‹ ŒuvresChapitre 34 sur 58 · JANVIER · texte numérisé non relu

JANVIER

En vous annonçant, n. t. c. f., l'ouverture do la carrière de la pénitence et le retour de ses solennités expiatoires , nous ne pouvons nous défendre d'un sentiment profond de reconnaissance au souvenir des grâces que cet anniversaire nous rappelle, et nous éprouvons le besoin de vous le faire partager.

Le Prophète royal a dit que la pensée de l'homme, la pensée du juste , une pensée fidèle , un pieux retour de l'âme, un tendre regard du cœur vers les bienfaits de Dieu, était une hymne à la munificence du Seigneur , et que même les derniers restes d'un souvenir reconnoissant montaient jusqu'à

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son trône comme un bruit harmonieux , et avaient à ses yeux le mérite et le prix d'un jour de fête consacré à la louange de sa gloire '.

Quel bienfait, n. t. c. f., mérite mieux ce tribut de gratitude , que le bienfait par excellence , la grande indulgence du Jubilé , qui est venue terminer parmi nous les travaux du dernier Carême , et se poser , au bout de la carrière , comme une couronne offerte aux vainqueurs dans les combats de la pénitence? Aussi attendions-nous avec impatience que le cercle de l'année ramenât cette époque heureuse , pour nous conjouir avec vous des fruits abondants que le Jubilé a produits dans ce diocèse , pour en rendre au Dieu de bonté de solennelles actions de grâces , et le prier de confirmer le bien qu'il a opéré en nous '. Laissons donc nos cœurs s'enchanter de ces doux ressouvenirs; reposons nos regards sur ces chères images de religion et de ferveur que nous ont offertes nos églises renouvelées ; revenons sur la trace que nous avons suivie , de peur qu'elle ne s'efface, et empressons-nous d'en recueillir les inspirations de sagesse , les émanations de vertu que la grâce , en passant , y a déposées. En nous reportant

' Cogitatio hominis confitebitur tibi , et reliquiœ cogitationis dlem festum agent tibi. ps. lxxv. 1 1 .

^ Confirma hoc , Deus , quod opciatiis es in nobis. ps. Lxvii. 2G.

vers ces jours de bénédiction , nous ne nous éloignons pas de l'esprit du saint temps de Carême, lequel est aussi un temps de pardon et d'indulgence. Nous disions tout-à-l'heure qu'il y a\ait dans le sentiment des bienfaits reçus tout un cantique de louanges; reconnaissons encore qu'il s'en exhale un parfum d'édification, qu'il s'y trouve un goût de justice , un attrait de zèle qui nous inspire pour le bien et nous encourage à la persévérance.

Oui , N. T. c. F., nous vous devons cette louange, et nous voulons qu'elle soit entendue dans toutes les églises de notre diocèse : oui , grâce aux aimables prévenances de la miséricorde de notre Dieu , qui , en nous octroyant l'insigne faveur d'un Jubilé , a disposé les cœurs à le recevoir ; la rosée céleste , en visitant vos âmes, n'est pas tombée sur une terre ingrate. Nous devons dire que, lorsque la bonne nouvelle vous a été annoncée , vous l'avez reçue , non comme ime grâce vulgaire, mais , ainsi quelle lest véritablement , comme le don de Dieu ' , et la plus riche effusion de sa bonté , propre à opérer les plus heureux fruits dans les cœurs où s'est conservé la foi. Nous devons dire que , comme tous ont

1 Cùm accepissetis verbum auditùs Dei , accepistis illud , non ul verbum hominura, sed sicut est verè, verbum Dei, qui operatur in vobis, qui credidistis. 1. thessal. h. 13.

été appelés, la multitude aussi est venue puiser aux eaux de la vie ' , et qu'enfin , non-seulement vous avez répondu à notre attente , mais que vous avez même surpassé les espérances que nous avions conçues de votre religion. Ces temps de propitiation ne sont pas encore si éloignés de nous que toutes les circonstances consolantes ne s'en représentent fidèlement à notre esprit : les tribunaux de la pénitence assiégés , et les ministres de la réconciliation se lassant à lever la main pour pardonner et bénir; la table du Père de fnmille entourée d'enfants autrefois prodigues , et rentrés , pour ne plus la quitter, dans la maison paternelle; les exercices saints suivis avec fidélité , des cbarités abondantes , des conversions exemplaires , des retours presqu'inespérés ; partout un sentiment de sainte allégresse , un épanouissement de cœur , un air de résurrection et de vie dans ces populations émues qui semblaient renaître au bonbeur, en renouvelant leur alliance avec le Ciel. Nous ne disons rien ici que nous n'ayons vu dans les diverses stations de notre visite , ou que nous n'ayons appris de la boucbe de vos pasteurs. Qu'il nous était doux de recueillir, dans nos entretiens avec nos bien-aimés Coopérateurs , les témoignages qu'ils rendaient à vos saints empressements ;

' Omnes sitientes, venite ad aquas. is. lv. 1.

d'entendre les uns se féliciter de n'avoir trouvé , dans leur famille spirituelle , aucun enfant rebelle aux invitations de la grâce ; d'autres s'excuser avec larmes de quelques rares exceptions cà l'entraînement général , comme si leur zèle eût été responsable de toutes les âmes qu'ils n'avaient pas gagnées à Dieu ; un seul , sur un si grand nombre de paroisses , nous avouer avec douleur qu'il n'avait remarqué aucun changement notable dans l'état de son troupeau !

Ce grand et unanime mouvement des esprits vers la Rebgion nous a paru , n. t. c. f. , assez digne d'attention, pour que nous ayons cru devoir en rechercher , nous ne disons pas la cause première , elle est dans la main de Dieu , qui dispose et règle , comme il lui plaît , les cœurs des hommes ; mais les causes particulières , ces secrètes influences qui peuvent déterminer une action plus sensible di; sa grâce toute-puissante. Pouvions-nous l'attribuer à des instructions plus solennelles , à des prédications extraordinaires, ou bien encore à cet appareil de cérémonies que l'Eglise déploie en certaines occasions, et qui produit quelquefois dans les âmes de salutaires ébranlements ? Ah! sans doute, N. T. c. F. , vos vénérables pasteurs ont secondé de tous les efforts du zèle le succès de l'œuvre de Dieu : vous ne saunez assez reconnaître le courage

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persévérant avec lequel ils ont porté le poids de ces jours chargés de fatigues, qui se terminaient et se succédaient sans amener le repos ; mais ils nous avouaient eux-mêmes que , privés d'auxiliaires , réduits à leurs propres forces, dans un moment on le combat du Se'ufnetir , engagé sur tous les points, retenait à leur poste tous les soldats de la milice sainte , accablés des soins que leur donnaient à la fois les circonstances réunies de la Pâque , du Jubilé , de la préparation à notre visite pastorale , ils n'avaient pu , malgré leurs désirs , employer au ministère de la parole un temps qui suffisait h. peine au ministère de la réconciliation.

Devions-nous faire honneur de l'empressement des peuples à profiter des grâces jubilaires , à cette réaction de l'esprit religieux qui a été remarquée dans ces derniers temps , et signalée comme le présage heureux d'un triomphe prochain , complet et universel du Catholicisme? Nous aimons cà reconnaître qu'en effet une amélioration sensible s'est opérée dans les esprits , en ce qui touche la Religion ; que bien des préjugés se sont dissipés , bien des préventions sont tombées devant un examen plus approfondi des faits, éclairés du flambeau d'une critique plus consciencieuse; qu'une tendance trèsprononcée vers le culte de nos pères s'est manifestée

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et se manifeste chaque jour sur tous les points de la France, par suite sans cloute de l'impossibilité de rien mettre à sa place , ou du dégoût qu'inspire ce qu'on essaierait d'y substituer; que cette tendance se révèle dans les procédés des arts et des lettres, dans les études de l'histoire, dans les reclierches de la science ; que la philosophie ellemême , honteuse de l'abus que le dix-huitième siècle a fait de son nom , se montre résolue de rompre avec ces errements de moquerie et de mensonge , pour renouer la chaîne de ses belles traditions : ce fait, ou , si l'on veut l'appeler ainsi , ce progrès est remarquable , et il est bon de le constater ; mais qu'il y a loin de ces demi-aveux , de ces hommages souvent involontaires rendus à la foi chrétienne , de ces regrets donnés aux ruines de ses institutions; qu'il y a loin, disons-nous, de ces tâtonnements autour de la vérité , de ces reconnaissances tentées sur ses rivages , à une profession ouverte et déclarée , et surtout pratique du christianisme! Or, il s'agit ici de pratique, de foi sincère et manifestée par les œuvres , et non d'un retour spéculatif; il s'agit de sacrements fréquentés, de satisfactions acceptées, d'observances embrassées, de devoirs chrétiens accomplis en toute humilité d'esprit et simplicité de cœur.

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Est-ce donc au Jubilé lui-même, à la grâce qui l'accompagne, à la persuasion qu'il porte avec lui, que nous devons attribuer la ricbesse et l'excellence de ses fruits? Nous savons, n. t. c. f. , qu'une vertu puissante est attachée à ces grandes amnisties de la Heligion ; nous sommes loin de leur contester un pouvoir qui s'est fait sentir, dans tous les temps , aux plus rebelles , et nous croyons avec une conviction profonde que la voix du Chef de l'Eglise ne se fait jamais entendre en vain , soit qu'il instruise le monde , soit qu'il l'appelle à la pénitence , en lui ouvrant les trésors de la divine miséricorde ; mais nous avons déjà célébré d'autres Jubilés , et de plus solennels, et après des délais qui semblaient devoir rendre plus vif l'empressement des fidèles, et dans des circonstances que la sagesse humaine aurait jugées plus opportunes, et bien qu'ils n'aient pas été stériles en fruits de salut , il est vrai de dire néanmoins qu'ils ont généralement produit un effet moins sensible que celui dont nous nous plaisons à remémorer les bienfaits.

Il nous a donc fallu chercher ailleurs la cause

de ce succès extraordinaire. Nous nous sommes

reporté aux lieux d'où nous est venue la grâce ,

pour étudier, en remontant à leur source , le secret

tle la técondité de ses eaux ; nous nous sommes tourné vers cette Chaire éternelle, assise sur d'impérissables fondements , vers ce Siège élevé comme une haute montagne , pour qu'il puisse être reconnu de toutes les nations : là , nous avons vu le Pontife suprême, les yeux et les mains levés au ciel, offrant au Dieu très-haut, dans les besoins pressants, dans les périls imminents de l'Eghse, ses tribulations, ses angoisses , toute cette couronne d'immenses douleurs qui est venue ceindre son front en même temps que le triple diadème; nous l'avons vu , dans cette attitude suppliante, adressant à Celui qui seul peut le sauver une prière puissante , avec un grand cri et d'abondantes larmes , et il nous a paru que lui aussi , comme le Sauveur dont il est l'image, méritait d'être toujours exaucé à cause de ïéminente dignité de sa personne ^ ; et c'est au mérite de ses épreuves , h l'efficacité de sa prière , à la vertu de ses gémissements que nous avons attribué l'admirable changement qui s'est opéré dans les âmes ! 11 a prié pour nous le successeur de celui pour qui i.-Ç. a prié, et voilà, n. t. c. f., voilà, n'en doutons pas, la cause la plus influente de la

' Qui... preces supplicationesque ad eum , qui possit illum salvum facere à morte , cum clamore valido et lacrymis , offerens , exauditus est pro suâ reverentià. heb. v. 7.

résurrection de notre foi , et de la perfection de nos

œuvres

Mais cette foi il faut la conserver ; ces œuvres il faut les soutenir; et ici, n. t. c. f. , nous devons nous faire tout à tous , parler à chacun un langage proportionné à ses besoins, féliciter les parfaits, encourager les faibles , exciter les timides , user envers les plus obstinés de cette bonté , de cette patience , de cette longanimité , de cette bénignité de Dieu qui les attend à la pénitence \ Sur le nombre de nos chers diocésains , les uns , et le nom du Seigneur en soit béni , c'est la grande majorité , ont participé à toutes les grâces du Jubilé , comme ils en ont rempli toutes les conditions ; d'autres , après avoir essayé les premières démarches , ont laissé imparfaite l'œAivre de leur réconciliation ; quelquesuns , en petit nombre il est vrai , mais toujours trop nombreux, puisque la valeur d'une seule âme est égale au prix de tout le sang d'un Dieu , quelquesuns, disons-nous, n'ont manifesté aucune intention de retour.

Venez donc, nos bien-aimés Frères, écoutez-nous; nous vous enseignerons la crainte et l'amour du

' Rogavi pro te ut non deficiat fides tua. luc. xxu. 32.

^ Ignoras quoniam benignitas Dei ad pœnitentiam te adducit ?

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