LE JOUR DE SA FÊTE
A IX : Ainsi jadis un grand prophète.
Saluons de mainles rasades Ce docteur à qui je dois tant.
Mais, pour visiter ses malades, Je crains qu'il n'échappe à l'instant.
A ces soins son art le condamne, S'il vient un message ennemi.
Fiévreux, buvez votre tisane; Laissez-nous fêter noire ami.
Oui, que ses malades attendent; Il est au sein de l'amitié.
DE BÉRAXGER.
Mais vinp:t jeunes fous le demandent D'un air qui pourtant fait pitié.
De Vénus amants trop crédules, Sur leur état qu'ils ont gémi!
Eh! messieurs, prenez des pilules; Laissez-nous fêter notre ami.
Quoi! ne peut-on venir au monde Sans l'enlever à ses enfants?
Certaine personne un peu ronde Réclame ses secours savants.
J'entends ce tendron qui l'appelle :
Les parents même en ont frémi.
N'accouchez pas, mademoiselle; Laissez-nous fêter notre ami.
Qu'il coule gaiement son automne; Que son hiver soit encor loin!
Puisse-t-il des soins qu'il nous donne N'éprouver jamais le besoin !
Puisque enfin dans nos embrassades II n'est point heureux à demi, Mourez sans lui, mourez, malades; Laissez-nous fêter notre ami.
146 CHAXSOXS
A ANTOINE ARNAULTS
MEMBRE DE L'INSTITUT, LE jour. DE SA FÊTE.
AïK du Ballet des Pierrots.
Je viens d' Montmartre avec ma bête Pour fêter ce maître malin, Et n' crains point qu'au milieu d' la léte Un bon mot m' renvoie au moulin.
On dit qu'avec plus d'un génie Antoin' prend plaisir à cela.
Nous qui n' soram's pas d' l'Académie, Souhaitons-lui d' ces p'tils plaisirs-là.
11 n' s'en tient pas à des saillies; Dans plus d"un genre il est heureux.
J' sais mêm' qu'il fait des tragédies
1. On trouvera peut-être que cette chanson, comme beaucoup d'autres des miennes, était peu digne de voir le jour. En efTet, je ne la livre à l'impression que parce qu'elle m'offre l'occasion de paj-er un tribut d'éloges à l'un de nos littérateurs les plus distingués. Je regrette qu'elle ne soit pas meilleure, et -surtout que le ton qui y règne ne m'ait pas permis d'y faire entrer l'expression de ma reconnaissance particulière pour l'homme excellent dont l'amitié me fut si longtemps utile et me sera toujours précieuse (1815).
Quand je fis cette courte note, Arnault était en exil.
Quand il n'est pas trop paresseux ^ De la Melpomène idolâtre, Qu'il fass' mourir par-ci, par-là.
Nous qui n' sommes pas d'z héros d' théâtre, Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.
On m'assur' qu'il vient d' faire un livre Où c' qu'y a du bon, je 1' crois bien. G' docteur-là nous enseigne à vivre Par la bouch' d'un arbre ou d'un chien. A messieurs les Polichinelles - Il dit : Vous en voulez, en v'ia.
Nous qui n' tenons pas les ficelles, Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.
A la cour il s' moqu'rait, je 1' gage, Mêm' de messieurs les chambellans.
De c' pays n'ayant point 1' langage, Il vant' la paix aux conquérants.
A d' grands seigneurs qui n' sont pas minces Sans ramper toujours il parla.
Nous qu'on n'a pas encor fait princes, Souhaitons-lui d' ces p'tits plaisirs-là.
Mais, quoiqu' malin, zil est bon homme; D'mandez à sa fille, à ses fils. Ah! qu'il soit toujours aimé comme Il aime ses nombreux amis!
1. Je crois inutile de rappeler ici les succès dramatiques de l'auteur de Marins, des Vénilicns, etc.
2. Polichinelle est le héros' d'une des plus jolies fables du recueil de M. Arnault, recueil apprécié par tous les gens de goût, et dont la réputation ne peut aller qu'en augmentant.
Que r secret d' son bonheur suprême Reste à c'te gross' maman que v'ià.
Nous qui sommes d' ceux qu'Antoine aime» Souhaitons-lui d' ces vrais plaisirs-là.