POCR LE CARÊME DE
Tous les temps , n. t. c. f. , sont au Seigneur : Le jour est à lui , dit le Prophète , et la nuit lui appartient ; il a formé V aurore et le soleil ; le printemps et l'été sont sortis de ses mains * ; c'est lui qui a réglé la succession des mois et des jours , lui qui distribue les saisons dans leur ordre , lui qui mesure à chacun de nous , dans la durée des siècles , cette part d'heures fugitives dont se compose notre vie. Il n'existe donc point, à proprement parler , de distinction de temps et de jours, en ce qui touche la nécessité de kii en rapporter, de lui en consacrer l'usage ; et, à ne considérer que le principe qui veut
' Tuus est (lies, et tua est nox ; tu fabricatus es anruram et solem... /Estatem et ver tu plasmasti ea. ps. lxxiu. l6. 17.
que le bienfait tourne à la gloire du bienfaiteur, tous les temps méritent d'être observés avec une égale religion. Il ne peut y avoir le temps du péché, et le temps de l'expiation ; le temps des fausses joies , et le temps de la sagesse ; le temps de la dissipation , et le temps de la piété ; l'homme n'a de temps îci-bas que pour la recherche et la poursuite du vrai bonheur par les voies de la vérité et de la vertu.
Toutefois, N. T. c. f., sans nous dispenser de l'obligation générale de lui rapporter fidèlement tous les moments de notre existence, dans la succession des temps dont le Seigneur est le maître , il en est qu'il s'est plus spécialement réservés ; ce sont ceux qu'il nomme lui-même les temps favorables , les jours de salut ' ; non que dans aucun temps sa grâce manque à la bonne volonté , ou que dans aucun jour le salut ne soit offert à celui qui le désire avec sincérité et le cherche avec ardeur ; car , dans ce sens , il est vrai de dire que tous les jours sont des jours de grâce, et tous les temps, des temps de salut et de propitiation ; mais parce qu'à ces époques solennelles et privilégiées , sa miséricorde se surpasse en quelque sorte elle-même, par une plus riche et plus généreuse effusion de secours spirituels et de faveurs célestes. Or, tel est, n. t. c. f,, le saint temps du Carême
' Ecce mine teiii^jus acceplabile , ecce nunc (lies salutis. 1. cor. 6.
dans lequel nous allons entrer , temps favorable par excellence , jo«ri' f/c salut entre tous les jours, si nous savons les observer avec une religieuse fidélité , et nous bien pénétrer des fins et des intentions que s'est proposées l'Eglise dans l'institution de cette sainte quarantaine.
Maintenant, >. t. c. f., quelles sont les intentions de l'Eglise, quand elle nous ouvre la carrière quadragésimale? Elles sont nombreuses, et dignes toutes assurément de sa sagesse et de sa maternelle bonté ; mais nous n'entreprendrons pas de les énumérer toutes ; nous nous arrêterons à celles qui ont un rapport plus direct à notre ainendemiMit et à notre instruction.
Et d'abord, le premier motif qui nous parait avoir dirigé l'Eglise dans l'établissement du Carême, a été de nous faire accomplir la loi de la pénitence. Prenez garde, n. t. c. f.; il y a une loi qui oblige à la pénitence tous les enfants d'Adam ; loi portée contre le premier homme , au moment de sa chute , et proclamée de nouveau dans l'Evangile , au temps de sa régénération; loi qui nous lie comme pécheurs, sous peine de la vie , et de la ^\e éternelle ; loi qui nous lie comme chrétiens , pour nous rendre conformes a notre Modèle et à notre Maître. Une grande expiation a été consommée sur le Golgotha.
Chrétiens, eiirants de la (>ioix , fruits connus dans les déchirements et les angoisses du («alvaire , disciples d'un Dieu mort dans les tonrmonts, fils de Roi , mais d'un Roi conronné d<» douleurs, nés dans la pourpre, mais dans la pourpre de son sang, notre \\e ne doit pas démentir notre origine. Le Sacrifice du Sauveur a été complet en ce qui regarde la personne et les mérites de la victime; mais il doit se continuer dans ses membres, qui ne font avec lui qu'un même corps mystique. Tout ce grand corps, dont il est le Chef auguste, et qui se forme de la multitude innombrable des fidèles de tons les lieux et de tous les temps , ne fait plus qu'une même hostie , offerte et immolée en lui et avec lui jusqu'à la fin d's siècles; et son holocauste, une fois consommée dans sa personne divine , est devenu un holocauste éternel, incessamment renouvelé et perpétué par toutes les immolations qui viennent s'ajouter à ce premier Sacrifice; et sa Croix reste toujours plantée au milieu de son Eglise , pour nous rappeler l'obligation de nous y attacher et d'y mourir avec lui ; et il manquerait quelque chose à sa Passion , comme saint Paul l'avait compris, si elle ne s'accomplissait dans noire propre chair ' ; si le sang
' Adimpleo ea quœ desnnt passionum Christi in carne meà.