‹ ŒuvresChapitre 36 sur 58 · JACOB. I · texte numérisé non relu

JACOB. I

ces salutaires observances que l'impiété méprise , que rindifférence néglige , et qui n'en doivent être que j)lus chères à tous les cœurs catholiques? Et pouvezvous célébrer plus dignement l'anniversaire du Jubilé qu'en reparaissant à ce tribunal , où beaucoup de péchés vous ont été remis , à la condition que vous les pleureriez toujours , qu'en vous asseyant à cette table , oii vous avez reçu le gage de votre réconciliation avec le Ciel?

Et vous, N. T. c. F., qui, pour parler le langage de l'Evangile , civcz^ mis d'abord la main à la charrue et avez ensuite regardé derrière vous , reportant sur les idoles que vous aviez quittées une pensée de regret , un cœur combattu par l'idée d'un douloureux renoncement , vous qui avez commencé à édifier dans votre âme le royaume de Dieu , et qui n'avez pu , ou plutôt qui n'avez: pas voulu achever ce beau travail ; vous à qui l'on pourrait dire comme saint Paul aux Galates : Vous couriez si bien , qui donc a pu vous arrêter au milieu de votre course * ? Ah! N. T. c. F., vous méritez encore plus de compassion que de blâme ; je vous plains trop pour vous faire entendre des paroles amères ! Pourquoi ajouterais-je aux reproches que vous t'ont déjà votre raison , a otre foi , votre conscience ? Vous avez senti ,

' Currebalis benù, quis vos irapedivit? cal. v. 7.

comme vos frères, les rigueurs du Jubilé; vous n'en avez pas goûté , comme eux , les consolations ; vous avez jeûné , prié, fait l'aumône, confessé vos péchés , et faute de persévérance , vous n'avez pas obtenu le prix de vos sacrifices , la joie d'une bonne communion , la condonation de vos offenses , l'ineffable bonheur d'appeler Dieu votre Père , avec la conliance et l'abandon d'un enfant rentré dans ses bonnes grâces. Mais que cette pensée ne vous contriste pas , ou si elle doit vous con tris ter , que ce soit pour votre amendement. Telle est la grande bonté de notre Dieu , qu'il est toujours temps de recommencer avec lui , pourvu que nous ne fassions pas de sa bonté un prétexte à notre impénitence. La grâce du Jubilé est perdue pour vous , il est vrai , et perdue sans retour, et vous ne sauriez trop déplorer une perte si regrettable; mais serait-ce une raison pour ne plus donner aucuns soins à votre âme? La tâche de votre conversion, pour avoir été quelque temps interrompue , ne peut-elle se reprendre ? Cette trame , brisée dans vos mains impatientes de sages et salutaires délais , ne peut-elle se renouer? Parce que vous avez manqué l'occasion du Jubilé , devez-vous renoncer à tout espoir de pardon? Non, N. T. c. F., voici venir encore des jours de propitiation et de salut. Le Jubilé est une faveur

offerte au chrétien qui doit l'accepter avec actions de grâces ; la Pàque est un devoir qu'il ne peut négliger sans crime ; vous aurez encore gagné un assez beau Jubilé, si vous obtenez la rémission de vos fautes , si vous vous approchez du Corps du Seigneur avec de saintes dispositions.

Enlin , je viens à vous, n. t. c. f., à vous qui n'avez salué par aucun hommage , qui n'avez honoré d'aucun regard cette aurore de grâce qui se levait sur vous, et vous apparaissait dans le Ciel comme un signe de paix et de réconciliation ; qui , tandis que la miséricorde venait au-devant de vous , avez passé près d'elle feignant de ne pas la reconnaître. Sans prétendre pénétrer le secret de Yotre cœur, j'ose croire que vous en éprouvez du regret, (jue vous vous êtes reproché plus d'une fois d'être restés froids et indifférents au milieu de la ferveur commune. Si je m'abandonne à une trop douce illusion , en préjugeant ainsi de vos sentiments , elle n'a rien que d'honorable pour vous; j'aime cette erreur et ne veux point être détrompé. Hélas! n. t. c, f., Aous accusez souvent de sévérité outrée la morale des ministres de l'Evangile , et cependant vous désespérez peut-être de votre salut plus que nous n'en désespérons nous-mêmes. Ayez donc confiance dans le Seigneur; il est meilleur que nous ne sommes

méchants ; il est plus indulgent , plus miséricordieux encore que nous ne sommes ingrats et rebelles. Il a des trésors de charité pour toutes les misères, des remèdes pour toutes les plaies , même les plus invétérées , un pardon pour toutes les erreurs. Ce tendre Père n aurait-il qu'une bénédiction à nous donner \ en sorte qu'il ne nous fût plus possible de réparer la perte de celle que notre imprudence aurait négligée? iV'y a-t-il pas toujours un Jubilé dans l'Eglise de J.-C? Les richesses de ses sacrements, les trésors de sa parole, les expiations de ses sacrifices, toutes ces sources de sanctification, que sont-elles autre chose qu'un Jubilé perpétuel? Le Cœur de J-C. n'est-il pas toujours ouvert au pécheur? La blessure de son côté n'est-elle pas assez large et assez profonde pour qu'il y ait de la place pour tous? Son sang a-t-il cessé de ruisseler par toutes ses plaies , et la grâce de couler par les canaux de la pénitence? Le divin Sacrifice ne verse-t-il plus sa rosée pour amollir et détremper les terres arides et leur faire porter des fruits de vie éternelle ? Ah ! le Jubilé le plus désirable est celui qui fait la joie des Anges , et les Anges se réjouiront dans le ciel quand ils vous verront revenir à la pénitence ^ Venez donc ,

> Num unam tantùtn benedictionem habes , Pater, gen. xxvii. 38. 2 Gaudium erit in cœlo super uno pcccatore pœnitentiam agente.

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