénomènes qu'il présente, ne peuvent qu'être déduite de cette interruption ou du commun principe de la suspension de l'effort et des facultés volontaires; .
4° Que la cause du sommeil ne saurait partir immédiatement de la vie organique , ni porter son influence directe sur les organes de cette vie, qui, se trouvant placés hors de toute dépendance ab-
!2aU NOUV^LLFS COK&iBEIlATIONS
solue de la volonté ^ ne sout point ^affectés d'une manière directe de sa «uspension^ qucôqu'ik puîe^ sent Fétre d'une manière indirecte.
Nous aUons essayer de développer et de confirmer c^ -prepiers résultats de la théorie*
Si nous analyscms las diverses tiauses les plus Càr pables de provoquer ou d'entraîner le sommeil, nous verrons d'abc»*d que oe sont les siémes qui empêchent l'action continue de la vc^ûnté , ou ^ui sont propres à suspendre son libre ^exercke.
Parmi ces causes , j'en désignerai de passives et d'activés , c'est-à<lire qui sont prâses^dans la volonté même ou hors de la volonté.
Les causes- passives sont la lassitude , Tivresse, los poisons, les midadies qui portent sur le systèone nerveux. Elles tiennent, soit à l'influeuGe délétère que portent dalis l'économie, et particulièrement dans le système nerveux, diverses substances, telles que les narcotiques , certains poisons et miasmes contagieux, les liqueurs fermentées, etc. L'effet de ces somnifères paraît être de délermioer une concentration des forces sesisitives et motrices dans l'organe cérébral; conc^itraUon qui tend à affîûfobr peu à peu les communications sympathiques de ce centre avec les parties qui lui sont soumises, et à ôter ainsi au centre moteur son empire, et aux organes mobiles leurs moyens ^'obéissance. Les pé* riodes sucoes^ves de l'ivresse occasîcmnée par l'opium ouïe vûi^nousmettenl à portée dnsittvve les
, SUR LE SOMMSIL9 ETC. aa3
progrès de cette sorte d'oblitératioa de la puissance du vouloir et de l'effort, flepuis les premiers degrés d'exaltation du cerveau, qui eii font jaillir des imites et des traits inattendus, jusqu'au moment où les organes de la Ipconiotion et de la voix commencent à chancder, à hésiter,- où tous les signes ^teneurs anncmcent que la capacité de TeSEart a diminué, que 'la volonté est incertaine et les membres indociles, ju£qu'à ce qu'enfin cette puissance étant suspendu^ dans son exercice, il n'y a pla3 d'effort, plus de moiï* veinent , plus de moi.
Observez que dans la gradation de ces phéno** m^s, la même cause qui, poussée à l'excès, amène un sommeil complet , dans un degré nu>iiMlre pro-, duit l'exaltation et le. délire. Ces deux sortes de phénomènes sont donc bien congénères; ils parais* sent tenir aux mêmes causes, et se manifestent oa se earai^édsetit paria même circonstance es«i^»tieUe. J'ahandodwe l'emmen de plusieurs autres causes passives de ce pb^iomène, telles q»e les différentes, maJad^ês soporeuses, les afifections ou dépositions apoplectiques des fièvres ataxiques, etc. Dans tous ces cas il y a ofipressicm ou concentration des forces sensitives et motrices. Le centre cérébral affecté ne réagit plus que ùahiemefit; tout aanoQce que la, volonté a perdu, une fianie des(m empire; les mus^ des ne se contractent plus sous ses ofdres, ou,le& contractions irrégulières et violâtes qu'ils peuvent exécuta alors par leur irritabilité propre, ne s€ii^
2^4 NOUVELLES CÔKSIBlÉRATfONS
vent qu'à annoncer que les Uen^ sympathiques sont rompus 9 et que le sommeil lié à ces mouvements , devenus involontaires, sera bientôt le sommeil de la mort. Sans entrar plus avant dans ces considéra^^ tions^ je passé aux causes active^ du sommeil.
Ces causés, comme je Fai dit, tiennc^nt à l'exerdce de la volonté elle-même, et c'e6t sous ce rapport surtout que Ton peut considérer le sommeil comme une fonction active, du moins quant au principe qui la détermine. L'état de veille prolongé amène nécessairement le sommeil à sa isuite , et la succès* sion de ces deux états alternatif parait être une loi delà natuire, de' même que celle des jours et des nuits à laquelle elle est liée ; tandis que Fint^^alle phis ou moins loi^ qui sépare les retours périodi* ques de ces deux états , semble être plutôt une loi de Fhalntude.
Le prindpe de l'efifort constitutif de l'état de veille, quoiqu'il ne puisse être conçu que cofmne hyperorganique ou supérieur aux organes dans sa libre détermination, n'en est pas moins pourtant enchaîné jusqu'à un certain point aux lois et aux dispositions de ces organes sur lesquels il agit Pour que la volonté puisse continuer, ou peut-être même commencer à s'exercer sur les organes du mouvement, placés dans sa sphère d'activité, il faut : i^ que les tiens de communication directe qui unissent ceux-ci au centre , d'où part la détermination motrice initiale, sul^is^tit dans leur intégrité, afin que cette
détemûnation smt transmise ou effectuée aussitôt que coeçue ou voulue par te moi; a® que, suivant , une loi générale de la nature, qui persiste dans tous las ordres de phénomènes, la réaction de la partie mobile corresponde à l'action de la force motrice et lui soit proportionnée. Sans cette réaction , d'où dépend le sentimi^t de la résistance et de l'inertie du corps, l'effort de la volonté ou du moi ne saui:ait commencer à naître. Comment en effet y aurait-il originelletnent volonté de mouvoir .telle partie du corps , s'il n'existait en même temps quelque sentiment ou idée confuse de l'existence de cette partie? et comment un tel sentimeoJ; aurait-il Iku si la partie mobile ne réagissait pas sur le centre du mouvement ? Cette vue théorique me parait bien confirmée par des exemples d'hémiplége, où l'on voit que les parties du corps paralysées , ayant perdu avec leur £orce ou disposition contra^e la capacité de réagir sur le c^itre moteur et de résister à l'effort, sortent par là même du dcmiaine 4e la volonté , et n'avertissent plus l'âme de leur existence. Quoiqu'elles pjaissent entret^iir une sorte de vie de relation avec les objets, par la conservation de leur sensibilité extérieure, elles n'an ont pas moins perdu toute relatiim intérieure avec le moi en perdant toute leur motiUté. Sfe pourraiton pas considérer un tel état comme un véritable sommeil des parties paralysées; et n'est-ce pas bien là ce qui se passe dans cette foQctiQO natoreUe^ qui n'a Ueu réellement que par n. 16
SfcSÔ NOUVELLES GOITSIDI^RATIONS
les organes soumis à la volonté pendant la vdUe, lorsque ceux-ci , cessant de réagir sur le ceifttne de l'efïbrt, ne répondent plus à l'impulsion de la forée motrice, qui n'a plus lieu de s'^ercer, et demeure elte-méme dans l'inaction ?
On sait ({uelle étroite analogie il y a eiaire les dispositions apoplectiques et la tendance habituelle au sommeil; c'est toujours une même cause qui agit, en opprimant ou suspendant momentanément l'action de la volonté sur les organes qui lui sont soumis, soit que l'influence délétère porte sur le centre moteur lui-même, en y concentrant des forces videusement réparties, soit qu'elle agisse sur les nerfs intermédiaires qui transmettent aux muscles le principe de leur contaraction , en isolant ces parties mobiles ou rompant leurs liens de commiaiicatloti directe ou sympathique avec lé cerVéaù , «oit enfin qu'elle frappe directement sûr ces muscles même dont elle altère la disposition contractile ou la capacité d'obéir. En nous bornant aux phénomènes du Soïnmeil naturel, celui qui résulte immédiatement des fatigues de la veille prolongée , il paraît que le$ trois causes dont nous venons de parler prennent chacune respectivement une part phis ou môîn$ grande à cette fonction, suivant l'espèce des oi^anes qui ont été plus particulièrement exercés pendant la veille. Et d'abord, si ce sont les organeîs des sens ou de Timagination passive qui ont été • seuls en exercice, la concentratioti modérée des forces sen-
sitives dans ces organes,. et dans le cerveau avec lequel ils entretiennent des rapports intimes et constants, peut éloignier de beaucoup le besoin de sommeil qui n'est amené que par la loi de l'habitiHJb, laquelle peut même demeurer saxis e£fet, si l'agitation des sens persévère avec un certain degré de vivacité. C'est alors que la volonté ne trouvant point hors d'elle de cause passive qui tende à suspendre immédiatement im effort trop prolongé , cherche ell^méme les moyens de repos et dirige son activité contre le principe de cette activité même. Elle ferme d'abord les sens dont elle dispose aux impressions qui pourraient encordes provoquer; elle place le corps dans une attitude telle qu'il n'ait plus besoin d'effort pour être soutenu , et que les muscles relâchés n'aient plus à supporter, comme dans la veille^ Jb travail de la station ou de l'assiette du corps. Enfin, la volonté suspendant toutes les fonctions qui sont de son ressort , et travaillant pour Mm^i dire à se rendre nulle, amène le sommeil, en reprodumat par son absence la condition essentielle à laquelle il se lie.
H résulte de ce que nous venpns d'qbserver, /jpe les organe externes , quoique soumis ,en .par^tie à l'action de la volonté pendant la veille, ne sont pas ceux doM l'exercice , même le plus prolongé, peut »ÏMfodtaii« cette e^ce de sentimept qu^e nqus exprimons.par les termes de fatigue ou lassitude, l^ conci^tralion même àm forces s^jpsitive^ dans le cer-
2^8 NOUYELLES CONSIDERATIONS
veau , les forces motrices demeurant dans le même état, semble plus propre à éloigner qu'à amener le sommeil , par le travail et l'exaltation qu'elle donne aux facultés passives d'imagination ou d'intuition, et lorsqu'un sommeil forcé survient , soit par l'effet de la volonté même , soit par la lassitude de sentir, ou l'espèce d'hébétement des sens qui succède à un exercice trop prolongé , soit enfin par le collapsus ou la chute nécessaire des forces sensitives après leur excitation. Ce sommeil ainsi déterminé est ordinairement agité et troublé par les songes les plus vifs et les plus incohérents.
La même chose n'arrive point lorsque le temps de la veille, au lieu d'avoir été rempli par un exercice continu et tumultueux des sens et de l'imagination, l'a été surtout par une contention forte et régulière de la pensée ou de la Volonté appliquée, même dans l'inaction du corps , à diriger les opérations de l'esprit qui sont soumises à son empire. C'est alors qu'il paraît y avoir, pour ainsi dire, dépense de forces motrices sans mouvement réel opéré dans les muscles , et que la concentration produite dans l'organe immédiat de Fâme ou dans le centre même de l'effort, amène tme lassitude réelle dans la tête et une sorte d'affaiblissement dans les organes du mouvement privés du principe actif dé leurs contractions. De là le besoin de sommeil , amené naturellement par un effort trop prolongé, et à peu près comme il est à la suite d'un exercice des forces
musculaires , avec cette différence que la cause active du sommeil , ou de la suspension de la volonté paraît porter son influeace directe sur le cerveau seul dans le premier cas , et sur les organes mêmes du mouvement dans le second.
Remarquons aussi que le sommeil des hommes occupés, pendant la veille, des travaux qui exigent une méditation sérieuse et suivie, ou l'effort le plus énergique de la pensée ou de la volonté , est bien moins sujet à être troublé par les rêves; et c'est là un nouveau rapport d'analogie entre les deux cas que nous venons de comparer.
Si nous examinons maintenant l'influence que peut avoir , sur l'invasion et les circonstances du sommeil, un exercice prolongé et plus ou moins violent des forces musculaires, nous verrons encore mieux l'accord de cette cause particulière avec la suspension de la volonté, et avec toutes les circonstances qui s'y rapportent.
Rappelons ici ce que nous avons observé plus, haut des conditions requises de la part des organes du mouvement, pour que l'action de la volonté qui s y applique devienne efficace , et que l'effort puisse même s'entretenir ou se produire. Il y a un certain degré d'énergie naturelle, ou acquise dans la disposition ou la force contractile de chaque muscle soumis à la volonté, qui le rend propre à obéir à l'action de cette puissance, en lui offrant tel degré d'inertie ou de résistance sans laquelle le sentiment de l'ef-
23o NOUVELLES CONSIDÉRATIONS
fort ne saurait avoir lieu, et sans laquelle par conséquent la volonté, toujours devancée, n'aurait pas le temps de naître; et c'est peut-être, pour le dire en passant , ce qui soustrait à l'empire de la volonté, comme à la perception de la conscience , les divers mouvements de la vie organique ou intérieure, dont les muscles peuvent être doués par eux-mêmes d'une irritabilité assez forte, ou d'une cpntractilité assez prompte pour n'avoir pas besoin d'être mis en jeu ou sollicités dans leurs fonctions par une force motrice supérieure, ou par une cause placée hors d'eux. Quoi qu'il en soit de cette conjecture, à laquelle les dernières expériences de Bichat sur la contractilité relative des musclés des deux vies , me iiemblent donner quelque degré de probabilité , je crois qu'il est permis de supposer que l'exercice prolongé des organes du mouvement volontaire peut mettre ces parties dans un état à peu près semblable à celui où se trouvent naturellement les muscles de la vie animale ; c'est-à-dire augmenter , par la contraction ou l'accumulation des forces motrices dans ces organes particuliers, leur irritabilité ou leur contractilité propre , de manière à ce qu'il n'y ait plus lieu à la reproduction de l'effort, et que la volonté , retirant peu à peu son action , perde enfin , avec le sentiment interrompu de sa force motrice, ou d'elle-même, la possibilité de s'exercer ou de recommencer de nouvelles contractions dans des organes que leur nouvelle disposition a presque
$UJl Ii£ S03CM£ILy ETC. aSi
entièr^aieiit séparés 4ç$op domaine. Or, de cette sohitipn inomentapée des organes du mouvement , doit résulter d'abord la lassitude ; car la somme des forces inhérentes aux organes est nécessairement limitée , et elle se dissipe toujours de plus en plus sans moyens de réparation, puisque la communication sympathique avec le centre moteur se trouve interceptée en partie par le fait même de l'exercice trop prolongé. De là aus^ le sommeil qui se lie directement à l'afiËi^iblissement progret^if de l'effort, et aifin à sa nullité complète , comme à la condition ess^tielle d'où il dépend. a
Il me sanble que ces explications sont assez bien déduites du principe et tendent à le confirmer. Citacâ encore quelques exemples à l'appui de ce qui vient d'être dit.
La concentration des forces motrices dans des organes continuement ou fréquemment exerces , et l'effet qu'a cette conc^itration pour accroître l'irritabilité propre de l'organe , en le rendant indépendant de l'action du centre moteur ou de la direction de la volonté., me semblent prouvés par l'exemple que Perrault rapporte d'un tronc de vipère qui , apirès l'amputation 4e la tête, rampait encore droit v€i^ le trou d'un mur assez éloigné , où ce reptile avait x^dutume de se r^rer. Le même exemple a été vérifié sur divers animaux à qui l'on a fait sauter la tête pendant qu'ils ^xiuràient vers un but déterminé , et dont le corp& a continué suivant l'impulsion don*
2 32 WOtJVELLES G0NSII)]£AATlOlfS
née. De même ^ lorsque nous sommes &tigués par une marcbe forcée , nous sentons très-bien que nos jambes fatiguées contitiuent d'elles-mêmes les mouvements si souvent répétés , et nous portent, comme on dit, machinalement, sans qu'il y ait presque aucun efifort de la volonté ; il n'y a pas d'état aussi plus voisin du sommeil que celui-là. Si le marcheur, disposé de cette manière , s'arrête un mometit , il s'endort; et on en a vu souvent dormir même ai marchant. Combien de mouvements même trèscompliqués nous faisons aussi par le seul effet de A|L répétition habituelle ou d'ime disposition acquise par les organes sans intention, sans volonté, sans effort, sans moi! Et ceis mouvements s'alUent aussi très-bien avec l'état de sommeil ; et s'ils viament s'associer alors avec une imagination toute passive, qui subsiste aussi dans cet état, ils donnent lieu aux phénomènes du somnambulisme dont nous parlerons dans la suite. Lorsque les forces musculaires ont été trop fortement et trop longtemps exercées, une fatigue excessive peut quelquefois rendre le sommeil impossible. Les organes du mouvement , vicieusement excités, continuent à se contracta d'une manière convulsive, et à produire ces soubresauts si fatigants qui empêchent le sommeil de naître ou de continuer; phénomène très-propre, ce me semble , à prouver ce que nous avons dit sur la contraction des forces motrices, l'exaltation d'irritabilité et l'indépendance des organes.
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Remarquons encore, en finissant ce chapitre, une analogie qui existe entre l'effet des mouvements continuels , et celui des impressions sensibles des sens soumis en partie à la volonté. L'effet de cellesci est de déterminer une concentration des forces sensitives dans l'organe qui se trouve ain^i assujetti à reproduire les mêmes impressions dans l'absence des objets qui les excitaient ; or cette permanence de la même impression uniforme et passive produit le relâchement de toutes les facultés actives, endort l'attention et par là amène le sommeil. Donc l'effet qu'ont les sensations uniformes pour provoquer le sommeil , tient encore en partie à la suspension de la volonté qui en est un résultat.
Je crois en avoir assez dit pour faire voir comment toutes les causes du sommeil peuvent être ramenées à ce commun principe , ou s'en déduire d'une manière médiate ou immédiate. Nous allons voir maintenant comment les différentes facultés de l'esprit , qui subsistent pendant le sommeil et donnent lieu aux divers phénomènes des songes , s'accordent également avec le fait d'une suspension dans l'exercice de toutes les facultés volontaires.
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