‹ ŒuvresChapitre 33 sur 58 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Qiiœciimque sunt vera , qucecumque jmdica, quœcumque sancta , qucecumque amabilia , qucecumque home famce > si qua virtus , si qua laus disciplime, hœc cocjitcUe. Que tout ce qui est \rai , tout ce qui est chaste , tout ce qui est saint , tout ce qui est aimable soit l'objet de vos affections et de vos pensées; s'il est quoique exercice digne de louange, propre à répandre la bonne odeur de la vertu , empressez-vous de le cultiver ' .

C'est une des belles institutions de l'Eglise , m. f., et l'un des bienfaits le plus précieux dont l'humanité soit redevable à la Religion , que cette nom-

' PHIUPP. IV. 8.

iG8 DÉVOTION

breuse variété de dévotions touch.intes , proposées à la piété des fidèles; dévotions si conformes à nos besoins et à nos misères, dont l'attrait se fait sentir au sage comme au vulgaire , qui consolent l'adversité , embellissent le bonheur , intéressent le cœur en le nourrissant d'espérances, rendent sensibles les plus hautes vérités intellectuelles en les mettant en action , pour ainsi dire , et leur donnant une expression par où l'esprit puisse les saisir ; entretiennent enfin et font fleurir parmi les hommes l'aimable émulation de la piété , et la glorieuse rivalité des vertus. Que de jeunes innocences le culte de Marie n'a-t-il pas préservées du souffle contagieux du vice ! Que de larmes amères la dévotion à la Croix n'a-t-elle pas changées dans les douces larmes d'une foi attendrie , et d'une compassion pieuse ! Quelle étude si approfondie de la Religion pourrait donc égaler cette science pratique que l'on peut en puiser dans ces scènes vivantes , où nos mystères viennent se représenter comme dans un miroir qui les réfléchit à nos yeux? On n'a pas assez apprécié peut-être tout ce que de semblables institutions ont apporté de consolations au malheur, d'encouragements à la faiblesse, de lumières à l'ignorance ; plusieurs même ont eu le malheur de n'y voir que des superstitions grossières mises à la

place de la -Religion pure et de la raison perfectionnée. Il n'y a pas jusqu'à la dévotion au Cœur de J.-C, ce culte de sentiment, cette dévotion de l'amour, qui ait pu trouver grâce aux yeux de cette sagesse étroite et de celte philosophie chagrine ; c'est moins pour combattre des erreurs que pour édifier votre foi que je viens vous présenter l'apologie du culte particulier d'adoration , d'amour et de reconnaissance que l'Eglise a voué dans ces derniers temps à l'objet le plus adorable , au Cœur le plus aimant et le plus généreux ; et voici tout mon dessein : Une dévotion se recommande par son principe , par son objet et par sa fin. Or, je dis qu'à la considérer dans son principe il n'est point de dévotion plus solide que celle du Sacré-Cœur de Jésus; que si vous l'envisagez dans son objet il n'en est pas de plus excellente ; et qu'eu égard à sa fin , il n'en est point de plus fructueuse. Telle est la louange que je consacre à la gloire du Cœur de J.-C, dont l'Eglise célèbre aujourd'hui la fête solennelle.

1" POINT. Dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, dévotion la plus solide : C'est ici surtout que se font entendre les réclamations les plus animées : on se récrie sur la nouveauté de cette dévotion ; on demande si la vénérable antiquité offre quelques vestiges de ces honneurs extraordinaires rendus au

Cœur de J.-C. On respecte avec un zèle affecté ces maximes , sages d'ailleurs , quand c'est la sagesse qui les interprète , qu'en matière de croyance et de pratiques religieuses , il n'y a de bon que ce qui est consacré par l'autorité des siècles , et que toute innovation est une atteinte portée au respect des anciennes traditions. Et d'où partent , je vous prie , ces reproches si graves d'innovation ? Quels sont donc ces zélateurs si passionnés de l'antiquité? Ne sontce point ces novateurs audacieux qui ont remué les anciennes bornes de la foi , qui ont tout changé , tout renouvelé , sous le prétexte de tout réformer , à qui l'on peut dire : vous n'êtes que d'hier , et l'antiquité ne vous connaît pas; ou bien encore ces sectaires plus circonspects , mais non moins dangegeux , ennemis de toute dévotion tendre et affectueuse , dont la dure théologie et la morale désespérante tendent à substituer une loi d'esclavage à la loi d'amour que l'Evangile nous a donnée.

Quoiqu'il en soit de l'injustice d'une pareille accusation dans la bouche de pareils hommes, il est bon de s'expliquer sur la nature même d'une accusation si sérieuse : Que veut -on dire lorsqu'on accuse de nouveauté la dévotion au Cœur de J.-C. ? Ce reproche s'adresse-t-il au fond même de cette dévotion , ou seulement à la forme sous laquelle elle

nous est présentée ? Mais d'abord , pour ce qui regarde le fond et la substance , qui oserait dire que le (]œur de Jésus n'a pas eu dans tous les temps des adorateurs ; que cette adoration même ne se lie pas essentiellement à l'adoration de la personne du Sauveur? Si le culte du Cœur sacré est un culte inoui dans les premiers siècles de l'Eglise , d'où vient que l'apôtre saint Paul exhorte si souvent les fidèles par la charité , par les entrailles de J.-C. ; qu'il leur recommande d'exciter dans leur cœur, les mêmes sentiments qui ont animé celui de J.-C? Hoc sentite in vobis , quod et in Christo Jesu. D'où vient que tous les Saints ont aimé à se recueillir dans ce côté ouvert , dans ce Cœur blessé , et que pour lui rendre des devoirs pieux , nous ne pouvons mieux faire que de leur emprunter leurs sentiments et leur langage ? Et ces effusions d'amour et de reconnaissance répandues dans les écrits d'un saint Augustin , d'un saint Bernard, d'un saint Bonaventure, ontelles un autre objet que la charité de J.-C, et la charité de J.-C peut-elle être séparée de son Cœur? Et si l'on ne veut pas faire remonter l'origine de ce culte à l'Incarnation du Verbe , qui ne voit du moins qu'il a pris sa source au Calvaire , à ce moment heureux et terrible , où , pour consommer le grand Sacrifice , la lance du soldat ouvrit le côté du Sau-

vcur, et en fit sortir, avec l'eau et le sang, toutes les richesses de la charité d'un Dieu pour les hommes ! Et qui ne voit enfin qu'il n'y a ici de nouveau que la témérité sacrilège , qui ne craindrait pas de faire le procès à tous les siècles, pour se donner le droit de censurer le sien.

Le reproche de nouveauté ne peut donc tomber que sur la forme actuelle de la dévotion au Sacré- Cœur , et nous répondons ici qu'à la vérité une forme inusitée , une expression nouvelle a été donnée à cette dévotion , d'ailleurs aussi ancienne que l'Eglise ; que déjà vivante dans les sentiments , elle s'est reproduite dans des formules, elle s'est manifestée dans des rites qui lui sont propres. Nous répondons qu'à la vérité la dévotion au Cœur de Jésus est nouvelle , si on la considère dans ce qu'elle a d'apparent et d'extérieur dans ses confréries, dans ses symboles , dans ses indulgences , dans la solennité de ses fêtes. Nous conviendrons encore qu'elle est nouvelle sous ce rapport , comme le culte de la vraie Croix et de la sainte Couronne , comme la dévotion aux Plaies adorables du Sauveur. Mais l'orthodoxie la plus rigide ne déverse aucun blâme sur ces pieux accessoires et ces utiles accompagnements de la piété chrétienne ; elle ne condamne que les nouveautés qui altèrent le fond des croyances , et non

ces modifications innocentes qui tendent à les développer, et qui ont leur racine dans l'antiquité elle-même. C'est la règle tracée par saint Augustin : Non nova , sed novè. 11 ne souffre point qu'on touche à la substance de la foi, qu'on introduise quelque changement dans les dogmes; mais il permet de renouveler, de rajeunir les pratiques qui les font .aimer. Quand une fois il est prouvé qu'une dévotion est revêtue de ce caractère, il ne s'agit plus que de s'enquérir si elle a reçu la sanction de l'autorité compétente. Or, l'autorité s'est prononcée en ce qui touche la dévotion au Sacré-Cœur ; et quelle autorité? En est-il de plus respectable et de plus décisive pour des enfants de l'Eglise? C'est une succession de souverains Pontifes , qui ne l'ont pas seulement approuvée comme pieuse et louable , mais qui ont ouvert en sa fa^ eur tous les trésors des grâces spirituelles ; c'est l'élite du Clergé de France qui , vers le milieu du dernier siècle * , réuni dans ses comices généraux, et acquiesçant à la prière d'une reine ^, plus grande encore par sa piété que par son rang suprême, a couronné, par ses sulTrages, ce culte d'amour, avec l'engagement imanime d'en favoriser l'exercice et d'en seconder les progrès de tous les efforts de son zèle, et de toute l'autorité de ses exemples.

' En nCô. - Marie Leckinska.

Mais pourquoi clioisir de préférence le Cœur du Sauveur pour l'objet de nos adorations? En quoi son Cœur est-il plus adorable que les autres portions de son humanité sainte? Voulons-nous diviser J.-C? Est-ce le cœur matériel lui-même , ou seulement un symbole que nous adorons? Vous voyez, m. f., à quelles misérables subtilités peuvent conduire l'esprit de secte et la manie de la contradiction. Non, sans doute; quand nous adorons le Cœur de J.-C, nous ne prétendons pas le séparer de sa personne divine ; non , ce n'est pas un cœur mort et inanimé que nous adorons; mais un Cœur vivant, un Cœur plein de divinité; c'est l'Homme-Dieu tout entier que nous adorons dans son Cœur, et vous demandez ensuite pourquoi c'est plus spécialement au Cœur que s'adresse ce culte privilégié ? Demandez donc aussi pourquoi tous les hommes rapportent au Cœur de leurs semblables tous les mouvements généreux , et tous les dévouements héroïques ? Pourquoi c'est au cœur de son bienfaiteur que l'obligé adresse les vœux de sa reconnaissance? Pourquoi dans toutes les langues comme dans toutes les pensées humaines le cœur a toujours été considéré comme le siège de la sensibilité , le symbole de la tendresse et la source des affections? Ce n'est pas par son esprit, par ses talents , par ses connaissances que l'homme est

quelque chose , c'est par son cœur ; c'est le cœur qui fuit tout l'homme , c'est du cœur que sortent le bien et le mal , c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle, c'est dans le cœur que s'allume le feu du génie et la flamme sacrée de la vertu ; c'est du cœur que jaillissent les grandes pensées , les illuminations soudaines , les inspirations , les dévouements sublimes ; les moralistes , les littérateurs n'ont pas ici un autre langage que l'Evangile. Que si après cela, par une obstination déplorable, on conteste, on refuse au cœur ces nobles facultés pour les attribuer à d'autres organes, nous dirons que toutes les chicanes et toutes les subtilités de l'erreur ne prévaudront point contre la vérité du langage universel, qui est l'expression de la raison de tous les peuples. Ne nous laissons donc point abuser, m. f., par les exagérations de ces rigoristes qui , sous le manteau de la Religion , cachent les stériles abstractions de la philosophie , et sous le prétexte d'écarter les dangers de la superstition , dessèchent toute la sève et toute la moelle de la piété chrétienne ; contradicteurs impitoyables qui , tout en se faisant les champions de l'antiquité, ne demanderaient pas mieux que de nous donner du neuf en fait de religion et de morale; censeurs chagrins et ombrageux dont on peut dire qu'ils sont les ennemis du Cœur de Jésus,

comme saint Paul disait avec larmes de ceux de son temps qu'ils étaient les ennemis de la Croix du Sauveur, et qui semblent avoir peur que Dieu ne soit trop aimé; comme si Ton pouvait mettre de l'excès dans un amour dont la mesure est de ne point avoir de mesure ! Xe craignons pas de nous égarer en écoutant l'Eglise de J.-C, qui s'est expliquée sur la dévotion au S?cré-Cœur , par la bouche de son Chef visible ; en écoutant celle église gallicane , que l'on cite toujours avec éloge quand on peut la supposer hostile à l'Eçlise Romaine, mais dont on se gardp bien d'invoquer le témoignage lorsqu'elle adopte et qu'elle appuie les décisions du Siège apostolique.

2^ POINT. Mais s'il n'est pas de dévotion plus solide que celle du Cœur de Jésus , à la considérer dans son principe et dans l'autorité qui la consacre , il est vrai de dire aussi qu'il n'en est pas de plus excellente , si on l'envisage dans son objet. Je sais , M. F., que dans les principes de notre foi , toutes les dévotions se rapportent finalement à Dieu , et que sous ce rapport elles ont le même mérite et une égale excellence ; mais indépendamment de cet objet final qui les termine, chacune d'elles a un objet plus immédiat qui la distingue et la caractérise , et c'est principalement par cet objet qu'elles doivent être appréciées. Ainsi le culte de la Croix est saint et

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louable , parce qu'il a pour objet immédiat le signe (le notre rédemption ; la dévotion à Marie est éminente, parce qu'elle se rapporte immédiatement à la créature la plus parfaite et la plus glorieuse qui soit sortie des mains du Créateur ; et de même de toutes les autres dévotions qui sont plus ou moins respectables , selon que leur objet se rapproche plus ou moins de Dieu même , à qui tout honneur et toute louange viennent définitivement se rappoi'ler.

Mais l'objet de la dévotion au Cœur de Jésus , ah ! c'est ce Cœur lui-même , ce Cœur l'orme par l'Esprit saint du plus pur sang d'une Vierge , ce Cœur , chef-d'œuvre de la nature et de la grâce , éclat de la lumière éternelle , miroir sans tache de la majesté de Dieu , image vivante de sa bonté ! Je n'ai pas dit assez, ce n'est pas seulcHient le Cœur du plus saint et du plus aimable des enfants des hommes ; c'est le Cœur d'un Dieu , le sanctuaire de toutes les perfections , où sont renfermés tous les trésors de la science et de la sagesse, le tabernacle où repose la majesté de Jéhova; c'est quelque chose de plus encore : c'est le Cœur d'un Homme-Dieu, c'est l'admirable mélange de tout ce qu'on peut supposer de plus pur , de plus aimable , de plus délicat , de plus tendre dans les affections du cœur de l'homme, et de tout ce qu'il

y a do puissance, de richesses, de générosité dans les affections du Cœur d'un Dieu ; c'est la compassion unie à la miséricorde; c'est le sentiment de nos misères joint à la volonté de les guérir; c'est l'amitié d'un frère mêlée à l'amour d'un père. L'objet de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, c'est l'amour do J.-C. pour le? hommes, cet amour immense, inénarrable, concentré dans son Cœur comme dans son foyer ; c'est cet amour dont saint Paul célèbre avec un enthousiasme cpii le transporte hors de lui-même , les étonnantes dimensions , et cette hauteur qui s'élève au-dessus des cieux , et cette profondeur qui descend au-dessous des abîmes , et cette largeur qui embrasse l'immensité , et cette longueur qui s'étend d'une éternité à l'autre ; cet amour riche en merveilleuses inventions , qui a conçu et réalisé tous ces prodiges d'abaissements , tous ces miracles d'anéantissement , tous ces mystères si terribles et si tendres d'un Dieu pauvre et humilié, d'un Dieu souffrant, d'un Dieu crucifié ; cet amour compatissant et généreux qui a pleuré dans la Crèche , qui s'est attendri sur les douleurs do l'humanité , qui a pardonné sur le Calvaire ; cet amour patient qui veut attendre, avant d'arracher l'ivraie , le temps de la moisson; cet amour indulgent et miséricordieux qui a proféré toutes ces paroles de bénédiction , toutes

ces sentences de grâce et de pardon écrites dans l'Evangile de la paix; toutes ces maximes d'une morale si consolante pour le pauvre et pour l'affligé ; cet amour prévoyant qui , après avoir aimé dès le commencement, voulant aimer jusqu'à la fin , nous a ouvert ces canaux des sacrements par où la grâce coule incessamment jusqu'à nous.

Ah ! M. F. , dans le transport de son admiration pour le grand Apôtre , saint Jean-Chrysostôme aurait désiré de voir son cœur. Oui , s'écrie-t-il , je voudrais voir le cœur de Paul , ce cœur si vaste qui embrassait les villes , les provinces , les empires ; ce cœur sublime comme le Ciel , plus grand que le monde , plus éclatant que le soleil , plus brûlant que le feu , plus ferme que le diamant ; oui , le cœur de Paul étoit le- Cœur même de J.-C. Cor Pauli, Cor erat Christi \ (^i\\\ev-yom dit, saint docteur, et à quels excès vous emporte votre zèle pour la gloire de votre héros? Pouvez-vous comparer le cœur du disciple au Cœur du Maître? Le cœur de Paul était grand , sans doute ; mais il n'était grand, comme il l'avoue lui-même, que parce qu'il était dilaté par la charité de J.-C. C'est bien au Cœur de Jésus et à lui seulement que peuvent s'appliquer ces magnifiques louanges ; c'est

' Ep. ad Rom. xvi. Hom. 32.

bien du Cœur de Jésus qu'il nous conviendrait , chrétiens , d'exprimer le vœu de le contempler à découvert. Ali! nous le verrons un jour ce soleil de l'éternité, inondant et le cœur de Paul et le cœur de tous ks saints des torrents de sa gloire et de sa joie , absorbant et réfléchissant tour-à-tour toutes les ardeurs des séraphins , attirant en lui tout le Ciel , entouré de ses élus comme d'autant d'astres lumineux , heureux de lui servir de cortège et de milice , et fixant sur son disque radieux les complaisances de Dieu même ; mais en attendant que nous le voyions dans son éclat, nous le voyons assez sensiblement dans son amour ; il suffit d'un regard sur la Croix et sur l'Autel.

Voilà, M. F., quel est l'objet de la dévotion que je vous prêche : dites-moi , s'il en est de plus grand et de plus élevé ; dites-le-moi , vous qui du haut de votre sagesse souriez avec dédain à nos dévotions les plus saintes, et traitant, comme vous le dites , la religion en grand , n'avez que du mépris ou tout au plus que de la pitié. pour ces pratiques minutieuses et ces puérilités populaires ; dites si tous les mouvements , et les agitations , et les tourments de votre vie ont un objet qui , pour le charme et la grandeur, approche seulement de celui-là? dites si votre ambition aspire à quelque chose de

plus solide , si vos intrigues et vos empressements ont une fin plus honnête ; si vos sentiment? et vos hommages s'adressent à un objet plus fait pour les mériter; si vous faites, enfin, un plus noble usage de vos facultés , en prostituant à la vanité , à l'intérêt, à l'amour profane, cet esprit que Dieu vous a donné pour le connaître et ce cœur qu'il n'a fait sensible que pour en être aimé?

3^ POINT. Ceci me conduit, m. f., à vous parler de la fin que s'est proposée l'Eglise en instituant le culte du Sacré-Cœur de Jésus, et je dis qu'il n'est point de dévotion plus utile , soit qu'on l'envisage du côté de Dieu qu'elle glorifie , ou du côté de l'homme qu'elle perfectionne. Du côté de Dieu qu'elle glorifie : la gloire de Dieu , j'entends sa gloire extérieure , résulte principalement de l'amour que lui portent ses créatures. Le grand objet de la mission de J.-C. a été d'allumer cet amour. Quajid il parut dans le monde , la terre était froide ; il vint y mettre le feu; véritable feu sacré et le seul qui mérite d'être à jamais entretenu ; feu nouveau qui ne souille point les âmes comme celui des passions, mais qui les purifie ; qui ne divise point les cœurs comme celui de la discorde , mais qui les unit dans l'amour d'un commun Père. Il en jette la première étincelle dans la Judée ; le vent de la grâce

souffle; la llamme s'étend des campagnes aux villes ; des hommes ardents la portent au loin dans les provinces; en peu d'années, l'Orient, l'Occident, tout l'univers est en feu. De toutes parts on voit des âmes célestes , des âmes dont le monde n'était pas digne , se consumer comme des victimes pures , dans les saintes ardeurs de l'amour divin , et la face de la terre est enfin renouvelée. Mais cette première ferveur se ralentit peu à peu ; viennent les temps de refroidissement prédits par le Fils de Dieu , où la ruine de la foi doit entraîner celle de l'amour. Gardienne de ce feu descendu du Ciel , l'Eglise voit avec effroi qu'il est près de s'éteindre! Quel moyen lui reste-t-il de le rallumer? Elle a épuisé toutes les ressources de sa parole, tous les trésors de ses indulgences , toutes les richesses de ses sacrements. Ah! m. f., il lui reste le Cœur de son Epoux ; elle se tourne vers ce Cœur tendre et affligé , elle le saisit avec transport , elle l'expose aux yeux des ingrats. A la présence de ce Cœur de feu, les cœurs les plus durs s'amollissent, les cœurs les plus froids se réchauffent ; on se dit avec douleur que l'amour n'est pas aimé , on ne se pardonne pas d'avoir pu être insensible; la charité reçoit un nouvel attrait ; elle devient plus vive , plus affeclueuse ; et c'est ainsi que la dévotion au Sacré-Cœur

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étend la gloire de Dieu , en multipliant les actes d'amour ; elle fait plus que de l'étendre , elle la répare.

Non, M. F., ce n'est pas seulement ici un tendre reproche , une aimable invitation que l'Eglise \ous adresse, c'est un tribut d'expiation qu'elle nous demande. Hélas ! il n'est que trop vrai que le Sauveur n'est nulle part plus outragé que dans le sacrement où il nous prodigue avec plus de générosité les marques de sa tendresse ; sa gloire en est blessée dans ce qu'elle a de plus délicat et de plus sensible. Irrévérences, délaissement, profanations, sacrilèges : que de traits dont la pointe acérée vient douloureusement déchirer son Cœur! Ce Cœur souffre; il se plaint, dans l'amertume de son affliction, qu'on lui rende Ihijure pour le bienfait et le mépris pour l'amour. Or , cette gloire offensée , il faut lui satisfaire ; cet amour méprisé , il faut le consoler. Et quoi de plus propre à atteindre ce noble but, que ces saintes confréries vouées à la religion de son Cœur, constamment empressées à lui rendre des devoirs pieux , à l'environner d'honneurs et de respects , à multiplier les louanges dans la proportion des offenses , et les consolations selon la mesure des douleurs? Comme un roi rejeté par son peuple croit régner encore et s'aperçoit à peine de sa

solitude et de son exil , s'il se voit entouré de quelques sujets fidèles à son adversité, qui lui présentent rimage d'une cour : ainsi le Cœur de Jésus , ce souverain des cœurs , trouve dans le dévouement de ses zélés adorateurs, une réparation des outrages de l'impiété et une compensation des mépris de l'indifférence.

Avançons, m. f. , et hâtons -nous de montrer comment cette même dévotion , qui glorifie Dieu , contribue encore à la perfection et au bonheur de l'homme. Non , les pratiques consacrées par la Religion ne sont point un vain spectacle , une stérile représentation donnée à la curiosité des sens; il est impossible de les cultiver sans en devenir meilleur, sans en tirer une vertu secrète qui influe sur nos œuvres et corrige nos mœurs. Chrétiens , que vous faut -il pour appuyer, soutenir, animer vos faibles vertus ? Voulez-vous des exemples ? Venez les demander au Cœur de Jésus , il vous les offrira. Exemple de douceur et d'humilité , Jésus nous Fa dit lui-même , que son Cœur était doux et humble : Discite à me quia mitis sum et humilis corde. Exemple d'obéissance et de fidélité, sa nourriture a été de faire la volonté du Père céleste ; il s'est fait obéissant jusqu'à la mort , et jusqu'à la mort Je la croix : Factiis obediens nsque ad mortem,

morlem aulem crucis. Exemple de charité, il nous a aimés , et il s'est livré lui-même pour nous : Dilexit me et tradidit seipsum pro me. Exemple de pénitence et de mortification , il a préféré la croix aux joies de la vie : Proposito sibi gaiidio sustinuit crucem. Voulez -vous des consolations dans vos peines et dans vos amertumes ? Venez au Cœur de Jésus, il vous les donnera. Il a goûté le calice des douleurs , que dis-je ? il l'a goûté , il l'a épuisé jusqu'à la lie; il a été triste jusqu'à la mort ; son affliction a été grande comme une vaste mer. L'expérience de nos misères lui a appris à les plaindre et à les soulager. Désirez -vous les joies sensibles de la piété ? Venez au Cœur de Jésus. Quelle douceur pensez-vous que goûte une âme qui s'unit au Cœur de Jésus par l'ouverture de son côté? Certes, je ne puis vous le dire; mais faites-en l'essai, et vous le sentirez ; ou si vous doutez encore , croyezen le témoignage des saints; croyez-en ces expressions brûlantes qui n'ont de modèle dans aucune langue , et qui n'ont pu être inspirées que par la conviction la plus vraie, ces expressions créées par le besoin de rendre des sentiments nouveaux , ces expressions inouies auprès desquelles languit le langage le plus exalté des passions humaines : « Non » je ne veux plus être séparé de Jésus-Christ. Il

» m'est bon d'être avec lui, et en lui je veux » établir trois tabernacles : l'un dans les plaies de » ses mains, l'autre dans la plaie de ses pieds, mais » le plus cber et le plus durable , dans celle de son » côté. Là je parlerai à son Cœur et j'en obtiendrai » tout ce qu'il me plaira de lui demander. 0 ai- » mable blessure de J,-C. mon sauveur! ô bles- » sure qui blessez les cœurs et les faites fondre » d'amour ! 0 bienheureuse lance qui avez mérité » d'ouvrir ce trésor de la divine sagesse , cette » source de la grâce , cette fontaine d'où coulent » les eaux vives de l'éternelle chanté ! Ah ! si » j'eusse été à la place de cette lance heureuse , je » n'aurais point voulu sortir du côté de J.-C; mais » j'aurais dit : Voici le lieu de mon repos pour » les siècles des siècles; je veux l'habiter à jamais , » parce que je l'ai choisi. »

Que désirez-vous encore, m. c. f. ? Un asile contre les tentations ? Venez au Cœur de Jésus ; retranchez-vous dans ce fort inexpugnable , et ne craignez pas que l'enfer vienne vous y surprendre. Un abri contre les traits de la justice de Dieu? Venez au Cœur de Jésus ; il y a de la place pour tous , pour les pécheurs comme pour les justes ; la plaie qui conduit à ce Cœur est large autant que profonde ; cachez-vous dans cette sûre retraite , la foudre n'y

tombe jamais. Un refuge contre les terreurs de la mort? Ah! Ton a dit que s'il était terrible de tomber entre les mains d'un Dieu vivant, il était doux de tomber entre les mains d'un Dieu mourant pour notre salut; et moi je dis qu'il est plus doux encore de rendre le dernier soupir dans le Cœur de Jésus : c'est bien alors que la mort n'est qu'un sommeil , et l'on est bien sûr de se réveiller dans le Ciel, puisque le Ciel tout entier est dans le Cœur de J.-C.

Cœur adorable de mon Sauveur et de mon Dieu, j'ai essayé de justifier votre culte , de célébrer vos grandeurs et vos perfections; j'ai osé peindre vos charmes et raconter vos douceurs. J'aurais dû m'abstenir peut-être de toucher ce sujet si pur dans la crainte de le profaner ; il n'appartient qu'aux âmes éprises de votre amour d'en publier les merveilles ; pour vous louer avec fruit, je sens que j'aurais eu besoin de vous aimer davantage , de me recueillir plus assidûment dans le secret de votre sanctuaire : alors le zèle de votre gloire m'eût dévoré ; il eût passé de mon cœur sur mes lèvres , et de mes lèvres dans Tàme de mes auditeurs. Pardonnez à ma témérité et suppléez à ma faiblesse : révélez -vous vousmême avec vos amabilités ravissantes ; touchez nos âmes de ces attraits que vous savez rendre si forts

et si doux quand vous voulez plier nos volontés rebelles. Un seul rayon de votre grâce , une seule étincelle de votre feu , si vous daignez la faire tomber sur nous, nous persuadera mieux que ne pourrait le faire la langue du plus brûlant des séraphins. Et vous, Chrétiens, rendez grâces à J.-C. de ce don excellent qu'il vous a fait de son Cœur ; faitesvous gloire de célébrer ses fêtes , de chanter ses louanges , de révérer ses images , d'appartenir à ces associations pieuses qui s'honorent de porter son nom et de marcher sous sa bannière ; multipliez vos actes d'adoration, de consécration; offrez-lui vos amendes honorables pour vos péchés et pour ceux de vos frères ; priez-le pour l'Eglise de France , une des premières qui ait adopté son culte; priez-le pour ce royaume Irès-chrétien que lui voua le martyr couronné, au jour de ses royales infortunes; adressez-lui souvent avec effusion cette simple et dévote prière : Cœur de Jésus qui brûlez d'amour pour nous , Cœur sacré qui sur le Calvaire laissâtes échapper de votre blessure entr'ouverte les torrents de votre charité , qui de l'autel où vous vous immolez chaque jour, et du tabernacle où votre amour repose , ne cessez de répandre sur nous les bénédictions de votre douceur ! ô le plus tendre et le plus généreux des cœurs , qui avez tant aimé les hommes,

qui les aimez encore , qui les aimerez toujours tout indignes qu'ils sont de vos bontés : Cor Jesu flagrans amore nostrîl Brûlez ni,s cœurs d'amour pour vous; embrasez de vos ardeurs nos cœurs durs , nos cœurs arides, nos cœurs de glace, inflamma cor nostrum amore tuî; ou plutôt ôtez-nons ces cœurs de pierre, donnez-nous des cœurs de chair qui sachent vous aimer , n'aimer que vous seul , ou n'aimer rien qu'en vous et pour vous , des cœurs semblables à votre Cœur et à celui de votre sainte Mère , que nous ne séparons pas du Vôtre dans nos afîections comme dans nos respects , afin que consommés dans votre unité , et unis dans votre charité , nous soyons un jour couronnés dans votre gloire. Ainsi soil-il ! Amen l Amen l

INSTRUCTION PASTORALE

POCR LE CAREME DE t»J4.

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