‹ ŒuvresChapitre 14 sur 58 · I.E JEUNE. M · texte numérisé non relu

I.E JEUNE. M

doctes lui ont reconnu cet avantage , et quelquesuns même se sont prévenus (\o cette idée au point de ne voir dans l'institution du Carême qu'une loi purement sanitaire : opinion absurde , s'il (ni l'ut jamais, mais qui piouve du moins qu'au jugement des hommes de l'art, les privations du Carême ne sont point , de leur nature , nuisibles à la santé. Votr,c santé! Ah! s'il faut vous le dire, ce sont les passions qui la détruisent, et non l'abstinence et le jeûne ; ce sont les fureurs du jeu , les tourments de l'ambition, les déchirements de l'envie, les raflinements de la délicatesse , les e\cès de la volupté, l'intempérance des viandes, l'abus des mets et des vins recherchés, véritables poisons qui, sous des apparences attrayantes , recèlent un principe de maladie et un germe de mort. Non, non, n. t. c. f., ce n'est pas la santé qui nous manque , c'est le zèle , c'est la crainte de Dieu, c'est la foi.

Votre santé! Et vos pieux ancêtres, ces fervents chrétiens, ces modèles de pénitence, étaient bien de grands jeûneurs, et cependant leur santé n'en était pas altérée : ils jemiaient aussi , et l'on sait avec quelle rigueur ces anciens solitaires , qui vivaient aussi longtemps q\ie des chênes, et dont les efforts d'un siècle entiei' avaient de la peine à abattre la constitution vigoureuse , fortifiée et comme durcie

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par tous 1rs j^enres de privations. — Mais ils étaient plus forts que nous. — Non, depuis rétablissement de TKglise , la mesure des forces humaines est restée la même, et la durée de la vie n'a point changé; on a vu des païens affaiblis par leurs désordres, pratiquer, après leur conversion, cette loi sainte, sans que leur vie en ait été abrégée , et l'on voit tous les jours des gens nourris avec délicatesse mourir à la fleur de l'âge , tandis que des hommes pénitents et austères, beaucoup plus faibles même de complexion , parviennent à un»' vieillesse avancée. INos pères étaient plus forts que nous ! Ou'entendez-vous par vos pères? Voulez-vous remonter au temps des patriarches? ?se remontez pas plus haut qu'un siècle. Il n'y a guères plus d'un siècle que la loi du Carême était généralement observée. Non, nos pères étaient ce que nous sommes , et s'il y a quelque différence entr'eux et nous , ce n'est pas dans la loi du jeûne qu'ils obser\aient , et que nous n'observons pas , ou que nous observons mal , ce n'est pas dans l'inclémence du ciel et le changement des saisons, c'est dans la décadence des mœurs et le refroidissement de la piété qu'il faut en chercher la cause.

La santé ! Voilà l'éternel prétexte des âmes tièdes et pusillanimes; voilà pourquoi on consulte son mé-

decin, son confesseur. Changez, leur dit-on, à peu près comme le tentateur à J.-C. dans le désert, changez ces mets défendus en mets légitimes, ces dures austérités en jouissances : die ut lapides isti panes fiant '. On arrache cette permission à force d'importunités ; mais le miracle ne se fait pas, et Tobligation reste la même. Le jeûne, dites-vous, vous est pénible : qu'en savez-vous ? Avez-vous seulement essayé vos forces , et si vous ne les avez pas essayées, ou que vous vous soyez laissé rebuter par l'incommodité légère d'un premier essai , comment pouvez-vous vous plaindre de la pesanteur d'un joug que vous n'avez pas même touché du bout du doigt? Le jeûne vous est pénible? Je le crois bien : au lieu qu'autrefois on anticipait l'âge prescrit, pour s'exercer et s'aguerrir de bonne heure aux travaux de la pénitence , non-seulement aujourd'hui on attend que l'âge arrive , mais quand l'âge est arrivé , le premier soin des pères complaisants , des mères trop faibles, est d'imagmer des excuses pour placer leurs enfants dans le cas de la dispense. Le tempérament se forme d'après les habitudes de la vie , et surtout de la jeunesse ; lorsqu'on est parvenu à un âge plus avancé , il n'est pas étonnant qu'on ait de la peine à se plier à un régime inac-

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