COR. V
- Bencdictus qui venit in nomine Domîni. marc. xi. U.
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dispositions dans l'ordre légitime de nos pouvoirs , résiste à Dieu même ' , et que les révolutions des temps, pas plus que celles des hommes, ne peuvent changer la divine constitution que J.-C. a donnée à son Eglise ; si quelquefois môme , nous sommes forcé , contre l'inclinaticn de notre cœur , de nous armer de sévérité pour faire plier des volontés rehelles , quelles ahondantes compensations à ces tribulations passagères la divine Providence ne nous ménage-t-elle pas dans ces visites heureuses où , plus rapproché de nos enfants , confondu au milieu de vos rangs pressés , entouré de vos empressements comme d'une couronne de joie , nous n'avons à nous défendre que de l'excès de notre attendrissement , en vous voyant tels que vous êtes dans la sincérité de votre foi , et l'abandon de votre confiance , livrés aux inspirations spontanées de vos cœurs, à l'élan religieux de vos âmes naturellement chrétiennes ^ ? Il nous semble, à chacune de nos stations évangéliques , qu*e la manifestation des sentiments dont nous sommes les témoins ne peut être surpassée ni égalée par aucune autre , et nous avançons toujours avec une consolation nouvelle dans ce vaste champ dont le Père de famille nous a confié la culture ! C'est la
* Qui resistit potestati , Dei ordinationi resistit. rosi. xiii. 2.
* Testimonium anicnse naturaliter christianee. terti'llien
AU SAINT-ESPRIT. ISl
louange que nous nous sommes plu à donner aux premières églises que nous avons visitées ; c'est la justice que nous devons rendre à Villefranche , où la piété est un honneur , et qui mot sa gloire dans la profession publique de sa foi ; à Najac , à Saint- Salvadou, à Prévinquières, à tant d'autres églises de ces districts ecclésiastiques , qu'il serait trop long de citer , mais dont le souvenir est toujours présent à notre cœur ; terres favorisées , où le génie du mal semble n'avoir laissé aucune trace de son passage ! Eh ! que ne nous est-il permis de nommer une paroisse qui nous a fait goûter une des plus douces joies que puisse ressentir l'âme d'un pasteur ; une paroisse dont on nous a rendu le témoignage que tous les fidèles qui la composent ont été vus , à la dernière Pâque , passer du tribunal de la Pénitence au banquet eucharistique, sans qu'un seul appelé manquât à ce festin des élus ! Ah ! que son nom reste ignoré , il suffit qu'il soit connu du Ciel; qu'il reste ignoré , par respect pour le mystère dont le Seigneur aime à couvrir les opérations de sa grâce , et par égard pour la modestie d'âmes simples, qui s'étonneraient d'être louées pour avoir rempli un devoir ; mais que cette église soit bénie pour les larmes délicieuses qu'elle a fait couler de nos yeux ; et puisse son exemple exciter parmi toutes ses sœurs
nue généreuse émulation de fidélité aux saintes traditions dont elle a continué la chaîne !
Nous n'attendons pas de vous des dispositions moins chrétiennes, fidèles de Millau, de Saint- Geniez, de Nant, de Saint-Jean-du-Bruel , et de toutes les églises comprises dans notre itinéraire apostolique, vous dont on nous a raconte des choses si glorieuses pour votre foi , et si précieuses pour notre édification ! Que de motifs se réunissent pour nous faire espérer que cette visite sera couronnée de fruits abondants ! Nous venons , après les jours de la pénitence , recueillir dans la joie ce que vos pasteurs ont semé dans les larmes ; nous venons fortifier en vous les résolutions do la Pâque, et cette vie nouvelle à laquelle vous êtes ressuscites avec J.-C; nous venons vous confirmer dans la grâce du Jubilé, qui a dû laisser dans vos âmes des impressions si douces et si profondes ; nous venons enfin vous apporter les dons du Saint-Esprit dans le temps même oii l'Eglise se dispose à célébrer l'anniversaire de sa descente visible sur les Apôtres. Bien que nous n'ayons à les distribuer qu'à une portion du troupeau , toute la communauté des fidèles doit se préparera les recevoir, les uns par le sacrement, les autres par les désirs et les aspirations de la foij car il n'en est pas, n, t. c. f., de la com-
mémoration de nos mystères évangéliqiies , comme de l'anniversaire de ces événements mémorables , mais purement humains , qui ont apporté quelque gloire dans l'histoire des hommes , ou amené quelque changement dans la destinée des nations : ainsi qu'une cité consacre , par une fête annuelle , l'époque de sa fondation ; qu'un peuple célèbre , chaque année , le jour qui lui donna la victoire , ou lui rendit sa prospérité , je vois dans ces souvenirs un monument plus ou moins glorieux , mais qui ne renouvelle en rien les faits accomplis dont il perpétue la mémoire; les mystères chrétiens, au contraire, que le cercle de l'année ramène successivement sous nos yeux , ne se bornent point à une simple réminiscence des bienfaits qu'ils apportèrent au monde; mystères toujours vivants, toujours pleins d'une efficacité et d'une vertu divine , ils peuvent encore reproduire en nous tous les effets qui leur sont propres , si nous savons les célébrer avec cette puissance de foi qui rapproche la distance des lieux et l'intervalle des temps.
Sur ce principe, x. t. c. f. , quand les mystères de douleur ont été offerts à nos religieuses méditations , à notre pieuse compatissance , nous avons pu recueillir les mêmes grâces que si nous eussions assisté aux scènes déchirantes du Jardin , du Pré-
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toirc et du Calvaire. Quand nous a\ons célébré la Résurrection du Sauveur , nous avons pu , nous avons dû ressusciter avec lui dans la nouveauté de nos mœurs *. Quand nous solennisons son Ascension triomphante , nous pouvons le suivre , non pas de nos yeux , mais de nos vœux et de nos cœurs , dans les joies de son éternité.
Maintenant donc qu'il va , selon sa promesse , envoyer son Esprit à ses Apôtres , c'est ce même Esprit qu'il nous faut recevoir dans les nouvelles solennités qui s'apprêtent; mais pour le recevoir comme les Disciples , nous devons nous y préparer comme eux. S'il ne s'agissait que d'honorer la mémoire de cet événement miraculeux qui a changé les Apôtres , et par eux l'univers , nos cantiques de joie , nos hymnes d'actions de grâces suffiraient à cet anniversaire de triomphe et de gloire ; mais comme il s'agit de réaliser en nous toutes les circonstances de ce grand mystère , nous ne pouvons y réussir qu'en nous disposant connne les Apôtres à la venue du consolateur promis : or , nous lisons dans le récit de leurs actes , qu'ils s'y préparèrent par la retraite , par la prière et par de saints désirs.
Par la retraite : avant de quitter la terre , Jésus
1 In novitate sensûa vestri. rom. xii. 2.
leur avait dit : Demeurez en repos datis la ville , jusqu'à ce que vous sotjez revêtus de la force d'en haut\ Dociles à cet ordre, ils redescendent paisi- ])lcnicnt de la montagne d'où ils avaient vu le Sauveur s'élever avec majesté vers le Ciel , et se retirent a\ec les soixante et douze Disciples dans le Cénacle, qui leur rappelait tant de miracles de puissance et de bonté. Certes, s'ils eussent écouté les conseils de l'empressement humain , éblouis qu'ils étaient encore du grand spectacle dont ils venaient d'être les heureux témoins , ils eussent parcouru la ville de Jérusalem en proclamant à haute voix la divinité de leur Maître , et leur zèle impatient se fût partagé la terre pour la gagner à J.-C. Non , ils savent que l'heure n'est pas encore venue ; ils savent de plus que l'Esprit de Dieu ne se communique point à l'homme dans le trouble^, mais dans la paix.
Ils entrent donc dans une profonde retraite : entrons-y comme eux, n. t. c. f. , si nous voulons recevoir le Saint-Esprit dans nos cœurs ; que chacun de nous s'applique , durant ces jours préparatoires , à faire de sa maison comme un sanctuaire et un autre cénacle d'où soient sévèrement bannis le bruit du monde , le mouvement des affaires ,
1 Sedete in civitate donec induamini virtute ex alto. luc. xxiv. 49. - Non in commotione Dominus. 3. reg. xix. 11.
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et toutes ces agitations tumultueuses qui tourmentent si vainement notre vie\ Que si d'impérieux devoirs, le soin d'une famille, les intérêts d'un commerce, ne vous permettent pas de vous donner tout entiers aux saints exercices de la retraite, retranchez du moins ces visites oiseuses , ces conversations inutiles , ces lectures frivoles , cette curiosité si vaine et si creuse de nouvelles et de nouveautés ; du moins comprimez ces mouvements trop impétueux de l'âme , cet empressement trop vif pour des soins d'ailleurs légitimes ; prêtez-vous au monde et aux affaires , mais sans vous y livrer ; rappelez ces sens égarés , recueillez ces esprits dissipés qui vont sans cesse , se répandant et se divisant dans la multitude des objets extérieurs , demander aux créatures des satisfactions que les créatures ne peuvent leur donner.
11 est, en effet, >'. t. c. f., deux sortes de retraites : une retraite extérieure , qui consiste dans la séparation d'avec le monde ; une retraite intérieure , qui se forme au dedans de nous par la pratique du recueillement et le sentiment de la Divinité présente : la première n'est bonne et méritoire qu'autant qu'elle est unie à la seconde ; la seconde peut avoir toute sa grâce et sa perfection indépen-
' Homo frustra conturbatur. PS. xxxviii. 7.
damment de la première , et c'est principalement à celle-là que je vous invite h donner tons vos soins. Vous ne pouvez, je le sais, passer toutes vos heures dans le Temple saint, à l'ombre du Tabernacle , dans le secret de la face de Dieu ; mais ne pouvez-vous l'appeler, le chercher, le trouver habituellement dans le sanctuaire de votre cœur? ^'e pouvez-vous , avec l'aide de la grâce , former dans votre âme , par la pureté d'intention , le détachement et la sainte liberté des enfans de Dieu , une heureuse solitude , inaccessible au trouble et aux inquiétudes du siècle? Ainsi le pratiquaient les Saints , nos maîtres et nos modèles; ainsi une sainte Thérèse, au milieu des sollicitudes , des voyages , des travaux sans nombre qu'exigeait !a fondation ou le gouvernement de ses monastères répandus sur la surface d'un grand royaume , avait trouvé le secret de se faire un oratoire intérieur , et comme une solitude portative qui l'accompagnait dans ses marches , et où elle s'entretenait sans cesse avec Dieu. Oui, N. T. c. F., il y a dans le fond de notre cœur, bien au delà de cette région grossière où arrivent les impressions des sens , et où se fait entendre le tumulte des passions, il y a, disons-nous , un dernier asile, un lieu plus secret, plus retiré, plus impénétrable, où se fait un admirable silence. C'est
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là que nous vous exhorions à \ous recueillir dans l'attente du Saint-Esprit : il \iendra , n'en doutez point , attiré par le charme de cette retraite , et trouvant la place lihre, il y fixera le règne de sa grâce et de sa paix.
Mais à la retraite joignez la prière , à l'exemple des Apôtres, fis persévéraient tous ensemble, dit l'Ecrivain sacré, dans une prière unanime\ On voit assez à cette unanimité, à cette persévérance, qu'il n'est point ici question d'une prière ordinaire , mais d'une prière proportionnée à l'excellence du don qu'ils attendaient. Eh ! quel don plus riche , plus excellent, plus j)arfait que celui de cet Esprit- Saint , égal au Père et au Fils , qui devait les consoler de l'absence de Iciu' Maître? Si nous devons prier pour obtenir la grâce , combien plus pour attirer en nous l'Esprit sanctificateur à qui sont attribuées toutes les opérations de la grâce , et par qui la charité de Dieu même est répandue dans nos cœurs^? Il ne s'agit plus ici de demander à Dieu une assistance particulière dans tel besoin , dans tel danger, dans telle entreprise; il s'agit de lui demander tous les biens à la fois dans un seul bien, qui est le don de lui-même. L'Esprit que
1 Eiant omnes persévérantes unanimiter in oralione. act. i. i i. * Charitas Dci dilfusa est in cordibus nostrls per Spiritum sanctum. ROM. V. 5.
VOUS attendez est un Esprit de sagesse qui , en vous faisant goûter la vertu et les choses de Dieu , vous détachera du monde et de ses fausses joies; wi Esprit d'intelligence qui vous donnera ce sens nouveau , ce sens intérieur ' , phis subtil et phis exquis que les autres, qui nous fait connaître et sentir les mystères de Dieu , un Esprit de conseil qui vous éclairera dans vos doutes, et vous dirigera dans vos voies ; un Esprit de force qui vous affermira contre les tentations et tous les genres d'épreuves; un Esprit de science qui , dans sa lumière , vous fera voir toute vérité ^• un Esprit de piété qui vous rendra le jouij du Seigneur doux et son fardeau léger; un Esprit de crainte, mais d'une crainte fdiale , qui sera pour vous le commencement et la perfection de lu sagesse '\
L'Esprit que vous attendez est accompagné des fruits les plus rares et les plus excellents : fruits divins ; fruits délicieux , mûris aux rayons du Soleil de justice ; la plante qui les porte a sa racine dans le Ciel , cl l'eau qui les arrose est ce fleuve jaillissant qui réjouit la cité de Dieu. Ces fruits si doux, cest la charité , c'est la joie , c'est la paix , la
* Dédit nobis sensum ut cognuscamus verum Deum et simus in vero filio ejus. 1. JOAN. V. 20.
' In lumine tuo vidcbimus lumen, ps. xxxv. 10. ^ Iniliiim sapientiœ timnr Domini. vs. ex. U).
bonté, la mansuétude, ki foi, la modestie, la chasteté * ; c'est tout ce que les vertus otîrent de plus délicat, de plus aimable et de plus pur. Que de motifs pour nous , n. t. r.. f., de prier, non pas avec cette langueur qui paralyse si souvent nos prières, mais avec cette ardeur, cette unanimité, cette persévérance dont les Apôtres assemblés au Cénacle nous donnent un si bel exemple ! Prions donc, N. T. c. F., prions dans l'attente de l'Esprit qui doit venir; prions dans le lieu saint et en union avec nos frères assemblés au nom de J.-C. Priez dans vos maisons, au milieu de vos enfants et de vos serviteurs; jamais un objet plus grand et plus digne d'envie ne fut proposé à votre religieuse émulation.
Et quand je parle de prier, j'entends surtout cette prière du cœur, cette prière de désir, ces aspirations saintes , ces élans de l'âme qui n'ont pas besoin de longues formules, ni de la multitude des paroles. On peut parler beaucoup à Dieu , dit saint Augustin, sans le prier. Parler beaucoup dans la prière , continue le même docteur, c'est embarrasser une affaire importante dans des discours superflus ;
1 Fnictus aiitem Spiritûs est charitas, saudium, pa\ , patientia, benignitas, bonitas, longanimitas, mansuctudo , fides, niodcstia, continentia , caslitas. cal. v. 22. 23.
prier beaucoup, c'est frapper au cœur de celui que nous prions par un pieux et continuel mouvement de notre âme ; cette grande afTaire se traite avec plus de succès par des gémissements que par des discours , pai- des larmes que par un long circuit de paroles' : oui, la prière, conclut ce saint docteur, consiste dans un désir continué, et c'est ainsi que nous devons et que nous pouvons remplir le précepte de prier sans relâche, de prier toujours^. C'est bien aussi de la sorte que priaient les Apôtres dans leur bienheureuse retraite. Leur historien ne nous dit rien autre chose , si ce n'est qu'ils priaient ; mais ce silence même nous donne assez cà entendre quelle était la nature de leur prière : c'était une prière auprès de laquelle languit toute parole humaine, qui n'a pas même d'expression dans notre faible langue , et qui ne peut être rendue que dans celle qu'on parle au Ciel. Eh ! qui pourrait dire leurs saints désirs, leurs ^œux embrasés, leurs oraisons toutes de feu, et avec quelle ardeur leur âme impatiente se portait au-devant de l'Esprit qui leur était annoncé? Imiterons-nous, n. t. g. f. , ces admirables exemples? Ah! du moins, appelons eu nous le Saint-Esprit , selon l'étendue de nos
' Plus gçmilibus quàm sennoiiibus, plus tletu quàm alïntu. "^ Sine intermissiono orate. l. thessal. v. 17.
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forces et la mesure de notre grâce : adressons-lui souvent avec l'Eglise cette prière qu'elle emprunte aux Ecritures :
« \ enez , Esprit-Saint , remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez-y le feu de votre amour; envoyez votre souffle, et tout sera recréé, el vous renouvellerez la face de la terre. » Jamais la terre peut-être n'eut un plus grand besoin de ce renouvellement. Aux premiers jours de la création , quand les ténèbres couvraient encore la face de l'abîme, vous étiez porté sur les eaux\ et votre vertu toute -puissante mettait de Tordre dans ce chaos , et déterminait les lois qui devaient régir les élémens : quand vous descendîtes sur les Apôtres, des ténèbres plus épaisses encore enveloppaient le monde perdu dans l'ignorance, dans le crime et dans le malheur; mais votre rayon céleste, perçant ces ombres affreuses, fit lever sur l'univers un jour plus beau mille fols que celui qu'il reçoit du soleil, quand ce grand astre resplendit dans sa gloire : aujourd'hui nous sommes aveugles au milieu même de la lumière ; ce n'est plus dans l'ignorance, c'est dans la science elle-même que l'homme s'est corrompu ; le bien et le mal sont
* Spiritus Domini ferebatur super aquas, et tenebrœ erant super faciem abvssi. ges. i. 2.
AU SAINT- ESPniï. lor,
confondus ; par l'abus le plus criminel du raisonnement , la vérité est appelée mensonge , et le mensonge vérité ; on répudie la sagesse des siècles , et le bon sens aussi vieux que le monde, pour encenser une sagesse née d'hier , et un sens perverti dont le propre caractère et le mérite facile est dans la contradiction et l'audacieux démenti de tous les principes et de toutes les idées qui ont toujours passé pour Incontestables dans l'opinion des hommes; il ne s'agit plus d'organiser le chaos, d'établir l'harmonie entre les éléments , c'est dans l'intelligence humaine que se manifeste le désordre , et que se forme un chaos moral oii toutes les idées se heurtent , se combattent , s'entre-détruisent , et oii menace de s'éteindre , avec le flambeau de la foi , le flambeau même de la raison. Le cœur de l'homme n'est pas moins dépravé que son esprit; les liens d'amour et de charité dans lesquels nous resserre la Religion , ceux même de la famille s'affaiblissent; la bienveillance, la pitié, les relations les plus aimables , les plus doux sentiments de la vie se refroidissent; l'homme s'isole de l'homme, ou ne s'en rapproche que par calcul , et se concentrant dans un sec égoïsme , et dans un moi brutal , il élève au milieu de son cœur un trône et un autel où il se proclame lui-même son maître et son Dieu.
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Venez donc , ô Esprit créateur, renouveler cette société qui va se dissoudre. Vous êtes l'Eprit de vérité : venez la faire connaître à ceux qui l'ignorent , la réconcilier avec ceux qui la combattent , la répandre plus abondamment dans le cœur de ceux qui raiment. Vous êtes TEsprit d'amour : apportez-nous la concorde cl la paix ; adoucissez les cœurs aigris ; unissez-nous tous dans une mutuelle charité , comme vous unissez le Père et le Fils dans d'éternels embrassements ; mais surtout embrasez-nous de l'amour divin; en devenant meilleurs pour Dieu , nous eu deviendrons meilleurs pour nos frères. Vous êtes l'Esprit de consolation , consolez les cœurs affligés, soutenez les âmes souffrantes , faites-leur trouver un doux rafraîchissement dans les eaux vives de votre grâce. Vcni , Sancte Spiritus , emitte Spiritum luum , cl creahuntiir , et renovabis faciem tcrrœ '.
Après vous être ainsi disposés par la retraite , par la prière , et par de saints désirs , vous sentirez, N. T. c. F., se renouveler en vous les miracles qui s'opérèrent dans les Apôtres , à la venue du Saint- Esprit. Un vent impétueux ne se fera pas entendre , et n'ébranlera pas votre demeure ; mais le souffle de la grâce remuera doucement tout votre être , et
1 PS. cm. 30.
votre âme, agitée par ce souffle divin et cette inspiration céleste , éprouvera un ébranlement salutaire qui la réveillera de son assoupissement, et l'arrachera à une apathie funeste. Le Saint-Esprit ne descendra pas visiblement sur vos tètes , sous la forme de langues de feu : ces prodiges ne sont phis nécessaires à la vérité chrétienne , assez prouvée pour ceux qui veulent ouvrir les yeux à sa lumière , et toujours obscure et douteuse pour les infortunés qui s'aveuglent volontairement eux-mêmes ; mais un feu véritable , allumé par Dieu même , brûlera votre cœur , épurera toutes vos affections , animera toutes vos œuvres. Comme les Apôtres, vous ne parlerez pas toutes les langues ; mais vous parlerez le langage de la foi , de cette foi qui rend éloquente la bouche des enfants \ et le langage de la charité , qui est entendu de toute créature. Vous ne serez point appelée à porter par toute la terre le nom de J.-C; mais vous contribuerez à étendre son royaume par un autre genre d'apostolat , et non moins efficace et non moins méritoire; vous prêcherez J.-C. par la sainteté de votre vie , la pureté de vos mœurs , la persuasion de vos exemples ; vous lui rendrez témoignage par les miracles d'une vie innocente ou saintement pénitente ; vous le lui rendrez par une pro-
' Linguas infantium fecit discrias, sap. x. 21.