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TROISIÈME PARTIE

DES DIFFÉRENTES ESPECES DE SONGES, ET DU SOMNAMBU- LISME EN PARTICULIER.

Nous avons reconnu ci-devant deux causes ou Conditions organiques principales qui peuvent coïncider tour à tour ou ensemble avec la suspension de la volonté, et continuer même à interrompre ou troubler Texercice de cette puissance en amenant ainsi les phénomènes du sommeil et des songes.

La première de ces conditions est la concentration des forces sensitives dans des organes internes particuliers , d'où résulte une sorte de relâchement plus ou moins considérable dans les liens de la sympathie générale qui unit entre elles toutes les parties du même tout, pendant que d^un autre côté les orgaoes dont il s'agit peuvent contracter ime sympathie particulière et animale, soit avec quelque centre nerveux partiel ou quelque division cérébrale, soit avec le cerveau entier.

La deuxième condition organique principale qui détermine la production du sommeil et des songes, est un autre mode de concentration des forces sensitives ou motrices , soit encore dans le cerveau ou dans quelques-unes de ses divisions particulières, soit dans les organes mêmes du mouvement ou de la locomotion volontaire; concentration qui a pour

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effet , tantôt d^iaffaibKr ou même d'intercepter momentanément la sympathie du centre sensible et moteur avec les organes qu'il tient en tout ou en partie sous sa dépendance dans l'état de veille, tantôt de déterminer une sympathie particulière, plus active, plus exclusive, entre quelqu'un des oi^[anes et le centre dont il s'agit.

Ces deux conditions tiennent à deux solrtes de concentration des forces sensitives et motrices : l'une qui a lieu dans quelque organe interne, qtû devient par là même un vaste foyer de sensations et d'actions, et entre en réaction sympathique avec le cerveau,' ou quelqu'une de ses divisions particulières ; l'autre qui a lieu dans le cerveau même, qui ne sympathise ou ne correspond plus alors, comme dans la veille, avec les organes sensitifs ou locomoteurs, mais seulement et d'une manière anomale, avec quelqu'un de ses organes en particulier.

Quelle que soit celle de ces conditions qui détermine le sommeil et les divers phénomènes, leur effet commun est toujours de suspendre ou de troubler l'action de la volonté, en soustrayant à sa puissance les organes sur qui elle s'exerce d'une manière médiate ou immédiate dans l'ordre naturel des fonctions de la veille, et en livrant ces organes au principe de leur vie, de leur sensibilité ou de leur irritabilité propre exaltée par le fait même de la concentration. De l'affaiblissement, et enfin de la suspension complète de la volonté , résultent cer-

tains caractères généraux des songes , tels que nous les avons analysés dans la section précédente. Mais il y a de plus des caractères particuliers et vraiment spécifiques y qui distinguent ces phénomènes entre eux, et qui peuvent aussi les faire rapporter à des classes séparées, dont les titres dérivent de la cause même ou de la condition organique particulière, qui, en opprimant en tout ou en partie l'action de la volonté, amène le sommeil et par suite les songes de cette nature.

Ici, s'il m'était permis de développer un sujet beaucoup trop vaste pour mon temps et surtout pour mes moyens, je pourrais faire voir, premièrement, comment l'étude des songes et leur distinction en classes serait utile au physiologiste et au médecin , en lui manifestant dans certains cas quels sont les organes essentiellement altérés ou excités d'une manière anomale ou vicieuse, dont l'influence sympathique, active et prédominante sur le cerveau, détermine le plus fréquemment tels accidents pendant le sommeil, ou des songes de tel caractère et de telle espèce. Je pourrais montrer, en second lieu, comment les différentes sortes de délire momentané ou d'ahénation mentale permanente, viendraient se ranger naturellement sous les mêmes divisions que les songes, puisqu'ils se rapportent à des causes et à des conditicms organiques ou cérébr^ajes, qui agissent respectivement d'ime manière absolument semblable pour opprimer ou suspendre l'ac-

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tion régulière de la volonté et^e la pemsée^ e* pjxn duire ainsi les phénomènes correspondants di^ soqimeil, des songes^ du délire, le désaccord des sensations , l'absence du jugement, l'abolition dn moi. Et delà nous apprécierons la valeur réelle de ces théories évidemment incomplètes, de ces vues particur lières trop précipitamment généralisées, qui ont pu induire en erreur des esprits systématiques, tds que les docteurs Pinel (i) et Prost (2), lesquels, faisant abstraction des divers caractères que pren* nent les idées dominantes dans chaque espèce de folie, ont confondu toutes ces espèces en les rap* portant également, l'un à des causes morales, ou tirées exclusivement du domaine de l'imaginaiion, v^rs lequel il a dirigé aussi toute sa méthode cura<* tive; l'autre, d'une manière plus exclusive et plus incomplète encore, à des causes organiques relatives aux fonctioâQs des viscères, sur lesqudks ila fondé uno méthode pratique de traitement qui ne sera probablement pas justifîiée par des succès bien géné^ raux. Mais je laisse à d'autres le soin de £sure l'appU* c^on des principes aux cas qui intéresaent pliss particulièrement l'art de guérir. Je ijbvais seulement faire ressortir les analogies qui exisi;^]it ^entre les phénomènes qui font le sujet de ce Mémoire.^ C€»ix qui sont propres à l'aliénalion , jet je reviens à ma base de classification des soaiges.

(1) Traité sur V Aliénation mentale. Paris. 180».

(2) Pfewim'^ dmnapUme el troMème ea^ d^œU. mu- H FoUe*

Je le» distingue en quatre espèces.

Je mets dans la première classe 1^ rêves dont nous avons reconnu et analysé ci-devant les caractères affectifs avec les ef£sts concomitants de ces caractèjres, ayant pour cause ou condition essen* tielle Tinfluence prédominante de quelque organe intérieur, tels que le cœur, l'estomac , le foie , le système génital, etc. Les forces sensitives concentrées alors dans cet organe particulier, irradient leur action sur toutes les autres parties du système vivant avec qui elles sympathisent d'une manière pli|S ou moins inttipie peinlant la veille. Cette sympathie générale se trouve momentanément aC&iblie dfms la {wction du sommeil ; elle a lieu seulement avec tel centre nerveux ou telle division cérébrale qui $e trouve alors, et piir une suite du sommeil même , disposée à entrer en relation sympathk^e, plus directe et plus spéciale, avec l'organe interne oa dominant : de là les phénomènes des songes de cette espèce, que je croirais pouvoir distinguer sous les titres de songes organiques ou afFectife, où l'imar gination crée des fantômes, tantôt effrayants, tantôt voluptueux, selon que le cœur, ou l'épigasttis, ou l'organe de la g^éiation, est excité; d'autres fois les images de mets appétissants, ou de ruisseaux limpides, si l'estomac ou l'organç de la soif sont dans un état de .besoin ou de souffiranoe. Mais un exemj^e qui renferma la circonstance essentidle ou caractéristique de-cette classé de songes organiqu^^s,

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et qui nous servira à établir le principal chef de division que nous avons en vue, c'est ce qui se rapporte à l'espèce de rêves connus sous le nom de cauchemar. Dans les songes de cette espèce, qui ont pour cause, sbit la plénitude de Festomac, soit la gêne du cœur ou des gros vaisseaux sanguins, soit une disposition nerveuse de Fépigastre , etc. , l'individu rêve tantôt qu'il est accablé comme d'un poids insupportable ; tantôt, poursuivi et près d'être saisi par quelque fantôme terrible , il cherche à s'y soustraire ou à fuir , mais son corps demeure immobile et comme enchaîné; tous les organes locomoteurs paralysés, ce semble, refusent d'obéir à sa volonté : qUe dis- je? il n'y a plus de volonté proprement dite, plus de puissance d'effort, mais uniquement désir violent et sans effiét d'opérer un mouvement au pouvoir de l'être sensitif. Mais,- chose remarquable , à l'instant où la volonté reprend ses droits, où il y a un commencement d'effort exercé sur les organes locomobiles, Findividu s'éveille en sursaut. Ce cas est absolument pareil à celui que nous avons déjà cité, au sujet de Feffort'incomplet qui, dans un état de demi-sommeil, tend au rappel d'im mot sérieusement cherché , et détermine un réveil brusque à l'instant où le signe est trouvé et articulé. En effet, touslœ phénomènes de locoinoticHQ, comme ceux de la vdixp^lée, sont des actes de la veille , puiôqu'ils sont sous la dépendance première et immédiate de la volonté, Cette puissance

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dont l'exercice constitue la veille proprement dite, ne peut demeurer étrangère aux résultats des actes de son ressort , lors même que ce n'est pas elle qui les a déterminés en principe ; il suffira donc qu'elle vienne à y prendre la moindre part pour que le réveil s'ensuive immédiatement.

'En résumant ce qui se passe dans cette espèce de rêve appelé cauchemar ^ on est fondé à admettre : 1** qu'il y a concentration des forces sensitives dans quelques organes précordiaux; a® que la sympathie de cet organe avec le cerveau est conservée et devient plus intime, parce qu'elle seule détermine dans ce centre la production des fantômes analogues à la cause provoquante, et qui ont même mobilité ou même persistance qu'elle ; 3° que l'affaiblissem^it des autres sympathies du cerveau, scdt avec ses différentes divisions, ^it surtout avec les organes du mouvement, explique, d'une part, le vague propre à cette espèce de rêve en particulier, et, d'autre part, l'impossibilité où sont lesi muscles de se contracter ou de se mouvoir d'une manière même automatique, et tant que la volonté demeure suspendue , malgré le désir et le besoin sentis ; ce qui prouve que dans cet état l'inertie des organes du mouvement, ou le défaut momentané de leur communication sympathique avec le cerveau , sont tels qu'il fetut absolument un efifort voulu et hyperorganique pour surmonter ces obstacles.

Supposez maintenant que la concentration des

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iaroes genÂtives ait lieu dans ks extrémités n&PveosGs de quelque sens externe partiicalier, et par suite dans la division cérébrale ^ laquelle ces extrémités correspondait, toutes les autres sjrmpathies se trouvent sJdfaihlies et la volonté suspendue; l'individu verra en songe des fantômes de toutes les couleurs, ou il entendra des sons variés, ou il touchera des corps de diverses formes, selon le sens qui prendra ain^ ce caractère d'exaltation spontanée et animale auquel l'activité perceptive ne contribue en rkxï. Ce sont ces phénomènes simples ou absolument séparés de tout exercice de la volonté , de tout jugement ou acte intellectuel, que j'appelle intuitions; je dis* tingue aussi l'espèce de songes qui s'y rapportent^ sous le titre de songes intuitifis ou visions. La con-^ dition organique qui détermine cette espèce est la pku simple de toutes : c'est aussi la pli» commune*.

Les soAges qui se rapportent aux intuitions ou aux images de la vue par ime concentration de la sensibilité, propre de cet organe pendant |e sommeil, sont les plus fréquents et ceux qui frappent le plus le sens inteirne; et la raison €n est simple : c'est que l'œil est le plus près du centre de l'imagination ; il lui est contigu; il en fait partie; toutes les impressions, même isolées, tendent donc à se tsaiisformer en image dans ce centre , et à se r^lédiir , pour ainsi dire, comme dans un miroir qui conserve et augmente, même l'édat de la réidité. Il n'en est pas

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ainsi (dbs autres sass , x{iii ont wi rapport moms ini^ médiat av^c le cerveau. L'ouï^^ et surtout le tpucher, peuvent être affectés jusqu'à un certain point dans leur sens propre, lorsque le sommeil a affaibli leur synipathie , sans que ces îm^easions se r^résentent en j&of^G. Eufin , l'odorat et le go^t obéisseptt plus particulièrement aux lois de la symp^ie des oiv ganes intérieurs , et contribuent ^ux rêves organir ques sans entrer presque jamais dans l'espèce des songes intuitifs. Ces distinctions sont confirmées par des exemples pris du somnambulisme. DansFespèQe de songes do^t il ^'9gitt cnaque sens «e jbrQi:»ra»t plus bprné à ses proprefs impressions , etsépairé d^ ce que tous les autres y ajoutent par leur concou^ tumultueux pendant la veille, chaque intuition spé^ cifique doit avoir plus de netteté , de vivacité ou d'éclat, mais en même ,temps moins de consistant, comme il arrive dans tous les songes de cette espèce. De pluS) )a représentation objective, ou l'image, ne saurait être la même quand le sens à qui elle.se rap^ porte agit seul^ et quand il est aidé, soutenu et rectifié par le concours de tous les autres. Ainsi, par examjde, un homiae qui pourrait oublier un instant tout œ que l'ei^erçice du toucher ajoute sans cesse k celui de la vue, virait les obje^ d'une tout autre manière. Dans le sommeil, les ia^essions internes simultanées des divers organes se croisent bien plutôt qu'elles ne s'assonient ; elles ne convergwtpas vers un même but , et ne se ounnilent pa»

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sur un même objet comme dans la veille; de là en* core l'incohérence et la mobilité dès songes.

Les rêves intuitif ont surtout lieu le matin et quelque temps avant le réveil , après que les sens externes se sont rétablis des fsitigues'de la veille , et que leurs extrémités nerveuses aboutissant au cerveau, éveillées les premières, sont déjà dans Tattente de l'acte ) ou commencent d'elles-mêmes à entrer en activité, stimulées peut-être aussi par quelque excitant du dehors qui se mêle confusément au rêve ou en détermine l'origine. Les songes organiques , au contraire , n'arrivent jamais que dans le commencement ou au miUeu du sommeil. Les personnes sujettes au cauchemar , par exemple, en éprouvent le3 accidents presque au moment où elles s'endorment; j'ai yérifié plusieurs fois cette observation sur moi-même.

Enfin, pour terminer ce qui est relatif à l'espèce de songes dont il s'agit, la condition organique, à qui elle se rapporte, peut avoir heu dans certains cas assez rares , il est vrai, quoique l'état de veille soit complet ; c'est là ce qui détermine les visions proprement dites. Ch. Bonnet nous en a fourni un exemple très-curieux. Voyez son récit d'un vieillard, sop aïeul, qui voyait, les yeux ouverts, des tableaux variés, dont il admirait les couleurs et les formes , et qui n'existaient que dans son imagination , ou plutôt dans sa vue intérieure; et, ce qu'ily a de particuli^, tout en admirant et faisant la descnp-

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tion de ce qu'il voyait réellement^ il reconnaissait lui-même que ce n'était qu'une illusion du sens interne. C'est par là seulement que les visions de ce vieillard raisonnable , qui jouissait de quelques facultés actives, pouvaient différei* d'un véritable songe, ou encore des fantômes qui ont la même apparence de réalité pour le maniaque , ou Thoùime en délire, mais sans qu'il puisse juger et reconnaître l'illusion.

Si la concentration des forces, au lieu de s'arrêter aux divisions cérébrales contiguës aux sens externes, pénètre plus profondément , pour ainsi dire, jusqu'à l'organe même de l'âme, toutes les sympathies actives avec les organes sensitifs et locomotiles se trouvent suspendues avec la volonté mêine; les songes prennent un caractère plus intellectuel et plus profond, et c'est alors, comme nous l'avons observé déjà, que les inventions les plus extraordinaires, les pensées les plus sublimes, les résolutions de problèmes les plus difficiles, peuvent se présenter à l'esprit dans un sommeil qui n'est cependant pas complet, puisqu'il en reste quelque trace, mais toujours avec cette spontanéité d'intuition qui exclut ou prévient toute recherche, et qui se concilie avec l'absence de la volonté et la suspension de tout effort. Cette espèce est trèsrare et doit l'êtl'een effet, puisque ce sont, pour ainsi dire , des bonnes fortunes qui n'arrivent qu'aux hommes studieux, méditatifs, et dont toutes les

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veilks sont consacrées au travail de la pensée , k Feiercice de ses plus hautes facultés. Féu M. Cabafnis a consigné dans son ouvrage (i) les observations qui lui avaient été rapportées pat* FraniHn et Condillac, sujets, comme peuvent Fêtre d*autres savants, à avoir de ces bonnes fortunes.

n y a des espèces de délires ou de manies sublimes , qui tiennent à la même condition ou se rapportent à la même cause. Ainsi le perruquier de Diderot, homme illettré, et qui n'avait de sa vie fait de vers ni lu les poètes, débitait et créait, dans un accès de délire et de manie, des tirades de trèsbeaux vers qui étonnaient singulièrement tous les auditeurs, mais surtout ceux qui l'avaient connu avant sa maladie. Plusieurs hommes de lettres de la capitale furent témoins de ce phénomène. On connaît aussi l'histoire d'une dame très-dévote, mais très-peu éclairée , qui suivait dans la simphcité de l'esprit et du cœur le chemin de la foi, sans se mêler de controverse. Cette dame ayant été attaquée d'une maladie nerveuse , se mit à argumenter son confesseur, de manière à le réduire au silence et à étonner autant qu'à embarrasser, par sa logique pressante , tous les docteurs de Sorbonne. C'est ainsi encore qu'on voit quelquefois certains malades au lit delà mort , développer des facultés extraordinaires et bien supérieures à toutes les habitudes de leur es-

(1) liapporis du physique et du moral; du Sommeil, § 5.

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prit dans le cours de leur vie. Au moment où la flamme vitale ayant abandonné toutes les parties qu'elle animait , s'est concentrée dans l'organe im» médiat de l'âme et y jette ses derniers rayons y toutes les pensées y tous les discours du mourant prennent un caractère sublime et d'autant plus touchant que le malade, faisant ses derniers adieux à cette terre qu'il va quitter, semble commencer déjà un autre mode d'existence.

J'ai eu sîous les yeux un exemple bien attendris» sant de ce phénomène dans un jeune homme de dix-huit ans, de la plus belle espérance, mort, au commencement du printemps dernier, d'une hydropisie séreuse qui avait déterniné l'engorgement de toutes les cavités principales du cerveau. On conçoit comment tous ces phénomènes , qui paraissent surnaturels au vulgaire et qui sont si propres à ali-^ menter une crédulité aveugle et superstifieuse , se rapportent d'une manière assez simple à la même condition organique qui détermine les songes intuitifs, et viennent se ranger dans la même classe. Si nous supposons maintenant que la concentration des forces sensitives ait lieu, comme pour les espèces de songes que nous avons caractérisés cidevant, dans quelqu'une des divisions cérébrales correspondantes et contiguës k certains sens internes particuliers , et que la communication sympathique du cerveau avec les organes de la locomotion et de la voix soit entière comme dans la veille,

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la volonté étant toujours complètement suspendue, nous verrons naître de cette double condition tous les phénomènes surprenants et tous les prétenchis miracles du somnambulisme^

Je. crois devoir, prévenir, en traitant ce dernier sujet, qu'il faut se tenir en garde d'abord contre cette sorte d'instinct de crédulité et d'amour du merveilleux, qui se complaît à exagérer les choses, extraordinaires ou dont le principe est obspur et mystérieux en lui-même. Il m'a semblé , en lismit certaines histoires de somnambules, que les auteurs, souvent animés par ce désir de flatter im penchant naturel à l'homme, cherchaient bien plus à étonner qu'à éclairer. Il faut être en garde surtout amtre l'adresse et le charlatanisme de certains prétendus somnambules , qui quelquefois cherchent à faire de l'effet dans le monde, à exciter la curiosité et à attirer les regards sur eux , en jouant un rôle ^ étudié à l'avance ; j'en ai trouvé en ma vie deux exemples, qui m'ont, je l'avoue, rendu un peu incrédule sur les miracles du somnambulisme. Mais en nous bornant aux faits de ce genre les mieux constatés, quelque surprenantes ou quelque inexplicables que puissent en paraître d'abord certaines circonstances particulières, nous ne devonspas désespérer de parvenir à les rapporter à des principes ou à des faits mieux connus ; ce qui est le seul genre d'explication qu'on puisse demander en pareil cas, et ce qui suffit aussi pour faire disparaître le merveilleux.

roil LE SOMMEIL, ETC. ^73

Le somnambulisme se distingue entre les autres espèces de songes dont nous avons parlé , par deux etrccmstances essentidles : la première y en ce que cdui qui en est a£fecté a ou parait avoir l'intuition des objets actueUement présents aux sens externes, quoique ceux^i semblent fermés* en tout ou en partie ; la seconde, en ce qu'il exécute toute la suite des mouvemaits ou des actes de locomotion nécessaires pour aller vers ces objets , les écarter ou les saàâr , les approprier à son usage, et se conduire; par ra{^rt à eux, comme il pourrait le faire dems l'état de veille le fdbs complet, où ces déox' circonstances, et surtout la dernière, semblent bien porter les caractères d'une intelligence qui aperiçoit un but, et en combine les moyens, en même temps que d'une volonté éclairée et consciente d'elle-même qui exécute tous les actes nécessaires pour y parvenir. £n efifet, comme tout mouvement ^ontané, ou qui a son principe caché dans l'intérieur même de l'être qui le manifeste, est pour nous le signe ou le caractère essentiel de la vie^ ainsi toute série régulière de ces mouvements , ordonnés entre eux et appropriés à un but, parait être le caractère essentiel d'une pensée, d'une volonté; car nous ne pouvons vcàr que les mouvements extérieurs, et le principe interne de l'action , avec ks ressorts auxquels il s'applique^ échappent, par leur nature, à tous les sens et à toute faculté de représentation. Mais si, d'ime part, c'est une volonté, une intelligence par-

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