ROM. II
200 FRUITS 1)1 JlRILf;.
Se'njneur \ Vous iraboid , i|ui a\e/. en le bonheur (le (jagncr votre Jubilé , coninic vous le dites dans la naïveté de votre langage et avec un sens profond , car est-il nn gain plus digne d'envie que la possession de la félicité du ciel , commencée dans la joie d'ime àme en paix avec elle-même? vous , la portion choisie de notre troupeau , et la plus heureuse sans doute , quelle que soif la part que la Providence vous ait faite dans la dispensation des avantages de ce monde , puisque vous portez le don de Dieu dans une conscience pure ', recevez les félicitations de votre premier Pasteur ; mais écoutez aussi ses avertissements. Ce n'est pas pour le temps du Jubilé seulement que vous avez promis à Dieu de pratiquer sa loi. // est le Seigneur et ne change point ^ : il était hier, il est aujourd'hui, il sera demain , il sera toujours ! toujoiu's votre Père, toujours votre Maître, toujours votre Roi , toujours votre Juge ; vous devez être à lui pour toujours; toujours l'aimer, toujours le craindre, toujours l'écouter, toujours le servir. Qu'auriez-vous gagné à bien commencer , si vous ne persévériez jusqu'à la fin? Dites-nous, n. t. c. f., s'il n'est pas vrai que votre cœur a surabondé de
' Venite, filLi, audite me; timorem Domini docebo vos. ps. xxxui. 12. "•' Habentes mysteiiuni fidei in conscientià purâ. 1. timoth. m. 9. 3 Ego Dominus et non mutov. m.\lach. m. 6.
consolation au jour de votre Jubilé , vous principalement qui , connue la brebis infidèle , êtes rentiés au bercail , après avoir longtemps erré dans des sentiers difficiles. Regrettiez-vous alors le temps du pccbé , les jours des passions? Ne sentiez-vous pas au-dedans de vous-mêmes, dans le fond le plus intime de votre cœur , une satisfaction mille fois plus pleine , plus abondante , plus délicieuse que toutes celles du monde et de ses fausses douceurs? Eh bien, n. t. c. f., voudriez- vous échanger ces voluptés célestes pour ces mauvaises joies du cœur qui laissent après elles des déplaisirs pleins d'amertume? Seriez-vous déjà las de porter le joug du Seigneur , joug si léger quand on le porte avec amour? Après avoir placé votre cœur dans le Ciel , oii est notre trésor à tous , voudriez-vous redescendre de ces hauteurs divines , pour ramper de nouveau dans la poussière d'un monde de péché , pour vous replonger dans la boue de ses convoitises? Le temps du Jubilé est fini, mais vos combats ne sont pas terminés; vous avez profité de ses grâces, mais tous vos devoirs ne sont pas accomplis; ils sont devenus, au contraire , plus nombreux ; car // sera demandé davantage à celui qui aura plus reçu '. La pénitence véritable n'est pas une trêve avec le péché , et si
' Cui commendaverunt multùm, plus pètent ab eo. itc. xii. 48.
l'on peut employer cette expression , un règlement de compte avec Dieu et sa conscience , après lequel on peut contracter de nouvelles dettes , en attendant une nouvelle époque d'indulgence et de rémission ; la pénitence n'est pas un bain où l'àme se lave et se purifie pour contracter ensuite de nouvelles souillures ; elle n'est pas un miroir où l'homme se considère im moment avec ses défauts , pour oublier bien vite ce que cette vue a d'humiliant pour l'orgueil *. Sans doute l'exemption de tout péché n'est point dans la nature de l'homme , et nous ne vous la demandons pas; ce que nous vous demandons, c'est de soutenir , de reprendre , s'il en est besoin , l'œuvre que vous avez commencée ; de ne plus abandonner votre àme au hasard de ces rares occasions de grâces extraordinaires sur lesquelles il serait téméraire de compter , mais de prouver que vous êtes sérieusement changés , saintement renouvelés , sincèrement convertis au Seigneur, en remplissant avec fidélité les devoirs du chrétien , et spécialement les obligations attachées au saint temps du Carême. Quel témoignage plus sensible pouvez-vous donner de la sincérité de votre retour , que de vous montrer fidèles à ces pratiques de l'abstinence et du jeûne , à
1 Consideravit se , et abiit , et statim oblltus est qualis fuerit.