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coutume; ni.iis Tomission Hu précepte n'en est pas moins volontaire dans sa cause et coupable dans son principe. Le jeûne est pénible, le maigre incommode ! Mais s'il n'en coûtait rien à la nature , où seraient le sacrifice et le mérite? Le Carême n'est pas institué pour flatter les sens , mais pour les crucifier ; et à moins d'une souffrance extraordinaire, le jeûne n'est bon et méritoire, qu'autant qu'il mortifie. La santé, sans doute, est un bien précieux et même le plus précieux de la vie présente ; il est permis de la conserver , de la ménager ; mais la santé est-elle donc tout pour l'homme et surtout pour le chrétien ? Si l'on doit à son corps des soins raisonnables , ne doit-on rien à son ârae , à sa foi , à son salut, à son avenir éternel?
Le jeûne vous est pénible? Eh bien ! admettons, si vous le voulez , que vous ne puissiez , sans de graves inconvénients , embrasser la pénitence du Carême' dans tonte son étendue et dans toute sa rigueur : mais parce que vous ne pourrez jeûner tous les jours , est-ce une raison de ne jeûner aucun jour? Parce que vous ne pouvez ^accomplir toute la loi, est-ce une raison d'enfreindre toute la loi? Donnez du moins à Dieu selon la mesure de vos forces ; jeûnez quand vous le pouvez ; et , quand vous ne le pouvez pas , suppléez le jeûne par la prière
et par l'aumône ; affligez-vous de la nécessité oîi vous êtes de recourir à la dispense; portez dans un corps faible une âme forte, grande, généreuse, qui rende mille fois au Seigneur en prières , en actions de grâces , en dévouement , en sacrifices , en œuvres de miséricorde , le tribut qu'elle ne peut lui payer en mortifications corporelles.
Et ne dites pas, n. t. c. f. , que, d'après ces principes , il faut donner dans les excès; que presque personne ne sera exempt de la pénitence ; que si l'on doit craindre le relâchement, on doit craindre aussi les indiscrétions du zèle. Mais savez-vous bien ce que c'est qu'indiscrétion et sagesse? Et comment pouvez-vous voir des indiscrétions dans la simple observance des lois de l'Eglise? Nous sommes autant et plus que vous ennemis des indiscrétions! Mais est-ce bien dans notre siècle qu'il faut craindre les exagérations du zèle? Coupable comme il l'est, indifférent comme il l'est, on lui porte un défi public de commettre des indiscrétions en matière de pénitence. S'il s'agissait pour vous, comme pour les premiers chrétiens, d'observer plusieurs ('arêmes, de vous contenter d'un seul repas à la chute du jour, et de joindre à ces privations une multitude d'autres œuvres de piété et de pénitence , on concevrait vos alarmes; mais de quoi s'agit-il? De quarante jours
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de jeiin«?s , et de jeûnes adoucis par le privilège d'une collation qui n'était dans le principe qu'une conférence édifiante , propre à nourrir la piété , et qui est devenue depuis, avec la permission tacite de l'Eglise , une espèce de second repas. De bonne foi , V a-t-il dans tout cela quelque chose qui ressemble le moins du monde a des indiscrétions? La pénitence n'est-elle pas assez réduite , et pourraiton la réduire davantage , sans effacer toute différence , toute distinction entre le temps du Carême et les temps ordinaires?
Nous ne nous arrêterons pas , n. i. c. f., à réfuter un dernier prétexte qui a pour objet l'abstinence des viandes, et qui est moins au fond un prétexte d'économie que d'avarice ou de sensualité ; mais nous dirons que si le maigre est trop cher , il est plus cher encore de se ruiner en profusions et en folles dépenses , pour entretenir le faste des ameublements et le luxe des parures; nous dirons que si le maigre est trop cher , il est encore plus cher de couvrir les tables de gras et de maigre , comme il n'arrive que trop souvent dans le saint temps du Carême , au grand scandale des témoins et même des complices de ces indignes transgressions ; nous distinguerons enfin avec saint François de Sales, deux sortes de maigre : le maigre recherché et
apprêté à grands frais , et qui est plus cher , à la vérité; et le maigre ordinaire, qui diminue plutôt qu'il n'accroît la dépense ; et après avoir proclamé la loi , après avoir fait justice de tous les prétextes qui tendent à l'éluder ou à l'anéantir , nous vous disons à tous, n. t. c, f. : Faites pénitence , parce que le royaume de Dieu approche ' ; nous vous le disons, pécheurs , c'est pour vous principalement qu'elle est faite ; si vous la négligez , vous vous privez du dernier moyen de salut qui vous reste encore, vous vous fermez à jamais la porte de la réconciliation ; nous > oiis le disons , âmes justes et fidèles , qui voulez être conformes à l'image du Fils de Dieu , la pénitence n'est pas seulement une loi d'expiation , elle est encore la gardienne de l'innocence , et un préservatif contre la rechute dans le péché.
Mais à la pénitence extérieure joignons, >. r. c. F., la pénitence intérieure, la pénitence du cœur et de l'esprit , sans laquelle le jeûne et l'abstinence sont insuffisants et même inutiles. La mortiiication des sens est à la mortification spirituelle ce qu'étaient les sacrifices des taureaux et des génisses par rapport au sacrifice d'un cœur contrit et humilié; elle n'a de mérite et de vertu que par son union au sacri-
' Pœiiiteutiam ugitc , appiopiiiquat eniai regiiuiu cwioruni. haï th. IV. 17.
fice intérieur. Le Sage a dit que celui qui dompte son cœur vaut mieux que le conquérant qui emporte les villes d'assaut ' ; et moi je dis ce que vous avez mille fois entendu dire et répéter dans les chaires évangéliques , ce que vous avez pu lire mille fois dans les meilleurs livres spirituels, qu'un seul vice corrigé vaut mieux que plusieurs mois d'un jeûne austère ; qu'une seule passion surmontée vaut mieux que mille bonnes œuvres extérieures. Mortifions-nous donc , >. T. G. F., parle jeûne et l'abstinence ; mais jeûnons aussi en esprit et en vérité ; jeûnons selon la lettre , et jeûnons selon l'esprit , et pour nous animer à fournir courageusement cette sainte carrière , jetons les yeux sur la récompense promise à nos efforts , la communion pascale , la rémission des péchés et des peines temporelles qui en sont la suite , une mesure plus abondante de grâces et un droit assuré à la couronne de gloire.
' Melior est qui domlnatur animo suo, expugnatore cordlum. prov. XVI. 32.
INSTRUCTION PASTORALE