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Un homme, en ce moment assis sur le rivasje , ^'' M'entendait, et se lève. En lui je reconnais La démarche, le port, l'habit de l'Albanais. Beau , sous son manteau blanc, et hardi de visage. Le front luisant, l'œil i^ris, et tout l'aspect sauvage, 11 s'avance. Ln poil ronx, qui de son épaisseur Surcharge en la cachant sa lèvre hérissée . De ses dents au soleil fait briller la blancheur ; Kt la brune aveline a prèle sa couleur A cette chevelure en deux parts amassée, Qui bat sur son épaule, en ondes balancée. Il marche avec lenteiu', (h- la main s'appuyant
Sur les armes d'argent qui chargent sa ceinture , Et, d'un œil circonspect, sur la riche nature Jette, par habitude, un regard défiant.
Il s'approche; il me dit : « Tu parles sans sagesse. Frank, ton esprit t'abuse, et tu juges la Grèce Comme ces autres Franks sur ce bord passagers , Qui, voyageurs d'un jour, en parlent si légers. Qui t'a dit que les Grecs ont perdu toute envie De reprendre l'honneur aux dépens de la vie? Peut-êlre la Morée et TAttique en effet Ressemblent au tfibleau que ta plainte en a fait : La vallée est soumise, et la plaine est esclave; Mais la forêt est libre, et la montagne est brave. Là, n'ont jamais cessé les exploits glorieux. Vous vantez ces vieux Grecs qu'on nomme nos aïeux : S'ils eurent avant nous des armes mieux trempées. Et jamais aux pachas n'ont remis leurs épées, ^7 Il se peut : Thémistocle , Agis , Léonidas , Vos noms européens, je ne les connais pas; Mais je connais Lambros : il vengeait la patrie ; .le connais Andrutzos, je connais Zacharie, Tzavella, BlaçAvas, Nicotzara, Zidros :
Et je sais des chansons pleines de ces héros. '^ Du vieux Boukovallas t'a-t-on chanté l'histoire? Le fusil de Christos , sa i)ortée, et sa gloire !
CHAiNT 111. LATTIQUK. lOii
Kt de Konto-iaiinis le sabre si vanté.
Qui dit, de fils en fils, t\ sa postérité : J'appartiens à celui qui hait la tyrannie? L'Europe est-elle enfin si loin de l'Albanie Qu'elle n'ait pu savoir les exploits de Souli? Ce jour, témoin fameux de la fuite d'Ali , '"y Lorsque du fleuve noir la montagneuse ville Vit quinze cents guerriers en vaincre trente mille ? Et Moscho , qui portait, en ce jour triomphant, Sur un bras son fusil, sur l'autre son enfant? 3" Étaient-elles aussi sans force et sans courage Ces mères , préférant l'abîme à l'esclavage , Qu'on vit duhautdes rocs, en des temps moins heureux. Lançant leurs nouveau-nés, se lancer après eux? En se donnant la main , l'une à l'autre complice, Ensemble elles dansaient au bord du précipice ; A chaque nouveau tour du cercle frémissant, La plus proche du bord y tombait en passant, Et toutes, resserrant la ronde funéraire, Tombèrent, en chantant, juscjues à la dernière.
« Si ce généreux sol longtemps s'est re[)osé , De haine et de courage il n'est pas épuisé; Et Colocotroni du moins a fait connaître Quels hommes la Morée encor peut faire naître. .Ne vois-tu i)as déjà cpie's éelairs furieux
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lOf) P(H:.MK DE LA (iHKCK.
L'aspect d'un iinisiilnuiii allume en tous les yeux ! Suspends encor la plainte et retiens le reproche : Plus la nuit a duré, plus le matin est proche.
«Écoute, voyageur. De Corinthe à Patras Sans doute au hord du golfe ont cheminé tes pas? Eh bien : près de Patras , près du rivage niême , Il est un champ, nommé le champ de l'Anathème, ■^'■ Qu'une secrète haine a marqué de son sceau. Là, des pierres sans nombre élèvent un monceau; Là, chaipie Grec qui passe, irrité d'impuissance. En jette une, et dévoue un Turk à sa vengeance, ('haque pierre est un vœu, chatpie pierre est un sort. Et représente un glaive, et désigne une mort. L'anathème s'amasse, et la plaine est comblée. .\h! lorsque viendra l'heure en secret appelée, Que rOsmanli tremblant se l'ecommande à Dieu , Oui ; mais non pas à moi , non pas aux Grecs. Adieu. Mon nom t'est inconnu : tu le pourras connaître; Les cris des musulmans te rap|)rendront peut-être. Adieu , Frank. » De sa main il a pressé ma main; Et d'un pied bondissant il frappe le chemin. 11 s'éloigne : du sol on dirait qu'il s'empare. Qu'il marche confident d'un combat ipi'on prépare. Que déjà, dans son âme, il s'est senti vaincpieur; Et respoii' ((in rinspir(^ est i)Hssé dans mon conn".
rilANT m. 1. ATTlQLi:. 10'
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Cependant le vaisseau m'écarte de la terre. Auprès du gouvernail je suis monté in'asseoii*. Hélas ! non sans tourner un œil involontaire Vers le bord décroissant sons le soleil du soir. J'ai regardé longtemps, troublé par ma mémoire. Derrière Sunium baisser le globe d'or; Kt quand fut obscurci l'anticfiie promontoire . Le temple nu ciel luisait encor.
Du sein de l'Archipel, tout à coup frappé d'ombre . Comme un vaste miroir qu'un souffle aurait terni, Mes yeux encore au ciel pouvaient compter le nombre Des colonnes debout, sur l'azur embruni. Dernier reflet du jour, enfin leur blanche image Par degrés s'est éteinte , et sous l'ombre a passé. La Grèce à l'horizon n'est plus ({u'im beau nuage ; •le reofarde : il est clTacé.
La lampe est allumée auprès de la boussole. Jaune sous l'éclat i)ur de la huit! ([ui luit : L'autre lami)C. éclairant riui.ii^t' qui lonsolr' . '•
Commence à balancer sa veille de la nuit; La coupe de parfum au matelot qui prie A présenté du soir l'encens habituel ; ^ » C'est l'heure sainte où l'ange a salué Marie : Vénus se lève dans le ciel.
Quel silence descend des tranquilles étoiles ! Lui-même le malheur n'oserait pas gémir. Mouvantes lentement , sur les muettes voiles Je les vois se bercer : le ciel semble dormir. Beau soir ! calme de l'air! à peine sous la proue La mer roule le bruit d'un paisible ruisseau : L'air pur et velouté vient caresser ma joue , Doux comme l'aile d'un oiseau.
J'ai senti dans mon cœur ce silence descendre , Comme sur le vaisseau tout bruit s'évanouir. L'Albanais seul en moi se fait encore entendre. Grèce, de tes beaux soirs quand pourras-tu jouir! A cette heure elle dort , tandis qu'avec tristesse Je poursuis sur la mer mon nocturne chemin : Sommeille en paix ! et moi , belles îles de Grèce . Où m'éveillerai- je demain?