‹ ŒuvresChapitre 152 sur 165 · LA PAUVRE FEMME · texte numérisé non relu

LA PAUVRE FEMME

Air de Mon habit, ou d'Aristipe.

11 neige, il neige, et là, devant l'église,

Une vieille prie à genoux.

Sous ses haillons où s'engouffre la bise.

C'est du pain qu'elle attend de nous.

Seule, à tâtons, au parvis Notre-Dame,

■Elle vient, hiver comme été; Elle est aveugle, hélas! la pauvre femme

Ah! faisons-lui la charité.

Savez-vous bien ce que fut cette vieille Au teint hâve, aux traits amaigris?

D'un grand spectacle autrefois la merveille,

Ses chants ravissaient tout Paris.

Les jeunes gens, dans le rire ou les larmes.

S'exaltaient devant sa beauté; Tous, ils ont dû des rôves à ses charmes :

Ah! faisons-lui la charité.

Combien de fois, s'éloignant du théâtre

Au pas pressé de ses chevaux, Elle entendit une foule idolâtre

La poursuivre de ses bravos!

Pour l'enlever au char qui la transporte.

Pour la rendre à la volupté, Que de rivaux l'attendaient à sa porte !

Ah! faisons-lui la charité.

Quand tous les arts lui tressaient des couronnes,

Qu'elle avait un pompeux séjour; Que de cristaux, de bronzes, de colonnes,

Tributs de l'amour à l'amour!

Dans ses banquets, que de muses fidèles

Au vin de sa prospérité!

Tous les palais ont leurs nids d'hirondelles.

Ah ! faisons-lui la cliarité.

Revers affreux ! un jour la maladie

Éteint ses yeux, brise sa voix, Et bientôt, seule et pauvre, elle mendie

Où, depuis vingt ans, je la vois.

Aucune main n'eut mieux l'art de répandre

Plus d'or avec plus de bonté Que cette main qu'elle hésite à nous tendre :

Ah! faisons-lui la charité.

DE DÉRANGER. «H

Lo froid redouble : ô douleur 1 ô misère!

Tous ses membres sont engourdis; Ses doigts ont peine à tenir le rosaire

Qui l'eut fait sourire jadis, ous tant de maux si son cœur (endre encore

Peut se nourrir de pieté, Pour qu'il ait foi dans le ciel qu'elle imploro,

Ah! faisons-lui la charité.

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