PS. CXLIV
* Imperavit ventis et mari , et fada est Iranquillitas magna.
UATTH. VI 11. 26.
JUBILÉ. lil
à ne pas recevoir en \ain ces Lettres de grâce qui \ous sont adressées par le suprême dispensateur des justices et des miséricordes de Dieu? Et comment ne nous empresserions-nous pas de recueillir avec une sainte avidité , avec tous les transports d'une joie pieuse, ces inestimables richesses qui nous viennent des sources mêmes de la foi ; eaux vives , puisées dans les plaies sacrées du Sauveur ' , célestes parfums exhalés de la tombe des bienheureux Apôtres, rosée sanctifiante que nous ont méritée le sang des martyrs et les larmes des anachorètes , reste précieux de la justice surabondante des élus de Dieu , à commencer par sa très-sainte Mère, la glorieuse Marie? Qui de nous, n. t. g. f., est assez riche pour refuser une grâce? Qui de nous est assez pur pour ne pas accepter l'indulgence? Vous vous plaignez quelquefois que nous mettons le salut à un trop haut prix; tous vous récriez contre les rigueurs de la loi et la sévérité de nos discours , vous prétendez que la Religion vous impose un joug que vous ne pouvez porter. Ah! >-. t. g. f., apprenez à la mieux connaître cette Religion toute de miséricorde , qui ne voudrait verser sur vos plaies que l'huile de la douceur et de la charité , et qui souffre elle-même quand vous la forcez d'y appliquer le fer et le feu ,
* Haurietis aquas ingaudio de fontibus Salvatoris. is. xii. 3.
reconnaissez votre mère à ses entrailles, aux divines effusions de sa tendresse , à la munificence de ses dons ; avouez que dans les jours de votre pèlerinage vous ne pouvez choisir une amie meilleure , une compagne plus douce ; que vous ne pouvez servir une reine plus généreuse. Admirez comme elle se montre envers vous bonne , compatissante , magnifique ! Que vous demande-t-elle pour effacer toute une vie de péchés , pour acquitter tant de dettes anciennes et nouvelles qui se sont accumulées sur votre tète conime un trésor de colère , sans cesse grossi par des iniquités ajoutées à des iniquités?
Vous demande-t-elle de vous réduire à la pauvreté de J.-C, de vous dépouiller de ces biens dont l'amour désordonné fut si souvent pour vous une occasion de tentation et de chute? Vous prescrit-elle de passer vos jours et vos nuits dans de longues veilles , dans une continuelle méditation de la loi de Dieu et de ses jugements, pour réparer tant d'omissions et de négligences que vous avez à vous reprocher à l'égard du grand devoir de l'adoration et de la prière? Vous impose-t-elle des pratiques austères , de rudes macérations , que n'auraient que trop méritées tant de sensualités, de recherches, de raffinements, de délicatesse, pour ne pas dire tant de grossières intempérances et de honteuses voluptés?
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Vous ordonne-t-elle d'aller dans les déserts et les solitudes pleurer votre âme perdue , votre Dieu offensé , votre éternité livrée et vendue à la première passion qui l'a marchandée ; dans ces antres et ces rochers de la Thébaïde qu'effrayaient, tout affreux et sauvages qu'ils sont eux-mêmes , les austérités des Pacôme et des Hilarion , qui n'avaient pourtant , comme vous , que le même ciel à conquérir , et qui avaient de moins que vous à expier les péchés qui en interdisent l'accès?
Ah! N. T. G. F., quand la Religion vous demanderait tous ces sacrifices, vous devriez les lui faire avec joie , pour retrouver votre âme misérablement engagée dans les voies de la perdition éternelle ! Mais non , elle ne met pas votre volonté à cette épreuve; elle vous dit : Faites quelque aumône, une aumône à votre choix , à la discrétion de votre cœur, et voici que tout va devenir pur en vous \ Elle vous dit : Faites quelques visites à J.-G. dans son temple , adressez-lui quelques prières , et votre prière pénétrera les cieux ^ et en redescendera avec la grâce, et J.-C. visitera votre âme; il la purifiora de ses souillures et l'embellira de vertus. Elle vous dit : Imposez -vous pour quelques jours un jeûne
' Date eleemosynam, et ecce omnia munda siint vobis. luc. xi. 41. ' Oralio humiliantis se, nubes penetrabit. eccl. xxxv. 21.
lii JUBILÉ.
facile , une abstinence légère , et non-seulement la peine éternelle vous est remise , mais la grâce de la peine temporelle elle-même vous est octroYée par surcroît. Elle vous dit : Confessez vos péchés , repcntoz-vous du mal que vous avez fait; enfant prodigue , revenez dans la maison de votre père , jetez-vous à ses pieds ; il vous recevra dans ses bras , il vous fera asseoir h sa table ; il ne veut tirer d'autre vengeance de votre infidélité que de vous traiter avec plus d'amour et de distinction que le fils demeuré fidèle.
Oui , N. T. c. F. , c'est pour ce faible retour qu'on vous offre la grâce et la vie : on ne vous demande que ces légers sacrifices pour oublier vos crimes , vous remettre vos dettes, et vous faire goûter les douceurs d'une seconde innocence ! Mais que parlé-je de sacrifice? Peut-on donner ce nom aux conditions qu'on vous impose? Vous inviter à vous repentir, vous exhorter h être bons , h rentrer en grâce avec votre propre cœur, h échanger vos tristes remords pour la paix d'une conscience pure, n'est-ce pas vous exhorter à faire votre bonheur? Tel est donc l'excès de votre miséricorde , ô mon Dieu ! vous nous promettez le ciel pour le bien que nous nous serons fait ; vous nous récompensez pour n'avoir pas voulu mourir, pour avoir désiré de vivre et de nous sauver !
Accourez donc , n. t. c, f. , à ces solennités de la pénitence ; tout vous y invite : la voix du Chef de l'Eglise, du successeur de Pierre, du Vicaire de J.-C, voix si puissante sur les cœurs fidèles , et qui tire encore un accent plus solennel et plus persuasif de ses paternelles douleurs; le saint temps de Carême où se renouvelle , par une pieuse commémoration , le sacrifice de la grande victime immolée dès le commencement pour le salut du monde ; le retour plus fréquent de ces faveurs signalées qui se sont multipliées dans les derniers temps, comme si le Ciel voulait à force de bienfaits triompher de votre insensibilité. Nos pères avaient à peine un souvenir éloigné de ces grâces séculaires, qui n'apparaissaient que de loin en loin, semblables à ces constellations célestes qui ne se montrent qu'à de longs intervalles; et voilà trois Jubilés qui se succèdent et se pressent dans le cercle d'un petit nombre d'années ! Seriez-vous excusables , si vous résistiez à ces aimables poursuites de votre Dieu , à cette touchante persécution de ses bienfaits? Que de regrets dans la suite de votre vie , que de regrets surtout à l'heure de votre mort , de n'avoir pas su profiter de ce temps favorable , de ces jours de salut ' , et ces regrets amers nous voudrions vous les épargner ! Vous diriez :
' Ecce nunc lempus acce.ptabile, ecce nunc dies salutis. cor. vi. 2.
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Le pardon m'était offert, et je l'ai refusé; qui sait maintenant que je le demande, si le Seigneur me l'accordera^? Ah! n. t. c. f. , est-ce la peine d'acheter de nouveaux remords par la perte , irréparable peut-être, de la grâce du Jubilé? N'en avez-Yous point assez de ces serpents pour déchirer votre cœur , pour empoisonner votre vie , et ne devez-vous pas être heureux de trouver un remède qui vous épargne leurs morsures , et vous délivre de leur venin.
» Quis scit si convertatur , et ignoscat Deus ? jonas. m. 9.
INSTRUCTION PASTORALE