‹ ŒuvresChapitre 153 sur 165 · LES TOMBEAUX DE JUILLET · texte numérisé non relu

LES TOMBEAUX DE JUILLET

Air d'Octavie.

Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux; De nos trois jours ornez les sépultures : Comme les rois le peuple a ses tombeaux.

Charle avait dit : « Que Juillet qui s'écoule Venge mon trône en bulte aux niveleurs. Victoire aux lis! « Soudain Paris en foule S'arme et répond: «Victoire aux trois couleurs! »

Pour parler haut, pour nous trouver timides, Par quels exploits fascinez-vous nos yeux? N'imitez pas l'homme des Pyramides :

Dans son linceul tiendraient tous vos aïeux.

Quoi ! d'une Charte on nous a fait l'aumône, Et sous le joug vous voulez nous courber!

Nous savons tous comment s'écroule un trône. Dieu justel encore un roi qui veut tomber.

Car une voix qui vient d'en iiaut, sans doute, Au fond du cœur nous crie : Ég;ilité!

L'Égalité! c'est peut-être une route Qu'aux malheureux ferme la royauté.

Marchons! marchons! A nous l'Hôtel de Ville! A nous les quais, à nous le Louvre! à nous ! lintrés vainqueurs dans le royal asile, Sur le vieux trône ils se sont assis tous.

Qu'un peuple est grand qui, pauvre, gai, modeste, Seul maître, après tant de sang et d'efforis. Chasse en riant des princes qu'il déteste, Et de l'État garde à jeun les trésors!

Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Knfants, des (leurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois-Jours ornez les sépultures. Comme les rois le [)euple a ses tombeaux.

Des artisans, des soldats de la Loire, Des écoliers s' essayant au canon, Sont tombés Ui, vous léguant leur victoire, Syns penser même à nous dire leur nom.

A ces héros la France doit un temple.

Leur gloire au loin inspire un saint effroi. Les rois que trouble un aussi grand exeiupl \ Tout bas ont dit : Qu'est-ce aujourd'hui qu'un roi?

DE HHRANGER. :il<.)

Voit-on vcMiir le (li;ij)eaii (ricoloro?

I{épôlenl-ils, de souvonirs remplis; Kt sur leur Iront ce drapeau semble encore Jeler d'en haut les ombres de ses plis.

En paix voguant de royaume en royaume, A Sainte-IIelène en sa couise il atteint. Napoléon, gigantesque fantôme, Paraît debout sur ce volcan éteint.

A son tombeau la main de Dieu l'enlève. « Je t'attendais, mon draf>eau glorieux. Salut! M 11 dit, brise et jette son glaive Dans l'Océan et se perd dans les cieux.

Dernier conseil de son génie austère!

Du glaive en lui finit la royauté.

Le conquérant des sceptres de la terre Pour successeur choisit la liberté.

Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois-Jours ornez les sépultures. Comme les rois le peuple a ses tombeaux.

Des corrupteurs la faction titrée Déserte en vain cet humble monument; En vain compare à l'émeute enivrée.

De nos vengeurs le noble dévouement.

Enfants, en rêve, on dit qu'avec les anges Vous échangez, la nuit, les plus doux mots.

De l'avenir prédisez les louanges, Pour consoler ces âmes de héros.

Dites-leur : Dieu veille sur votre ouvrage, l'ar nos erreurs ne vous laissez troubler. Du coup qu'ici frappa votre courage La terre encore a longtenips à treuibler.

Mais dans nos murs fondrait l'Europe entière, Qu'au prompt départ de vingt peuples rivaux La Liberté naîtrait de la poussière Qu'emporteraient les pieds de leurs chevaux.

Partout luira l'égalité féconde.

Les vieilles lois errent sur des débris.

Le monde ancien finit : d'un nouveau monde

La France est reine, et son Louvre est Paris.

A vous enfants, ces fruits des Trois-Journées. Ceux qui sont là vous frayaient le chemin. Le sang français des grandes destinées Trace en tout temps la route au genre humain.

Des fleurs, enfants, vous dont les mains sont pures; Enfants, des fleurs, des palmes, des flambeaux! De nos Trois-Jours ornez les sépultures. Comme les rois le peuple a ses tombeaux.

DE DÉRANGER. 851

AïK du Tailleur et lu Fée, on d'Angélino.

Pour rajeunir les fleurs de mon trophée, Naguère encore, tendre, docte ou railleur. J'allais chanter quand m'apparut la fée Qui me berça chez le bon vieux tailleur. « L'hiver, dit-elle, a soufflé sur ta tète : Cherche un abri pour tes soirs longs et froids. Vingt ans de lutte ont épuisé ta voix, Qui n'a chanté qu'au bruit de la tempête. » Adieu, chansons ! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.

« Ces jours sont loin, poursuit-elle, où ton àme Comme un clavier modulait tous les airs; Où ta gaieté, vive et rapide flamme, Au ciel obscur prodiguait ses éclairs.

Plus rétréci, l'horizon devient sombre.

Des gais amis le long rire a cessé.

Combien là-bas déjà t'ont devancé!

Lisette même, hélas! n'est plusqu'une ombre. Adieu, chansons! mon front chauve est ridé. L'oiseau se tait; l'aquilon a grondé.

« Bénis ton sort. Par toi la poésie A d'un grand peuple énm les derniers rangs, Le chant qui vole à l'oreille saisie Souffla tes vers même aux plus ignorants.

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