MADAME GREGOIRE
Air : C'est le gros Thomas.
C'était de mon temps Que brillait madame Grégoire.
J'allais à vingt ans Dans son cabaret rire et boire ; Elle attirait les gens Par des airs engageants.
Plus d'un brun à large poitrine Avait là crédit sur la mine.
Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!
D'un certain époux Bien qu'elle pleurât la mémoire,
Personne de nous N'avait connu défunt Grégoire; Mais à le remplacer Qui n'eût voulu penser; Heureux l'écot où la commère Apportait sa pinte et son verre!
Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !
Je crois voir encor Son gros rire aller jusqu'aux larmes,
Et sous sa croix d'or L'ampleur de ses pudiques charmes.
Sur tous ses agréments Consultez ses amants :
Au comptoir la sensible brune Leur rendait deux pièces pour une.
Ah! comme on entrait Boire à son cabaret!
Des buveurs grivois Les femmes lui cherchaient querelle.
Que j'ai vu de fois Des galants se battre pour elle!
La garde et les amours Se chamaillant toujours,
Elle, en femme des plus capables, Dans son lit cachait les coupables.
Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !
Quand ce fut mon tour D'être en tout le maître chez elle.
C'était chaque jour Pour mes amis fête nouvelle.
Je ne suis point jaloux :
Nous nous arrangions tous.
L'hôtesse, poussant à la \ente, Nous livrait jusqu'à la servante.
Ah! comme on entrait Boire à son cabaret !
Tout est bien changé : N'ayant plus rien à mettre en perce,
Elle a pris congé Et des plaisirs et du commerce.
Que je regrette, hélas!
Sa cave et ses appas !
Longtemps encor chaque pratique S'écriera devant sa boutique :
Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret !