RAYONS DÉ VIABLES DU RADIUM
En commun avec M""' CURIE.
Comptes rendus de l'Acadcinie des Sciences, t. CXXX, p. 647, séance du 5 mars 1900.
Les expériences de MM. Giese], Meyer et v. Schweidler et Becquerel ont montré que les rayons du radium sont déviés dans un champ magnétique couime les rayons cathodiques (-). Nous avons montré d'autre part que le rayonnement du radium comprend deux groupes de rayons l^ien distincts : les rayons déviés dans un chauq) magnétique et les rayons non déviés dans un champ magnétique (^ ).
Or les rayons cathodiques sont, comme Ta montré M. Perrin, chargés d'électricité négative (^). De plus, ils peuvent, d'après les expériences de MM. Perrin et Lenard, transporter leur charge à travers des enveloppes métalliques réunies à la terre et à travers des lames isolantes {^). En tout point où les rayons cathodiques
( ' ) Ce travail a éLé fait à l'École municipale de Physique et de Chimie industrielles.
(2) GiESEL, Wied. Ann., t. LXIX, p. 834. — N. Meyer et v. Schweidler, PAysikalische Zeitschrift, t. I, p. ii3. — Becquerel, Comptes rendus, t. CX\IX, p. 996.
(■'') Comptes rendus, t. CXXX, p. 78 et 76.
(') Comptes rendus, t. CXXI, p. ii3o, et Annales de Chimie et de Physique, 7° série, t. M, 1897, P- 433. Dans les expériences de M. Perrin, l'ordre de la charge était de io-« coulombs pour une interruption de la bobine.
{'■•) Lenard, Wied. Ann., t. XLIV, p. 279.
sont absorbés, se fait un dégagement continu d'électricité négative. Nous avons constaté qu'il en est de même pour les rayons déviables du i"adiuni. Les rayons déviables du radium sont chargés d^ électricité négative.
Etalons la substance radioactive sur l'un des plateaux d'un condensateur, ce plateau étant relié métalliquement à la terre; le second plateau est relié à un électromètre; il reçoit et absorbe les rayons émis. Si les rayons sont chargés, on doit observer une arrivée continue d'électricité à l'électromètre. Cette expérience, réalisée dans l'air, ne nous a pas permis de déceler une charge ties rayons, mais l'expérience ainsi faite n'est pas sensible. L'air entre les plateaux étant rendu conducteur par les rayons, l'électromètre n'est plus isolé et ne peut accuser que des charges assez fortes.
Pour fpie les rayons non déviables ne puissent apporter de trouble dans l'expérience, on peut les supprimer en recouvrant la source radiante d'un écran métallique mince; le résultat de l'expérience n'est pas modifié ( ').
Nous avons sans plus de succès répété cette expérience dans l'air en faisant pénétrer les rayons dans l'intérieur d'un cylindre de Faraday en relation avec l'électromètre (-).
On pouvait déjà se rendre compte, d'après les expériences qui précèdent, que la charge des rayons du produit radiant employé était considérablement plus faible que celle des rayons cathodiques.
Pour constater un faible dégagement d'électricité sur le conducteur qui absorbe les rayons, il faut le mettre à l'abri de l'air, soit en le plaçant dans un tube avec un vide très parfait, soit en l'entourant d'un bon diélectrique solide. C'est ce dernier dispositif que nous avons employé.
Un disque conducteur MM {/ig. i) est relié par la tige métal-
(') A vrai dire, dans ces expériences, on observe toujours une déviation à l'éleclromèlre, mais il est facile de se rendre compte que ce déplacement est un effet de la force électromotrice de contact qui existe entre le plateau relié à l'électromètre et les conducteurs voisins; cette force électromotrice charge l'électromètre grâce à la conductibilité de l'air soumis au rayonnement du radium.
(^) Le dispositif du cylindre de Faraday n'est pas nécessaire, mais il pourrait présenter quelques avantages dans |le cas où il se produirait une forte diffusion des rayons par les parois frappées. On pourrait espérer ainsi recueillir et utiliser ces rayons diffusés, s'il y en a.