‹ ŒuvresChapitre 10 sur 65 · CHANT I. LE THÉMISTOCLE · texte numérisé non relu

CHANT I. LE THÉMISTOCLE

Pour reconquérir vos tombeaux.

Un peuple de soldats se lève :

Soyez ses chefs armés du glaive , Et marchez devant nos drapeaux. »

C'était au jour naissant. Une aurore nouvelle Sortait du sein des eaux , et la terre avec elle : '< Quel est ce pâle azur qu'à l'horizon des mers Colore du matin la lumière dorée ?

— C'est elle. La voilà ! c'est la terre sacrée, ^ La patrie. » Et leur chant remontait dans les airs :

« Sparte, Sparte, tu dors encore !

Quand sortiras-tu du sommeil?

Ouvre les yeux , et vois l'aurore Te préparer un beau réveil.

Revêts-toi de ta gloire antique ; Va soulever la vieille Attique.

Pleurante au pied du Parthénon ; Et courez, exemples fertiles, Ou mourir comme aux Thermopyles, Ou vaincre comme à Marathon. »

De Sparte en ce moment les montagnes lointames Montraient à l'horizon leurs nuages d'azur; Va les rayons nouveaux d'im jour suave et pur

-i POÈME DE LA GRECE.

Du Taygète doraient les cimes incertaines. Sparte était là, cachée; et moi, du haut des mâts. Vers elle, sur ses monts portant mes yeux rapides, Je plongeais des regards fixes, tendus, avides; Je la cherchais partout, je la nommais tout has; Je riais , je pleurais. La liberté , la gloire , Léonidas, Hélène, et la fable, et l'histoire, La Grèce avec ses arts , ses sages , ses héros , Tout devant moi montait à l'horizon des flots. Et je voyais la Grèce, et je n'osais le croire ! Et, lorsque de plus près je la sentis venir... D'un semblable moment qui perdrait la mémoire! 0 mon cœur, comme il bat à ce seul souvenir !

«Non, d'une si belle patrie Les destins ne peuvent mourir.

Sa gloire , vingt siècles flétrie , '' Sous nos armes va refleurir.

Naître Grecs , et ramper esclaves !

Brisons de nos lourdes entraves L'opprobre assez longtemps porté ; Et si nous manquons la victoire , La mort aussi donne la gloire , l^^t le tombeau , la liberté. »

r.UANT 1. L\L TllEMISTOCLI-:. 73

C'est ainsi (|ije leurs chants saluaient ces rivages Qui bientôt devaient voir renaître les héros. Loin (les tyrans du moins et libres sur les flots. De la poupe, des mats, des vergues, des cordages, Ils chantaient à la mer leurs sublimes complots.

Quelle noble rougeur brunissait leur visage ! Comme leurs yeux, ces yeux noirs, larges et brillants, Contre le joug hideux s'armaient étincelantsî Comme leurs bras roidis déliaient l'esclavage Que semblaient en fureur fouler leurs pieds brûlants !

De quelle intrépide colère Leur main serrait ma main, quand, voguant avec eux , En face de la Grèce , à ce chœur belliqueux

Je mêlais ma voix étrangère !

Mais loi surtout, leur chef! toi , puissant Tombasis ! ' Je crois te voir encor. près de tmi jeune fil^ Debout. le l'ronl bruni, beau de haine et d'audiicf.

Déjà terrible aux Osnianlis, De ces chants précurseurs leur lancer la menace.

Son œil , sa voix . son port , son geste est d'un vainqueur. Non, quand sous l'habit grec bat un semblable cœur,

Non, la Grèce n'est pas flétrie.

Vrai tils d'une si noble et si belle patrie ! Âh I s'il était enfin quelque sort à tenter, Si, pour venger la Grèce, en quelque grand ouvrage Il pouvait entrevoir l'emploi de son courage \ Qu'on le verrait bientôt sans regret tout quitter ! Et des champs d'Odessa le fertile voyage , Et Marseille, pour lui généreuse à son tour,

Et ses plaisirs de chaque plas^e.

Et ses doux repos du retour !

Et sa chère maison, vers Sunium tournée, •'

Qui, comme un nid d'aigle dans l'air.

Domine et surveille la mer.

De terrasses en fleurs à chaque étage ornée I

Oui, j'en crois ce regard, l'heure bientôt viendra ;

L'avenir est dans ma mémoire.

Le premier, des enfants d'Hydra, D'ali'ranchir sa patrie il tentera la gloire; Le premier, sur tes mâts, ô mon noble vaisseau, 0 toi dont le nom seul prédit les destinées.

CHANT I. LH ÏHÉMISTOCLE.

Aux mers par le croissant trop longtemps profanées ïombasis de la croix montrera le drapeau.

Et moi, de retour dans ma France.

Près de mon cher foyer assis .

De loin j'entendrai les récits Des jours que voit mon espérance ; Et peut-être, en mes chants alors.

D'une àme orgueilleuse et charmée.

Je répandrai sur tous nos bords Ma joie et votre renommée.

Mais la terre s'élève ; elle approche ; ô transport 1 Baissez la voile. Allons. La Néréide est prête?-' Par respect pour la terre, en revoyant le port, Tous ils se sont parés de leurs habits de fête. ^" Ah ! je m'enivre aussi de l'aspect de leurs monts ; Je suis Grec avec eux : oui, c'est là ma patrie, Oui, comme eux je reviens à la rive chérie, J'en sais tons les sentiers, j'en connais tous les noms.

Sous l'éclat du matin la mer de Salaminc Tout entière déjà se meut et s'illumine ; Partout le soleil d'or y roule ses rayons. Ranime ainsi la Grèce, ô réveil qu'elle implore! Et comme ce beau jour sur l'Archipel qu'il dore, Du ciel oriental sort à flots triomphants, Jour de la liberté, succède à ton aurore, Et viens briller sur nos enfants.

LE PÉLOPONESE

Arrivée à terre, — Premier aspect de la Grèce, de son ciel, de ses montagnes. — Contraste que présentent la beauté des lieux et l'état moral du pays.

V.e chant reporte le leiteiir au commencement de Tannée 1820.

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