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LE CHAMP D'ASILE

Air : Romance de Bélisaire (par Garât).

Un chef de bannis courageux, Implorant un lointain asile, A des sauvages ombrageux Disait : « L'Europe nous exile. ' Heureux enfants de ces forêts, De nos maux apprenez l'histoire:

Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.

« Elle épouvante encor les rois.

Et nous bannit des humbles chaumes D'où, sortis pour venger nos droits, Nous avons dompté vingt royaumes.

Nous courions conquérir la Paix Qui fuyait devant la Victoire.

Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.

« Dans l'Inde, Albion a tremblé Quand de nos soldats intrépides Les chants d'allégresse ont troublé Les vieux échos des Pyramides.

Les siècles pour tant de hauts faits N'auront point assez de mémoire.

Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire.

« Un homme enfin sort de nos rangs ; Il dit : « Je suis le dieu du monde. » L'on voit soudain les rois errants Conjurer sa foudre qui gronde, De loin saluant son palais, A ce dieu seul ils semblaient croire.

Sauvages, nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.

« Mais il tombe; et nous, vieux soldats Qui suivions un compagnon d'armes, Nous voguons jusqu'en vos climats.

Pleurant la patrie et ses charmes.

Qu'elle se relève à jamais Du grand naufrage de la Loire!

Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire. «

Il se tait. Un sauvage alors Répond : « Dieu calme les orages.

Guerriers! partagez nos trésors.

Ces champs, ces fleuves, ces ombrages.

Gravons sur l'arbre de la Paix Ces mots d'un fils de la Victoire :

Sauvages, nous sommes Français ; Prenez pitié de notre gloire. »

Le Champ d'Asile est consacré; Élevez-vous, cité nouvelle !

Soyez-nous un port assuré Contre la Fortune infidèle.

Peut-être aussi des plus hauts faits Nos fils vous racontant l'histoire, Vous diront : Nous sommes Français; Prenez pitié de notre gloire.

Lk MORT DE CHARLEMAGNE.

Air : Le bruit des roulettes gâte tout.

Dans le vieux Roman de la Rose J'ai vu que le fils de Pépin, Redoutant son apothéose, Disait à l'évêque Turpin :

« Prélat, sois bon à quelque chose ; L'âge m'accable, guéris-moi. »

« Oui, lui dit Turpin, et vive le roi. » (Bis.)

« Turpin, sais-tu qu'on me répèle Ce mot-là depuis bien longtemps ? »

Turpin répond : « J'ai la recette D'un cœur de vierge de vingt ans.

Fleur de vingt ans, vertu parfaite, Vous rajeunira, sur ma foi.

Sauvons la patrie, et vive le roi ! »

Vite un décret de Charlemagne

Met un haut pris à ce trésor :

On cherche à Rome, en Allemagne,

, Même en France on le cherche encor. Les curés cherchaient en campagne, Disant : « Ce prince plein de foi Doublera la dîme, et vive le roi ! »

Turpin d'abord trouve lui-même Cœur de vingt ans non profané ; Mais un bon moine de Télème Le croque à l'instant sous son né.

Quoi! sans respect du diadème!

« Oui, dit le moine ; c'est ma loi. ' L'Église avant tout, et vive le roi! »

Un jupe, espérant la simarre, Loin de Paris cherche si bien, Qu'il découvre aussi l'oiseau rare Qu'attendait le roi très-chrétien.

Un seigneur dit : « Je m'en empare;

Le droit de jambage est à moi.

Tout pour la noblesse, et vive le roi ! >:

« Je serai duc! » s'écrie un page, Dénichant enfin à son tour Fille de vingt ans neuve et sage, Que soudain il mène à la cour.

On illumine à son passage ; Et le peuple, qui sait pourquoi, Chante un Te Deiun, et vive le roi !

Mais, en voyant le doux remède.

Le roi dit : « C'est l'esprit malin.

Fi donc! cette vierge est trop laide;

Mieux vaut mourir comme un vilain. »

Or, il meurt; son fils lui succède, Et Turpin répète au convoi :

«Vite, qu'on l'enterre, et vive le roi ! » {Bis.)

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